Grand Chelem: Comment le rugby féminin français veut surfer sur les succès des Bleues

SPORT FEMININ Le championnat de France féminin va subir une profonde refonte…

Nicolas Stival

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La joie des Françaises après leur victoire au pays de Galles, synonyme de Grand Chelem, le 16 mars 2018.
La joie des Françaises après leur victoire au pays de Galles, synonyme de Grand Chelem, le 16 mars 2018. — P. Ellis / AFP
  • L’actuel Top 8 passera à 16 équipes en 2018-2019.
  • La grande majorité des joueuses gardera un statut amateur.

Un cinquième Grand Chelem, un beau succès populaire avec notamment les 17.000 spectateurs de Grenoble pour un sommet à suspense face aux Anglaises (18-17)... Les joueuses du XV de France ont encore enrichi leur palmarès et accru leur cote de sympathie lors du dernier Tournoi des VI Nations.

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« Nous avons atteint la barre des 20.000 licenciées, se félicite Céline Bourillot, vice-présidente de la FFR en charge du rugby féminin. Il y a eu un vrai déclic avec la Coupe du monde en 2014, qui avait lieu en France et au cours de laquelle l'équipe avait atteint les demi-finales. A l’époque, il y avait environ 14.000 licenciées. »

Reste à faire profiter de ce succès le championnat domestique d’élite, le Top 8, dont la 13e journée est programmée ce week-end. « On va faire en sorte que ça rejaillisse, reprend Céline Bourillot, par ailleurs présidente de l’entente Montceau–Creusot, en Bourgogne. Tous les ans, le XV de France [de nouveau troisième de la Coupe du monde 2017] monte en puissance. Il faut valoriser le travail des filles et du staff. »

Le Top 8 va doubler de volume

En 2014, le Top 10 était devenu Top 8. Récemment, La FFR a lancé une consultation auprès des clubs des quatre divisions féminines françaises. Résultat ? La D1 va doubler de volume dès la saison prochaine, avec 16 équipes réparties en deux poules « géographiques et de niveau ».

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« Le but, c’est d’avoir un meilleur maillage territorial », explique Céline Bourillot. Si le nord (Lille-Villeneuve d'Ascq) et le nord-ouest sont bien représentés (Rennes et Caen) aujourd’hui, à la différence du Top 14 masculin, l’est du pays sonne creux. A la fin de l’actuelle saison, il n’y aura pas de relégation, mais huit formations promues.

Pour les clubs, ce nouveau dispositif devrait permettre de réduire les longs déplacements, et donc les frais. En espérant que la première division leur offre une visibilité accrue pour les sponsors, afin de se structurer.

La saison prochaine, les quatre premières équipes de chaque poule disputeront les play-offs, les quatre dernières les play-downs. Deux formations descendront dans une Elite 2, ou Challenge Armelle-Auclair, réduite à une seule poule de dix, contre deux de huit actuellement.

Pendant le Tournoi des VI Nations, il n’y aura toujours pas de doublons, mais une Coupe de France entre équipes de dix joueuses, réunissant les formations des deux premières divisions.

Du côté des sponsors et des télés

Pas question de donner à la future élite 1 le nom de « Top 16 », qui créerait la confusion avec l’ancien nom de l’élite masculine, devenue Top 14 en 2005. La piste du « naming » est étudiée, à condition bien sûr, de trouver « un gros sponsor », comme l’indique la dirigeante.

Et les télés ? Depuis la première diffusion de matchs en 2015, dont la finale entre Lille-Villeneuve d’Ascq et Montpellier, une affiche répétée quatre fois lors des cinq dernières années, la médiatisation du Top 8 a gonflé. « Eurosport propose un multiplex lors des dernières journées des phases aller et retour et retransmet les demi-finales, détaille Céline Bourillot. La finale est codiffusée par Eurosport et France 4. »

Ce partenariat doit être reconduit la saison prochaine, même si quelques équipes pourraient devoir « délocaliser » leur match télévisé, faute d’installations adéquates.

Pas de professionnalisation complète

Le premier championnat professionnel de rugby féminin à XV a été lancé cette saison en Angleterre. En France, seules les internationales à VII bénéficient d’un statut que l’on peut qualifier de semi-pro. Les Bleues du XV, ambassadrices les plus médiatisées de la discipline, bénéficient d’aménagements négociés entre la FFR et les employeurs.

Les « simples » joueuses de club gardent un statut amateur. « Nous n’avons pas envie d’aller vers une professionnalisation complète, et les joueuses non plus, assure Céline Bourillot. Il vaut mieux mener un double parcours professionnel et sportif, lorsque le rugby s’arrête à 30 ans. »