Stade Toulousain: Et si 2018 était (enfin) l'année du vingtième Bouclier de Brennus?

RUGBY Fringant après une saison dernière totalement ratée, le Stade Toulousain rivalise de nouveau avec les meilleurs clubs du Top 14…

Nicolas Stival

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La joie des Toulousains Holmes, Fickou, Huget et Mjekevu, le 24 mars 2018 lors de la victoire sur la pelouse du Stade Français.
La joie des Toulousains Holmes, Fickou, Huget et Mjekevu, le 24 mars 2018 lors de la victoire sur la pelouse du Stade Français. — Ch. Saïdi / Sipa
  • Toulouse reste sur une série de 6 victoires en 7 matchs du Top 14, la dernière, spectaculaire, samedi sur la pelouse du Stade Français.
  • Au-delà de la qualification, le troisième du Top 14 peut espérer un barrage à domicile, voire un accès direct aux demi-finales.

Il faut toujours relativiser. Le Real Madrid a patienté douze ans, jusqu’en 2014, pour conquérir la fameuse « décima », sa dixième victoire en C1, avant d’enchaîner deux autres Ligues des champions en 2016 et 2017. Le Stade Toulousain attend « seulement » depuis 2012 son vingtième Bouclier de Brennus, qui scellerait le retour au premier plan du club le plus titré de France et d'Europe.

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Après cinq saisons de déclin sportif, au point de rater les phases finales l’an dernier pour la première fois depuis 1976, les Rouge et Noir paraissent armés pour combler les attentes de leurs exigeants supporters. Même si, selon les formules consacrées, « le championnat n’a jamais été aussi serré » et que « tout va très vite dans le sport ». Sans oublier des querelles en coulisses sur fond de gros sous et de luttes de pouvoir, qui n’ont pour l’heure pas déteint sur les résultats.

Un classement avantageux

C’est tout bête, mais pour espérer retrouver le parfum printanier et enivrant des matchs couperet, il vaut mieux être bien placé à quatre journées de la fin de la phase régulière. Cela tombe bien : le Stade Toulousain pointe au troisième rang du Top 14, au sortir de son excitant succès à Paris face au Stade Français, samedi (33-37).

Cela fait six victoires lors des sept dernières rencontres de championnat, une jolie série seulement gâchée par un revers à la maison contre Lyon (20-27)... Si le leader Montpellier (71 points) se balade, les joueurs d’Ugo Mola (65) comptent huit longueurs d’avance sur la septième place, occupée par un LOU dompté par le Racing 92 ce dimanche soir (22-24).

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Lorsqu’on les interroge sur le sujet, la plupart des Toulousains affirment qu’une place dans le Top 6, qualificative en outre pour la « grande » Coupe d’Europe, suffirait à leur bonheur. Mais un barrage à domicile (troisième et quatrième places) voire une qualification directe pour les demi-finales (réservée aux deux premiers) semble dans leurs cordes. « Je pense que cette équipe a une marge de progression, lâche Mola. Elle n’a pas encore conscience de sa capacité à faire des bons matches. » Alléchant…

Un calendrier allégé, faute de Coupe d’Europe

Un déplacement à Castres, la réception du Racing 92 et de La Rochelle puis un rendez-vous à Clermont pour finir. Sur le papier, il y a plus facile que de se coltiner quatre gros, même si le champion auvergnat est déjà hors course. Mais le Stade a aussi des creux dans son calendrier, après son élimination sans gloire dès les phases de poule du Challenge européen.

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Le week-end prochain, c’est depuis leur canapé que ses joueurs verront leurs rivaux laisser des forces, et peut-être quelques articulations, lors des quarts de finale des joutes continentales : La Rochelle, Toulon, Clermont et le Racing 92 en Champions Cup ; Pau en Challenge. Déjà peu concerné par le Tournoi des VI Nations (sélections de Dupont puis de Fickou en équipe de France, de Ghiraldini avec l’Italie), le Stade n’aura pas l’excuse de la fatigue avant le sprint final du Top 14.

Cela tombe bien, puisqu’il est « impossible de réussir le doublé » Top 14 - Coupe d’Europe, comme le répétait Guy Novès à ses plus belles heures toulousaines. Depuis cette prophétie, le Toulon de Jonny Wilkinson, en 2014, a toutefois fait mentir l’ex-sélectionneur des Bleus.

Un réservoir conséquent de joueurs

Peu utilisé en Top 14, Wandile Mjekevu a remplacé à la dernière minute l’incontournable Florian Fritz, blessé avant le choc des Stades, samedi. Résultat ? L’ailier sud-africain, ex et futur Perpignanais, a signé une très belle prestation au poste de centre, avec un essai à la clé. Le Stade s’est aussi permis de laisser Thomas Ramos, son meilleur buteur, sur le banc de Jean-Bouin jusqu’à la 77e minute.

Pour l’heure, l’équipe a également montré qu’elle savait gagner sans le demi de mêlée Antoine Dupont, son maître à jouer, lequel marchait sur l’eau avant sa grave blessure au genou en ouverture du Tournoi des VI Nations, le 3 février contre l’Irlande (13-15), qui le prive de la fin de saison. Au rayon « résurrections », on peut citer les deux Yoann, Maestri et Huget, trentenaires de nouveau verts après leur mise à l’écart des Bleus, ou encore Maxime Médard, virevoltant comme à ses débuts.

Le facteur X qui fait les champions

Ugo Mola s’est montré compatissant après ce match chez des Parisiens en lutte pour leur maintien, marqué entre autres par deux essais sur interception. « Malheureusement pour eux, on a eu de la réussite. Heureusement pour nous, elle était du bon côté. Je suis passé par là il n’y a pas très longtemps. »

Car le Stade Toulousain n’a pas toujours tutoyé le bonheur comme aujourd’hui. Entre problèmes de confiance et facteurs quelque peu irrationnels, un club en galère a plus de chances de voir une pénalité cruciale fuir les poteaux ou un ballon chaud échapper aux mains fébriles de ses joueurs. Dans un Top 14 où « ça se joue sur des détails », pour reprendre le pire cliché sportif, toutes disciplines confondues, ces petits riens peuvent tout changer.