US Open: Poignets de verre, grinta et simplicité, Del Potro l'homme qu'il est interdit de ne pas aimer

TENNIS Partout où il passe, l'Argentin se met toujours le public dans la poche...

Aymeric Le Gall
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Jean-Martin Du Poulain, les bras au ciel après avoir dompté Federer en quart de finale de l'US Open.
Jean-Martin Du Poulain, les bras au ciel après avoir dompté Federer en quart de finale de l'US Open. — Buckl/SilverHub/Shutter/SIPA

Inoubliable. C’est par ce simple mot que Juan-Martin Del Potro a qualifié sa victoire en quatre sets (7-5, 3-6, 7-6, 6-4) contre Roger Federer, mercredi à l’US Open. Et si le public a eu un gros pincement au cœur en voyant le grand Federer chuter aux portes d’une demi-finale contre Nadal que beaucoup espéraient, la douleur fut atténuée par le simple fait qu’en face il y avait un autre monument du tennis. Un monument du genre qu’il est impossible de ne pas aimer.


Et si vous trouvez le terme « monument » un peu exagéré, sachez que pour nous il n’en est rien. Car Juan-Martin Del Potro est un mec en or qui mérite de connaître, à 28 ans, une deuxième partie de carrière à la hauteur du talent, hors norme, qui est le sien. Surtout que ce géant revient de loin.


L’homme aux poignets de verre

On ne va pas ici vous bassiner en retraçant ligne par ligne la carrière du tennisman argentin, pour ça il y a Wikipedia, mais il faut quand même se souvenir d’où revient Juan-Martin Del Potro. Immense espoir du tennis argentin, le joueur remporte son premier US Open à l’âge de 20 ans. Balèze. Malheureusement, derrière, à cause de deux poignets trop fragiles, d’abord le droit, ensuite le gauche, le joueur a connu une carrière en dents de scie.

Quatrième joueur mondial à l’ATP en 2010, son poignet droit le pousse à prendre du recul et le fait chuter dans les bas-fonds du classement. Après un retour dans le top 10 en 2012, Del Potro retrouve un niveau de dingo mais la rechute le guette et, en 2014, c’est le poignet gauche qui lui dit « merde ». S’ensuivent deux années de galères et trois opérations, suffisant pour se dire que trop c’est trop.

Pourtant, alors qu’il broie du noir et s’interroge sur sa capacité à revenir à nouveau au top de sa forme, le joueur refuse de lâcher prise. « Je ne veux pas me battre contre le tennis, je ne veux pas détester ce sport », disait-il alors. Il a eu raison car, encore une fois, l’Argentin va trouver la force de sortir la tête du seau. Pointant à la 1042e position à l’ATP en début 2016, Del Potro réalise un come-back de malade qui le conduit aujourd’hui à disputer une demi-finale d’US Open et à se hisser à la 28e place. Solide.


La fin des galères ?

Marcelo Gomez, son entraîneur quand il n’était encore qu’un gamin qui envoyait parpaing sur parpaing sur les courts en Argentine, veut croire que les ennuis sont définitivement derrière lui.

« Jours après jour, semaines après semaines, mois après mois, il montre qu’il se sent vraiment mieux physiquement et que ses problèmes ont disparu. Ses poignets l’embêtent moins que par le passé. Maintenant on espère qu’il ne connaîtra pas de nouveaux pépins. On n’est jamais à l’abri de voir les douleurs aux poignets réapparaître mais de ce que j’ai vu récemment dans sa manière de jouer, de frapper, ça m’a beaucoup rassuré. »

Pour être sûr de ne pas replonger à nouveau, Del Potro a trouvé la parade : l’économie. « Pour Del Potro, l’idée c’est de jouer peu mais de jouer bien, précise Gomez. Son but c’est de ne pas avoir une saison surchargée afin de pouvoir bien se reposer, de s’économiser parce que la saison de tennis est incroyablement longue et le rythme est très élevée. »

La grinta comme moteur

Si beaucoup ont pu douter d’un retour du joueur au top niveau, ce n’est pas le cas de Gomez : « Je ne suis pas surpris de le voir à ce niveau. Je savais que si son poignet le laissait tranquille, si les problèmes physiques disparaissaient, il allait revenir à un niveau qu’il n’aurait jamais dû quitter, c’est-à-dire dans les 6-7 meilleurs joueurs du monde. »

Pour y parvenir, la « Tour de Tandil » s’est accrochée, il a serré les dents et n’a jamais rien lâché. « Petit déjà, il avait un mental incroyable, explique Marcelo Gomez. Avec son papa, on avait décidé de le faire jouer contre des jeunes de catégories supérieures pour qu’il s’endurcisse, qu’il apprenne à ne jamais s’avouer vaincu. Et aujourd’hui on voit que ça paye. Quand il est face à des situations compliquées, qu’il a tous les éléments contre lui, il ne baisse jamais les bras. Il a un mental d’acier. » En Argentine, on appelle ça la grinta.


Son retour au premier plan fait plaisir à tous les fans de tennis. Il n’y a qu’à voir l’ovation qu’il a reçue sur le court de Flushing-Meadows pour comprendre à quel point Jean-Martin du Poulain (car non, une bonne fois pour toutes, Juan-Martin Del Potro ne se traduit pas en Français par Jean-Martin De La Poutre) est un tennisman apprécié de tous. « Contre Federer, qui est un Dieu partout où il passe, nous dit son ancien coach, on a bien vu que le public soutenait autant l’un que l’autre. C’était vraiment émouvant. »


Del Potro inspire le respect et force à l’amour. Et ça ne date pas d’hier. Marcelo Gomez se souvient : « Il fallait le voir quand on allait jouer au Brésil, une terre historiquement hostile aux Argentins du fait de la rivalité, principalement footballistique, entre nos deux pays. Quand il affrontait un Brésilien, avant le match le public le sifflait ou lui criait des choses pas très jolies, et finalement, au fur et à mesure que le match avançait et que le public le voyait sur le court, son jeu, ses réactions, il se passait toujours la même chose. Les gens le respectaient, l’applaudissaient, lui montraient beaucoup d’amour. Sur le court, c’est un joueur qui n’en fait pas des caisses, il fait profil bas, les gens sentent que, d’une certaine manière, il est semblable à eux. C’est quelque chose qui m’a profondément marqué, il a toujours fait cet effet-là au public. Et aujourd’hui, il continue d’inspirer cela partout où il passe. » Contre Nadal, en demie, le public américain aura encore une fois l’occasion de nous le prouver.