Mondiaux de Budapest: «Cette équipe de France a besoin de rêver», Frédérick Bousquet veut croire en l'avenir de la natation française

NATATION Frédérick Bousquet nous dresse un état des lieux de la natation française...

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Frédérick Bousquet est médaillé d'argent aux JO de Pékin.
Frédérick Bousquet est médaillé d'argent aux JO de Pékin. — P.Magnien / 20 Minutes

Tout jeune retraité des bassins, Frédérick Bousquet n’en est pas moins proche pour autant. Après une première expérience de consultant pour France Télévision en 2014, alors même qu’il n’avait pas encore raccroché le slip de bain, le nageur français réitère l’expérience en 2015, cette fois-ci sur Canal +. Cette année, rebelote avec la chaîne cryptée lors des Mondiaux de natation 2017 à Budapest.

Après avoir connu des heures de gloire pendant de longues années, la natation française doit se reconstruire après des Jeux de Rio plutôt moyens en termes de résultats et une ambiance délétère qui a conduit à quelques règlements de comptes assez chauds. Pour nous aider à y voir plus clair, Frédérick Bousquet a accepté de nous faire un petit état des lieux de la natation française nouvelle génération.

Un an après les difficultés connues à Rio, où en est la natation française ?

Elle est dans une phase de reconstruction. Il faut recréer une équipe de France puisque, à la louche, il y a à peu près la moitié des nageurs qui a arrêté depuis Rio. Il y a un réajustement des rôles de chacun au sein de l’équipe à effectuer parce que ceux qui, avant, étaient les petits jeunes, doivent aujourd’hui prendre le rôle d’ancien entre guillemets. A eux maintenant de mener l’équipe de France et de guider les nouveaux arrivants.

Et puis derrière il y a aussi toute une nouvelle organisation au niveau de la Fédération française. On a, encore une fois, et j’insiste sur le « encore une fois » parce que c’est quand même arrivé un sacré paquet de fois ces dernières années, changé de DTN. Et puis on a aussi changé de président.

L’ancien président était en place depuis plus de 25 ans donc forcément, quand un nouveau arrive après autant d’années, il y a forcément des réajustements à faire. Il va arriver avec une nouvelle équipe, il va placer des gens en qui il a confiance, en qui il croit. Donc voilà, en fait ça se reconstruit dans tous les sens.

C’est un sacré chantier qui s’annonce…

Je pense qu’il va falloir laisser un petit peu de temps à la Fédération, aux athlètes, avant de leur jeter la pierre et de leur dire qu’ils ne font pas un bon travail, que la natation française est finie. Pour moi elle n’est pas finie du tout, on n’est pas non plus face à des athlètes qui ne savent pas nager. Ils iront à Budapest avec de réelles ambitions de finales et de podium mais avant d’avoir des résultats équivalents à ce qu’on a connu avec la grande équipe entre 2010 et 2012 il faudra probablement un peu de temps.

Est-ce que ces nombreux changements à la tête de la Fédé, c’était quelque chose de nécessaire pour repartir sur des bases saines et solides ?

Je pense en tout cas qu’il faut toujours essayer de positiver. Oui, ça peut faire du bien, ça fait office de petit nettoyage, de petit décrassage au niveau de la fédé. J’espère que le nouveau président arrivera avec de nouvelles idées, de nouvelles ambitions. Et quand je parle d’ambitions, je parle d’ambitions sportives et non, je l’espère, personnelles. Mais je pense que ça ne sera pas le cas avec Gilles Sezionale, même si je ne connais pas trop la personne.

Je pense sincèrement qu’il ne s’est pas hissé à la tête de la fédé pour se mettre en avant, qu’il est là pour faire bouger les choses et faire avancer la natation française et non pour se faire avancer lui-même. Et ça, ça peut être bien. Ce que j’espère juste, c’est qu’on trouve une certaine stabilité au sein de la DTN, parce que je pense que les résultats de Rio sont en partie une résultante de l’instabilité qui y régnait depuis Pékin.

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On va en revenir aux nageurs. Est-ce que les fameux petits jeunes dont vous parliez ont les épaules pour prendre la relève ?

On a quelques individualités qui ont évidemment les épaules et qui vont encore plus s’épanouir et s’imposer avec ce nouveau rôle qui va être le leur en équipe de France grâce à la retraite des uns et des autres. Ce n’est pas qu’on les bridait, mais bon, disons que chacun avait un rôle parfaitement défini et on positionnait tout le temps les mêmes en tant que leaders, en tant que piliers, et seulement après il y avait les petits nouveaux. Maintenant c’est à eux de prendre les clés du camion.

Voilà, je pense qu’il y a de la relève et il y a de quoi être assez confiant. Ça ne fait pas si longtemps que j’ai arrêté, et j’essaye d’avoir le discours le plus juste possible, le plus en phase avec la réalité, mais j’aime aussi rêver. C’est aussi un peu comme ça que j’ai mené ma carrière. Durant ma carrière, mes objectifs, avant qu’ils n’en soient, c’étaient des rêves. Je pense que sans rêve, on n’ira pas très loin. Cette équipe de France a besoin de rêver pour ensuite parvenir à grandir.

Vu le glorieux passé de l’équipe de France, l’héritage ne risque-t-il pas d’être lourd à porter ?

Tout dépend de comment on aborde la chose, c’est une question de perceptions. C’est vrai que ça peut être un héritage très lourd à porter. Parce qu’il y a des attentes, parce qu’il y a la peur de ne pas être à la hauteur, parce qu’on se montre impatient à avoir des résultats.

Mais ça peut aussi être quelque chose de très positif dans le sens où l’équipe de France qui a brillé ces dernières années a montré aux plus jeunes que ce n’était pas impossible d’être performants, que ce n’était pas impossible d’être les meilleurs, que ce n’était pas impossible d’exploser au plus haut niveau. Je pense que ça, ça peut aider à faire sauter les barrières mentales, à repousser les propres limites que l’on se fixe parfois.

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A Budapest, l’équipe de France va partir avec seulement 9 nageurs, ce qui n’était pas arrivé depuis 2001. Qu’est-ce que ça traduit de l’état de la natation française ?

C’est vrai que c’est remarquable mais ce sont aussi des choses qui arrivent. Ces dernières années on s’était habitué à avoir une vingtaine d’athlètes c’est vrai, et là on passe à neuf, euh… (il réfléchit) Mais ce n’est pas inquiétant pour autant. Ça s’explique, on en a parlé tout à l’heure, des retraites, le fait que ce soit une année post-olympique. Souvent, les nageurs, en année olympique, mettent tout le reste (études, formation, etc) de côté, et reprennent tout ça sérieusement dès que les Jeux sont finis afin de se construire un futur.

Parce qu’on sait très bien qu’une carrière de nageur ça ne dure pas 100 ans et ils ont besoin de s’émanciper à côté de ça. Donc voilà, souvent, en année post-olympique, les nageurs et les nageuses se focalisent plus sur leurs études que leurs entraînements et donc forcément les résultats s’en ressentent.

Qu’est-ce que vous attendez concrètement de ces Mondiaux ?

Les résultats c’est ce qu’il y a de plus concret donc c’est forcément ce qu’on va regarder en premier. Après on va observer les comportements, voir comment ils réagissent au bord du bassin afin d’appréhender et d’imaginer l’avenir. On va pouvoir voir si ce sont des battants, s’ils ont vraiment envie d’y aller ou bien s’ils sont là juste pour vivre le moment.