VIDEO. Accusé de viol aux Etats-Unis, que risque Cristiano Ronaldo?

JUSTICE Le footballeur «nie fermement» les faits, mais la police de Las Vegas a rouvert son enquête, et son accusatrice porté plainte au civil...

Philippe Berry

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Cristiano Ronaldo
Cristiano Ronaldo — PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Cristiano Ronaldo dans la tourmente. Alors qu’une Américaine de 34 ans accuse le joueur portugais de l'avoir violée en 2009, il a réagi sur Twitter, mercredi, «niant fermement». De son côté, la police de Las Vegas a rouvert son enquête, et les avocats de l’accusatrice cherchent à faire annuler l’accord de confidentialité négocié par la star de la Juventus contre le versement de 375.000 dollars en 2010. Peut-on aller jusqu’à un procès ? Selon Warren Geller, avocat pénaliste de Las Vegas, « obtenir une conviction des années après est plus compliqué. Mais avec #MeToo, les mentalités du public et des jurés sont en train de changer ».

« Cristiano Ronaldo est entré, exhibant son pénis en érection »

L’affaire remonte au 13 juin 2009. Cristiano Ronaldo fait la fête au club Rain de Las Vegas, où il rencontre Kathryn Mayorga, 25 ans à l’époque. Selon la plainte, le joueur aurait invité plusieurs personnes dans sa suite du Palms. Alors que la jeune femme se change dans la salle de bains pour aller dans le jacuzzi, « Cristiano Ronaldo est entré, exhibant son pénis en érection, et demandant à la plaignante de lui faire une fellation », détaille la plainte. Mayorga accuse la star portugaise de l’avoir « poussée dans une chambre », et alors qu’elle résistait, « se couvrant pour éviter une pénétration », il l’aurait « sodomisée pendant qu’elle criait ''non, non, non'' ».

Cristiano Ronaldo au club Rain de Las Vegas, en 2009, avec Kathryn Mayorga, qui l'accuse de viol.
Cristiano Ronaldo au club Rain de Las Vegas, en 2009, avec Kathryn Mayorga, qui l'accuse de viol. - WENN.COM/SIPA

La jeune femme dépose plainte au commissariat pour viol le jour même. Un examen médical est pratiqué mais elle refuse de donner le nom du joueur. La police l’interroge à nouveau quelques semaines plus tard mais abandonne l’enquête, pour une raison encore mal établie. Selon l’enquête du quotidien allemand Der Spiegel, l’affaire se termine par une transaction privée. Kathryn Mayorga reçoit 375.000 dollars en échange d’une confidentialité absolue sur les faits présumés ou l’accord.

Au civil, le risque est financier

Aujourd’hui, les nouveaux avocats de la plaignante cherchent à faire annuler l’accord de 2010, invoquant « l’état psychologique » de Kathryn Mayorga au moment de la signature et les « pressions » qu’auraient exercées les avocats de Ronaldo. Les avocats de la plaignante réclament des dommages et intérêts « supérieurs » à 200.000 dollars, citant le stress post-traumatique et la dépression dont souffre la plaignante, selon le diagnostic d’un médecin.

« Cette somme ne veut pas dire grand-chose. C’est un jury qui établit le montant, qui peut aller d’un dollar à plusieurs millions », précise Warren Geller. Parfois, la procédure s’arrête avant : Dominique Strauss-Kahn avait versé 1,5 million de dollars à Nafissatou Diallo pour éviter un procès.

Au pénal, le viol est passible de la perpétuité

Après le meurtre, le viol est le crime le plus grave dans le Code pénal du Nevada, passible de la prison à perpétuité. La police de Las Vegas confirme à 20 Minutes que l’enquête a été rouverte à la suite « de nouvelles informations fournies » par la victime. Le « rape kit » (examen médical) pratiqué à l’époque a été conservé, et il n'y a pas de prescription. Si le dossier est solide, c’est le bureau du procureur (district attorney) qui tentera d’obtenir l’inculpation de Ronaldo, soit devant un juge, soit devant un « grand jury ».

L’accord de confidentialité dévoilé par Der Spiegel et que les avocats de Kathryn Mayorga ont transmis à la police vient de Football Leaks. Les individus derrière ces fuites se présentent comme des « lanceurs d’alerte » mais l’origine de ces contrats et documents secrets du football reste obscure.

« Je me suis excusé après »

Selon Der Spiegel, Ronaldo aurait affirmé à ses avocats que la relation sexuelle était « consentie ». Mais lors d’un témoignage précédent, il aurait donné des détails différents : « Elle disait qu’elle ne voulait pas mais elle s’est rendue accessible [she made herself available]. Elle n’arrêtait pas de dire ''Non, ne fais pas ça, je ne suis pas comme les autres [filles]''. Je me suis excusé après. »

« Si Ronaldo avoue que son accusatrice a dit ''non'' ou ''arrête'' plusieurs fois en référence à une pénétration, cela pourrait gravement endommager sa défense », estime Warren Geller. Mais selon lui, dans le cadre d’un procès, un avocat pourrait argumenter qu’elle « voulait donner l’impression à Ronaldo que d’habitude, elle n’a pas de relations sexuelles le premier soir ».

Selon l’avocat, rien ne garantit qu’un juge admette ces documents, qui pourraient être protégés par le secret professionnel – ou avoir été obtenus par piratage. Les avocats du joueur ont vingt jours pour répondre à la plainte déposée au civil. L’enquête de la police, elle, suit son cours. Cristiano Ronaldo assure qu’il attend sa conclusion « sereinement ».