Ryder Cup 2018: La faillite de Woods, l’ambiance de dingo et le record de Garcia… On vous raconte notre week-end

GOLF L’Europe a marché sur les Etats-Unis sur le Golf National, remportant l’épreuve avec six points d’avance (17,5-10,5)…

Julien Laloye

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Francesco Molinari a été le grand artisan de la victoire de l'Europe sur le Golf National.
Francesco Molinari a été le grand artisan de la victoire de l'Europe sur le Golf National. — FRANCK FIFE / AFP

Il est des traditions qu’on aime voir respecter plus que tout. Celle d’humilier l’Oncle Sam tous les quatre ans lors de la Ryder Cup sur le sol européen est un délice infini. Déjà dans le dur après les parties de double des deux premiers jours, les Américains n’ont même pas fait passer un frisson dans les rangs européens lors de simples de dimanche, à l’image de Tiger Woods, qui repart fanny de Paris, avec quatre défaites en quatre matchs. Retour sur un week-end de folie avec Christophe Muniesa, le DTN du golf tricolore

L’Europe reste maître chez elle (parce qu’elle avait bien préparé son coup)

C’est une anomalie qui dure. En roulant sur la Team USA -et en marche arrière pour être sûre- l’Europe a confirmé son invincibilité à la maison en remportant sa sixième édition d’affilée sur le Vieux Continent. Une affaire qui ne doit rien au hasard. Au départ de la compétition, les 12 joueurs européens cumulaient 233 tours joués sur le parcours du Golf National… contre 8 seulement pour les Américains. Si Jim Furyk, le capitaine des Etats-Unis, a expliqué qu’il ne regrettait rien de ce côté puisqu’il avait déjà réussi à tirer par la manche six gars à lui pour reconnaître le parcours au printemps, cela devient urgent pour les Américains de prendre l’avion de temps en temps et traverser l’Atlantique s’ils veulent un jour regagner hors de chez eux.

L’avis du Muniesa >> « Quand on voit tout ce que les Américains ont changé dans leur approche stratégique lors des éditions organisées en Europe, c’est sûr qu’ils ont pris une grosse claque sportive. A leur décharge, ils jouent beaucoup pendant l’été, ce qui a dû avoir un impact sur le physique des troupes. Bien sûr, des Européens jouent beaucoup aussi, mais il y a un vrai sujet sur la forme physique des Américains, qui ont paru en dessous de ce point de vue »

Tiger Woods, une résurrection incomplète

Il est arrivé dans le costume du roi revenu des flammes de l’enfer pour reprendre son trône au grand méchant Iznogoud, mais comme après chaque Ryder Cup, le roi repart tout nu avec une claque sur les fesses. Visiblement fatigué par son come-back incroyable ces derniers mois, Tiger a traîné sa peine tout du long, jusqu’à perdre son simple du dimanche et casser la légère dynamique américaine en cours (quatre défaites en quatre matchs en tout). Cela n’enlève rien au plaisir qu’on a eu à le voir golfer à moins de trois mètres de nous pendant une semaine, mais le Tigre a besoin d’aller se reposer un bon coup avant de repartir à la chasse au record de Nicklaus.

L’avis de Muniesa >> « Il a semblé émoussé dès le début de la semaine. La seule énigme en tant que choix du capitaine, c’est de l’avoir fait autant jouer. Il l’a mis le vendredi matin très tôt, or en termes de rythme biologique, on dit un jour de récupération par heure de décalage. Lui… (il a), il a pris 7h de décalage, et il a joué à 8h du matin. On s’est demandé s’il était blessé ou pas, et il a rejoué 36 trous le samedi. C’était un choix très surprenant. On ne l’imagine pas s’arrêter sur un tableau aussi négatif en Ryder Cup. Il va tout mettre en œuvre pour être là dans deux ans, même si sa légende s’est construite sur les victoires en Grand Chelem ».

Le spectacle dans les tribunes

Thomas Levet nous avait prévenus que c’était un truc de dingue, et franchement, il n’avait pas menti. Un peu longs à se lancer en raison du début en fanfare des Ricains, les supporters de la « Team Europe » sont montés en puissance comme leur équipe. Merci aux habitués venus du Royaume-Uni qui ont enseigné les codes vite fait bien fait aux Frenchies du lieu, et particulièrement aux drolatiques Guardians of The Cup, qui ont enchanté la foule grâce à leurs chants imaginatifs. Mention spéciale pour le chambrage sur Dechambeau, « De Chambeau, tu sais que tu es français », et le tube électrique qui a porté Ian Poulter tout en haut des nuages : « USA is terrified, Poulter is on fire ».

L’avis de Muniesa : « Un quart d’heure avant le premier coup vendredi c’était dément, et c’est resté dément tout le tournoi. Ça chantait de partout, très clairement, on n’avait jamais vu ça en France. C’est un sentiment de joie intense d’avoir vu les spectateurs français prendre un pied phénoménal à vivre cette épreuve sur le sol français. La perception qu’on a eue est très positive.

« Moliwood », le tube du week-end

Ce ne sont pas les visages les plus connus de l’équipe européenne. Francesco Molinari et Toby Fleetwood sont pourtant devenus la première paire à remporter ses quatre premiers matchs sur une seule édition. L’Italien, vainqueur de son Premier Grand Chelem cette saison, a été un monstre de régularité du coup de départ jusqu’aux greens (jamais besoin de jouer plus loin que le 16e trou), quand l’Anglais embrasait les spectateurs sur des putts rentrés depuis le Vélodrome de Saint-Quentin. Une fois de plus, l’esprit d’équipe des Européens a accouché d’une paire de légende, partie pour péter tous les records.

L’avis de Muniesa : « Il y a un côté hors norme dans la performance de Molinari. Si on raisonne en termes de système, il s’est fait tout seul en allant chercher le coach de Johnny Wilkinson. Sa trajectoire de sportif est inspirante, mais c’est difficile de raisonner en termes de système par rapport à l’Italie. En revanche le système suédois peut être un modèle de formation d’élite à suivre pour nous ».

Le record historique de Sergio Garcia

Scène émouvante captée par les caméras après la victoire européenne. Sergio Garcia qui fond dans les bras de son capitaine pour le remercier en anglais, et ce dernier qui lui dit : « Non, c’est moi qui te dis merci ». Pour comprendre : l’Espagnol, pilier de l’Europe depuis 1999, sort d’une saison affreuse, et si ce n’est pour service rendu, il n’y avait aucune raison de le prendre ce coup-ci. Mais Thomas Bjorn a fait confiance à l’histoire, et Sergio Garcia lui a bien rendu en remportant 3 points, ce qui fait de lui le recordman absolu dans l’épreuve, avec 25,5 points remportés en dix éditions successives. Un grand jour pour l’Espagne après le sacre de Valverde aux Mondiaux de cyclisme.

L’avis du principal intéressé >> « Je ne pleure pas souvent, mais aujourd’hui j’ai du mal à retenir mes larmes. Ça a été une année très compliquée pour moi. Je ne pourrais jamais assez remercier Thomas de m’avoir choisi et d’avoir cru en moi. Je suis si heureux de ramener la Coupe à la maison, si heureux d’avoir contribué à la victoire. Je n’ai jamais eu autant d’encouragement en Ryder Cup. C’est une année ou rien ne semble devoir sourire, et elle se termine de la meilleure des manières ».

Un coup de boost pour la démocratisation du golf en Français ?

Au-delà du plaisir personnel qu’on a pu prendre à couvrir la compétition (l’accès « dans les cordes » quelle merveille, merci au génie qui a inventé ça), il faut déjà imaginer la suite à plus grande échelle. Quel impact cette Ryder Cup peut-elle avoir pour la discipline en France, en dehors peut-être, de redonner envie à Victor Dubuisson de jouer au golf ? La présence de Woods a donné un coup de projecteur indiscutable à l’épreuve dans les médias nationaux, y compris sur 20 minutes.fr, mais cet intérêt soudain ne doit pas cacher l’essentiel : pour qu’on parle autant de golf dans les années qui viennent, il faudra bien qu’un Français sorte du bois.

L’avis de Muniesa : « On a déjà envie de se projeter sur Paris 2024. Un élan a été créé avec l’organisation de cette compétition. Il va falloir se projeter dans les quatre ans qui viennent. L’envie c’est de surfer sur la vague et continuer à développer le golf en France. C’était un pincement au cœur de pas avoir de joueur tricolore, mais l’ambition principale c’était de mettre la France sur la carte du golf mondiale. Aujourd’hui, on a démontré la légitimité de la France pour parler de golf. Maintenant, le premier objectif c’est de faire une médaille aux JO de 2024 ».