Coupe Davis France Croatie: Frisson, ivresse et vibration... Les cinq minutes de folie furieuse qui résument cette compétition
TENNIS•Samedi, tout ce qui fait l’essence de la Coupe Davis a été résumé à travers quelques minutes totalement dingues…Aymeric Le Gall
L'essentiel
- Menés 2-0 avant le double entre la paire française Herbert-Mahut et le duo croate Pavic-Dodig, les Bleus n’avaient d’autres choix que de l’emporter pour survivre. C’est chose faite avec une belle victoire en quatre sets.
- Le public du stade Pierre-Mauroy de Lille a eu le privilège de vivre un moment de grâce et de magie à la fin du quatrième set.
- Cette folie quasi indescriptible résume à elle seule tout ce qui fait la beauté d’une Coupe Davis appelée à disparaître.
De notre envoyé spécial à Lille,
On s’était promis de ne pas pleurer – et on va s’y tenir – mais bon sang, quand on voit les cinq minutes de folie furieuse qui se sont emparées du stade Pierre-Mauroy de Lille quand Mate Pavic a voulu servir à 5-4 et 0-40 pour la France, difficile de ne pas maudire cette réforme de la Coupe Davis préparée par Gerard Piqué et sa bande de Kosmos.
Flash-back. Alors que le quatrième set est disputé comme jamais et que l’équipe de France mène 5 jeux à 4, les Croates craquent face à la pression et offrent trois balles de match à la paire Mahut-Herbert. 0-40, donc, et Pavic est au service pour ce qui peut être la dernière balle de cet affrontement sans merci. C’est alors que le public lillois, bercé par ce merveilleux gourou nommé Coupe Davis, entre en transe. Quand l’arbitre parvient à calmer une partie de tribune, c’est l’autre qui prend le relais pour mettre un bordel monstre et empêcher Pavic de servir. Mahut et Herbert, raquette en l’air, ont beau essayer de calmer leurs fans, c’est perdu d’avance.
C’est alors que Pavic, le bouillant croate, entre en scène pour applaudir ironiquement le public français. Mauvaise idée, le dawa reprend de plus belle. Il décide alors de se tourner vers les supporters croates pour les encourager eux aussi à se faire entendre. Il ne fallait pas le leur dire deux fois. S’engagent alors un combat de tribune ou chaque camp joue à qui mettra le plus de souk possible. Incroyable, presque irréel. Rien qu’en l’écrivant, les poils se dressent à nouveau. Au bout de quelques minutes, quand les gens finissent par se dire que si le calme ne revient pas on va y passer la nuit, Pavic a pu servir et, galvanisé par ce qui vient de se passer, les Croates effacent une à une les balles de match. Grandiose.
Plaidoyer pour la Coupe Davis, la seule, la vraie
Peu de gens (peut-être) sont plus attachés à ce format de Coupe Davis que Yannick Noah, peu de gens (certainement) n’ont autant fait part de leur rancœur vis-à-vis de la réforme votée en août dernier. Alors quand vous le lancez sur le sujet après la rencontre, c’est comme pris dans un tourbillon d’émotion que le capitaine répond : « Ça fait quelques mois qu’on sait que c’est la dernière vraie coupe Davis, ça fait deux mois qu’on sait qu’on va avoir le privilège de jouer à la maison, c’était un long débat, on n’a pas été entendu. Je sais que, quels que soient les résultats, il s’agit d’un week-end historique pour les amoureux de la Coupe Davis. Parfois, j’étais un peu surpassé par l’ambiance. Jouer un match dans une salle pareille, avec une ambiance pareille c’est… » Il poursuit :
« On en parlait avec les gars du double tout à l’heure après la victoire. Ils n’auront plus jamais l’occasion de revivre ça de leur vie, c’est juste extraordinaire ce qu’on a vécu avec le public aujourd’hui. C’est précieux, ça va nous rester pour toujours. » »
Pendant ces quelques minutes perdues quelque part entre la folie, l’absurde et la déraison, les quelque 23.000 cerveaux présents au stade se sont connectés pour se poser la même question : Mais pourquoi veulent-ils mettre fin à tout ça ? On pourra nous raconter ce qu’on veut, mais une finale de Coupe Davis (si Coupe Davis il y a, d'ailleurs) à Shanghai ou à Doha n’aura jamais la même saveur qu’un match disputé à domicile dans une ambiance surchauffée ou pour les Croates face à un public qui ne vous veut pas que du bien.
Pavic kiffe, son capitaine un peu moins
Face à la presse après la rencontre, encore tout retourné par ce qu’il vient de vivre, Pavic confirme. « C’était génial, l’atmosphère était fantastique, le stade était plein et le public est devenu dingue à 5-4. On a adoré jouer ça, reconnaît celui qui se faisait pourrir par le public quelques minutes auparavant. Jouer à l’extérieur, devant autant de gens contre soi, c’est quelque chose de dingue. Et j’imagine que c’est la même chose pour les Français, ils n’auront plus jamais l’occasion de rejouer dans un tel contexte, devant autant de monde, avec une telle ambiance. » Le joueur croate smashe :
« Avec la nouvelle formule de la Coupe Davis, plus jamais on en pourra connaître une chose pareille… » »
Si son joueur a aimé se retrouver seul face à une foule qui veut le voir souffrir et chuter, le capitaine croate a tenu à exprimer son mécontentement vis-à-vis des règles et de ce qu’il s’est passé : « Il y a eu une éruption parmi la foule, peut-être un peu trop. C’est une bonne chose oui, mais c’est allé trop loin. Nous avons joué à domicile en 2016 en finale et les règles étaient un peu différentes. On ne pouvait pas arrêter le jeu pendant aussi longtemps comme l’équipe française a fait à 5-4 en attendant que la foule s’arrête. Je ne pense pas que ce soit juste. J’espère que cela va changer dimanche. » Pourtant, il semble bien que ce soit cet instant de grâce qui a permis à Pavic de se transcender pour effacer les trois balles de matchs et revenir à 6-6.
Pour Nicolas Mahut, « c’est la Coupe Davis qui est résumée dans ce moment. Après, sur le moment, on en profite mais on est tellement concentré qu’on ne se rend pas bien compte de ce qu’il se passe. Même si parfois c’était compliqué parce que j’avais des frissons, je ressentais des vibrations, il fallait qu’on se rapproche avec Pierre-Hugues pour se parler, pareil pour entendre les consignes de Yannick. Voilà, c’est ça qui fait la magie de cette compétition. » Après cette finale France-Croatie, tout cela ne sera plus que de l’histoire ancienne, mais attendons dimanche soir pour sortir les mouchoirs. D’ici là, que le grand n’importe quoi continue.


















