VIDEO. JO 2018: D'une chute au sacre... Pierre Vaultier, aka «la machine», écrit sa légende avec une course folle

JEUX OLYMPIQUES Et on vous raconte tout cela de l'intérieur...

Jean Saint-Marc
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IL EST LA LE PATRON.
IL EST LA LE PATRON. — AFP
  • Immense favori et vainqueur à Sotchi, Pierre Vaultier a réussi à conserver son titre à Pyeongchang. 
  • Un exploit énorme, puisqu'il a été pris dans une chute en demi-finale. 

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

Trois gaillards dans la zone d'arrivée. Deux combinaisons motif marinière entourent un camaïeu orange : vous avez là deux gamins de l’équipe de France de snowboard cross et l’un des cinq membres de la délégation Andorrane. « Allez, putain ! » Ils sont bouffés de stress. Un nouveau « putain », et en voilà un qui hurle : « Attention à Jarryd ! »

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Présentons lesdits gaillards. D'abord, le coloc de Pierre Vaultier aux JO, Lluís Marin Tarroch, qui a abandonné ses Pyrénées andorranes pour s’entraîner avec les Français. Les marinières, elles, sont sur les épaules de  Ken Vuagnoux​ (22 ans) et Merlin Surget (18 ans), tous deux éliminés en quart de finale, et qui se rêvent dans la trace de celui qu’ils encouragent.

Quand la machine chute

« C’est une machine, de A à Z, il a un truc que personne n’a », exulte Merlin Surget,. « Tu lui ressembles quand même beaucoup en termes de morphologie », coupe gentiment Ken Vuagnoux, de nouveau interrompu : « Arrête, il est inégalable. » Pierre Vaultier vient en effet de marquer l’histoire de son sport. Une nouvelle médaille d’or quatre ans après Sotchi, et, encore une fois, dans des conditions incroyables. En Russie, il n’avait plus de ligaments dans son genou. Cette fois, il avait une étoile au-dessus de la tête.

La finale, il l’a bouclée presque trop facilement. C'est autour de 14h30 (heure locale), et en demi-finale, que sa journée a basculé. Laissons la parole au champion olympique. Il a gagné sa deuxième médaille d’or, il mérite bien quinze lignes de citation :

Jarryd Hughes prend une mauvaise ligne à l’entrée du dernier virage. Il nous met tous par terre. J’ai pensé que c’était perdu, j’ai essayé de compter le nombre de mecs qui étaient passés avant moi. Il m’a semblé en voir deux. BAM j’ai déchaussé ma fixation, j’ai poussé, j’ai rechaussé et j’ai passé la ligne. Je n’étais pas sûr d’être troisième [et d'être qualifié]. J’ai essayé de compter le nombre de mecs devant les caméras, puis j’ai regardé le tableau et j’ai vu que c'était bon. Je me suis dit “mais qu’est-ce que c’est que cette histoire, on est chez les fous”.

Pas tout à fait. Juste sur l’un des meilleurs sports des JO d’hiver. La règle est la même qu'au ski cross. Ou quand deux jeunes skieurs abandonnent leurs parents au restaurant d'altitude pour faire une dernière piste. Premier en bas. La discipline connaît par cœur les renversements de situation, les favoris qui chutent en demi-finale (arrivederci Omar Visintin, par exemple). Mais qui n’avait pas souvent vu ça.

« Dans toute ma carrière, je ne m'étais JAMAIS qualifié en déchaussant. Impossible ! » :  Pierre Vaultier nous a longuement raconté « l’éternité » de cet instant « en enfer », où « tout s’est écroulé ». Kévin Strucl, son entraîneur, son pote aussi (ils n’ont qu’un mois d’écart), vivait le même en haut de la piste, dans la cabane de départ.

Coup de pression et nouvelle stratégie

« Je ne peux même pas expliquer ce que je ressentais. J’étais… Vidé. On se dit qu’on a travaillé pendant quatre ans pour rien. » D'autant plus cruel qu’à ce moment-là, sur les écrans, le réalisateur avait perdu Vaultier. Strucl, comme le maigre public du Phoenix Park, ne comprenait rien. Ils l'ont seulement vu réapparaître, miraculeusement, en bas de la piste.

On vous a décrit cette chute par le menu. Le reste se raconte en trois scènes :

  • Vaultier dans la zone d’arrivée qui engueule Hughes pour sa trajectoire foireuse.
  • Strucl qui colle un coup de pression à Vaultier. « Il m’a gentiment dit que j’avais une bonne étoile, et qu’il n’y avait pas moyen de flancher sur ce dernier run. »
  • Une nouvelle stratégie pour la finale : faire parler ses qualités incroyables pour faire la course entière en tête.

Et remplir encore un peu l’armoire à trophée. Deux médailles d’or aux JO, un titre de champion du monde, cinq globes de cristal, vingt manches de Coupe du monde. « BAM », comme dirait Vaultier. « Ça y est, c’est une légende de son sport », valide Strucl. Car les légendes, c’est connu, se construisent dans la douleur. La chute, ce jeudi. Et avant : les fractures dans le dos, le péroné, la cheville et la rupture des croisés, entre 2008 et 2013.

Stop ou encore ?

Un peu cabossée par les années, épuisée par le marathon médiatique post-médaille, la légende s’interroge, à voix haute. Continuer le snowboard ou se consacrer à sa famille ?

Sa femme et ses deux jeunes enfants sont restés à Serre-Chevalier. Mais entre interviews, podium et contrôle antidopage, Pierre Vaultier n’a pas encore eu le temps de leur passer un coup de téléphone. C’était pourtant sa priorité du soir. Pas celle de nos trois jeunes gaillards qui s’éloignent de la piste. Sans médaille, mais avec la banane : « Allez, apéro ! »