ASSE-OL: «Frères ennemis», le film qui rapproche (presque) supporters stéphanois et lyonnais

FOOTBALL Sorti juste avant le derby de ce dimanche (21 heures), le documentaire d’Alexis Magand et Grégory Gomez met en avant une douzaine de supporters des deux camps…

Jérémy Laugier

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Un supporter stéphanois, ici avant un derby dans le Chaudron.
Un supporter stéphanois, ici avant un derby dans le Chaudron. — BISCUIT PRODUCTION
  • Le derby enflamme chaque saison Lyon et Saint-Etienne, deux villes si proches géographiquement mais que tout semble opposer.
  • En réalisant « Frères ennemis », Alexis Magand et Grégory Gomez ont tenu à démontrer que les supporters des deux camps n’étaient finalement pas si éloignés.
  • Sorti juste avant le derby de ce dimanche (21 heures), le film fait intervenir une douzaine de personnages passionnés.

Ultras lyonnais et stéphanois se détestent depuis la nuit des temps, c’est un fait. Mais avec leur film Frères ennemis, présenté depuis dix jours dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, Alexis Magand et Grégory Gomez ont fait le choix de s’intéresser à d’autres aspects du derby. « Les ultras représentent chaque année la partie la plus visible, estime Alexis Magand. Mais à 98 %, la rivalité entre l’OL et l’ASSE se passe bien. Dans une approche sociale et humaine, nous avons donc tenu à mettre en avant tous ces inconnus qui maintiennent la flamme du derby. »

Une douzaine de personnages, évidemment dans les deux camps, interviennent dans ce documentaire de 52 minutes, dont le titre suscite à lui seul le débat. « Tout le monde semble d’accord sur la notion d’ennemis, sourit Alexis Magand. Mais on a vraiment rencontré des familles dans lesquelles le père est pour l’ASSE et le fils pour l’OL en raison de l’hégémonie lyonnaise dans les années 2000. La ligne de chemin de fer et l’autoroute sont très utilisées chaque jour entre Lyon et Saint-Etienne, ce qui prouve le brassage et la fraternité entre les deux camps. »

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« Je veille à ce qu’il n’y ait rien de vert chez moi »

John le fan des Verts et Olivia la Lyonnaise forment à ce propos l’amusant couple fil rouge de Frères ennemis. « Cette rivalité pimente un peu notre vie, surtout une semaine de derby durant laquelle on se chamaille pas mal », s’amuse John (36 ans). « On n’est pas frères, peut-être plus des cousins, confie Cyril, abonné au virage nord lyonnais et lui aussi présent dans le film. Le terme d’ennemis se justifie pour les deux derbys de la saison. Mais le reste de l’année, on se côtoie au taf ou sur les bancs de la fac pour certains. C’est donc avant tout du folklore et chacun s’empresse de jouer avec dès qu’on sent le derby arriver. »

Que peut exactement impliquer cette notion de folklore ? « Je ne vais jamais à Sainté, je ne porte jamais de vert et je veille à ce qu’il n’y ait rien de vert chez moi, pas même une plante, assure Cyril (43 ans). J’ai toujours prétexté un truc pour ne pas acheter de fringues vertes à mes gosses. Un ami a même appris à son gone quand il était plus petit que 6x7 = 69. Tout ceci n’est qu’un jeu. »

« Le football fait partie intégrante de leur vie »

Un jeu qui pourrait dans le fond rapprocher les deux camps. « Depuis la sortie du film, des spectateurs nous avouent se retrouver dans l’avis de personnages pourtant supporters du club rival, raconte Alexis Magand. En fait, les Stéphanois et les Lyonnais ont la même manière de défendre leur passion. Le football fait partie intégrante de leur vie. » Un parti pris rassembleur qu’ont rapidement perçu les supporters interviewés.

« J’avoue que pour le tournage, j’étais arrivé au rendez-vous remonté comme une pendule, déterminé à faire de ''l’anti-stéph'', confie Cyril. Mais j’ai vite compris que les réalisateurs attendaient autre chose donc j’ai revu ma copie. Je peux aussi discuter calmement du derby, en mode chambrage. »

« Le derby ne peut pas devenir aseptisé »

Frères ennemis tombe dans un contexte particulier dans l’histoire du derby puisque les Lyonnais, limités à 850 ce dimanche, ont été interdits de Chaudron en 2013 et 2016, tandis que les supporters des Verts ne se sont plus rendus à Lyon depuis avril 2013, refusant les quotas limités de places. « Le derby devient un peu tristounet s’il ne peut pas être vécu ensemble, analyse Alexis Magand. D’ailleurs, on ressent vraiment le derby quand on se met en danger en se rendant chez l’autre. »

« Le derby doit rester une fête et ne peut pas devenir aseptisé, confirme John. La rivalité nourrit les deux camps et une victoire sans supporters adverses dans le stade n’a pas la même saveur. » Les conditions sont donc réunies pour un grand derby ce dimanche.

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« Frères ennemis » sera notamment à l’affiche le 15 novembre au Toboggan (Décines), le 16 novembre à Chazelles-sur-Lyon (Loire) et le 17 novembre à La Fourmi (Lyon). Toutes les autres projections sont à retrouver ici.