Le défi fou d'Albin Ebondo: Après six ans sans jouer, il veut redevenir footballeur professionnel

COME-BACK L'ancien défenseur du TFC et de Saint-Etienne, âgé de 34 ans, se prépare depuis plus d'une année à renouer avec un métier qu'il a abandonné en mai 2012...

Nicolas Stival

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Albin Ebondo, sous le maillot de Saint-Etienne, face au TFC de Daniel Braaten, le 11 septembre 2010 au Stadium de Toulouse.
Albin Ebondo, sous le maillot de Saint-Etienne, face au TFC de Daniel Braaten, le 11 septembre 2010 au Stadium de Toulouse. — P. Pavani / AFP
  • Le latéral droit justifie son arrêt, en 2012, par un épuisement mental.
  • Frais et de nouveau athlétique, le joueur aux 257 matchs professionnels cherche un club pour relever un défi assez fou.

Trois fois par semaine, Albin Ebondo va s’entraîner du côté de Geoffroy-Guichard. Ou plutôt juste en face, sur les installations du Coquelicot 42, club d’athlétisme où sont licenciés sa femme Syrine Balti, perchiste tunisienne septuple championne d’Afrique, leur fille de dix ans et leur fils de sept ans. Avec un préparateur physique personnel, l’ancien défenseur du TFC et de Saint-Etienne trime pour atteindre un objectif qui peut paraître fou : redevenir un footballeur professionnel, près de six ans après son dernier match de Ligue 1.

Lors du derby face au Lyon de Yoann Gourcuff, le 29 octobre 2011 à Gerland.
Lors du derby face au Lyon de Yoann Gourcuff, le 29 octobre 2011 à Gerland. - P. Fayolle / Sipa

« J’ai aujourd’hui 34 ans, mais je suis beaucoup plus frais que lorsque j’ai arrêté », assure l’ex-international Espoirs français. Retour en arrière : nous sommes le 20 mai 2012. François Hollande a été élu président de la République deux semaines plus tôt, et Psy met la dernière main à l’entêtant Gangnam Style qui déferlera sur YouTube et le monde quelques semaines plus tard. A Saint-Etienne, Ebondo entre pour les dix dernières minutes d’une défaite contre Bordeaux, en clôture de la saison de L1 (2-3).

« Cela faisait un moment que je pensais à arrêter, je ne voulais pas tricher. Je ne regrette pas ma décision. Mentalement, j’étais épuisé. »

Rien à voir avec un dégoût du monde du foot, à l’issue d’un second exercice Vert moins abouti que le premier, promet le natif de Marseille. Juste une grosse fatigue psychologique, qui le conduit à négocier avec la direction stéphanoise la résiliation de son contrat, un an avant son terme. En pleine force de l’âge et après 257 matchs professionnels, dont 237 en L1, le latéral droit de 28 ans se retire d’un métier aussi gratifiant que lucratif.

« Ma femme a accepté mon choix, mais dans ma famille au sens plus large, tous ne l’ont pas compris de suite », avoue-t-il. Pendant quatre ans et demi, le défenseur se mue en père au foyer, alors que son épouse (qui devrait arrêter sa carrière cet été) retrouve le plus haut niveau, après ses maternités.

Au lieu de grossir, il perd près de dix kilos de masse musculaire

S’il garde des amis dans le milieu (Pantxi Sirieix, Cheikh Mbengue, Moussa Sissoko…), Ebondo se contente de mater les matchs à la télé et cesse toute activité physique. Mais, au lieu de virer bedonnant, il perd près de dix kilos de masse musculaire. Il descend à 80 kg, pour 1,83 m.

Et puis… « Dans la rue, je croisais très souvent le directeur sportif d’Andrézieux-Bouthéon, où je vivais alors, explique le latéral. Pendant deux ou trois ans, il m’a relancé, pour me demander de venir jouer dans son équipe, qui faisait le yoyo entre CFA2 et CFA. Je lui disais tout le temps non, jusqu’à il y a un an. » Début 2017, l’ancien Pitchoun, de 2000 à 2010, finit par céder au dirigeant insistant. « Avec le recul, je n’aurais pas dû accepter », s’esclaffe-t-il.

Avec le TFC contre l'OM de Mathieu Valbuena, le 2 mai 2009 au Vélodrome.
Avec le TFC contre l'OM de Mathieu Valbuena, le 2 mai 2009 au Vélodrome. - Tschaen / Sipa

Car à peine les crampons ressortis du placard, le virus frappe. « Faute de condition, je me suis blessé dès le départ, une petite inflammation à l’articulation du pied. Ça m’a frustré. J’avais envie de sprinter comme mes coéquipiers, de jouer comme eux, de me sentir bien physiquement comme eux. » La saison avance, la blessure guérit et les sensations reviennent, mais trop tard pour postuler à un retour à la compétition.

En juillet et août 2017, Ebondo s’entraîne avec la réserve de l’ASSE, son club de 2010 à 2012. « J’ai acquis la certitude que j’étais capable de revenir à mon tout meilleur niveau. ». Après avoir refusé l’offre d’une équipe andorrane, le trentenaire peaufine donc sa préparation depuis l’été dernier avec un entraîneur dédié.

« Mon corps réagit très bien. J’ai vraiment une envie débordante de rejouer au niveau professionnel, en Ligue 1, en Ligue 2, même en National, ou à l’étranger. »

Si Martina Hingis, Kim Clijsters, Michael Phelps ou Michael Jordan ont réussi à des degrés divers leur come-back, le succès du retour d’Albin Ebondo reste un gros point d’interrogation. Car il faut d’abord convaincre un éventuel employeur de tenter le pari.

Albin Ebondo et le légendaire Daniel Braaten, sous le maillot toulousain en Coupe de France, pour un carton (0-8) chez les Alsaciens de Schirrhein, le 24 janvier 2009.
Albin Ebondo et le légendaire Daniel Braaten, sous le maillot toulousain en Coupe de France, pour un carton (0-8) chez les Alsaciens de Schirrhein, le 24 janvier 2009. - G. Varela / 20 Minutes

« Si des clubs se posent des questions, qu’ils n’hésitent pas à me tester, car moi, je suis prêt », assène le défenseur, jamais gravement blessé au cours de sa première carrière. L’aspirant revenant ne fixe pas de limites dans le temps à sa quête, qu’il sait délicate : « Je ne maîtrise pas l’avenir. Mais ce qui dépend de moi, je le maîtrise à 100 %. »