JO 2016: «On est dans l’amateurisme le plus complet», Alain Bernard détruit la Fédé française de natation

INTERVIEW L’ancien champion olympique réclame du changement à la tête de la Fédération…

B.V.

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Le champion olympique de natation Alain Bernard, lors d'une conférence de presse à Shanghai, le 22 juillet 2011
Le champion olympique de natation Alain Bernard, lors d'une conférence de presse à Shanghai, le 22 juillet 2011 — Mark Ralston AFP

De notre envoyé spécial à Rio,

Il les a particulièrement larges, certes, mais il y a quand même beaucoup de poids sur les épaules de Florent Manaudou. Si le sprinteur n’arrache pas l’or vendredi sur la finale du 50 mètres, les JO de la natation française se résumeront à un vaste échec sportif et surtout médiatique après l’affaire Agnel. Effaré par la situation, le champion olympique 2008 Alain Bernard, présent à Rio en tant que consultant pour Canal +, demande du changement à la tête de la Fédération. Interview in extenso.

Vous êtes venu hier soir poser des questions à Yannick Agnel lors de sa conférence de presse. Vous en avez pensé quoi de tout ça ?

Ce qui me fait mal au cœur c’est que ça part complètement en live et qu’on le sent venir depuis longtemps. C’est même pas la conf’de Yannick… En gros, on dirait que personne n’est responsable de quoi que ce soit alors que les principaux responsables, ceux qui sont censés être là pour protéger les nageurs, on ne les a pas vus… On a eu un communiqué de presse à l’arrache. En termes de chef, on a connu mieux. Un chef c’est quelqu’un qui assume ses choix. On a eu des choix de faits sur les critères de qualification disant : « on prend les six premiers mondiaux comme ça, ça va être très dur ». Là, on arrive aux championnats de France et on change de critères, on passe à un pourcentage. Mais c’était déjà flou : on savait que ça allait être le bordel avant les championnats de France.

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C’est-à-dire ?

La cohérence des critères de sélection n’est pas la même qu’il y a quinze ans. On a changé trois fois de DTN en quatre ans, il n’y a pas eu de vraie continuité. Franchement, certains choix ne sont pas forcément compréhensibles. C’est pas l’histoire de faire un choix, c’est la façon de le défendre.

Vous vous êtes étonné qu’il n’y ait personne aux côtés de Yannick Agnel pendant sa conférence de presse…

Mais comment c’est possible ? Pendant 30 minutes, tu laisses Yannick tout seul face à 30 journalistes. Tu le laisses finir sa carrière comme ça ? Avec tout ce qu’on lui doit ?

Surtout qu’au final, on ne comprend toujours rien à cette histoire de relais…

On pensait que c’était une décision de Yannick de les « abandonner », comme l’a dit Jordan à la sortie de la course. Et puis Yannick nous dit que ce n’est pas lui…

Vous le croyez ? Il y a deux versions bien opposées…

On a deux histoires mais on n’a pas la troisième.

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Celle de la fédération…

Voilà. Ce qui est irrespectueux c’est vis-à-vis des nageurs qui s’impliquent tous les jours et qui jouent leur vie ici. Ce sont des souvenirs qu’ils garderont toute leur vie, il ne faut pas gâcher ces moments-là. Et ça me désole un peu : je suis sûr que la performance de Jérémy (Stravius, éliminé en séries du 100 mètres nage libre) a été affectée par rapport à ça. Ca macère dans le relais et ça se propage comme la gangrène. C’est inacceptable et c’est presque un petit peu honteux. Quand tu vois qu'ils ont envoyé un texto à 1h du matin à Damien Joly pour lui dire qu'il courrait le lendemain matin... On est dans l’amateurisme complet, et c’est ça qu’il faut dénoncer. Quand t’as pas de capitaine, ton bateau part à la dérive et ça fait depuis je ne sais pas combien de temps. Et je ne suis pas le seul à le penser.

Sur cette affaire vous auriez aimé entendre le président de la Fédération, Francis Luyce ?

On ne l’entend jamais. Et c’est vrai qu’on aurait bien aimé l’entendre là-dessus, ça, c’est clair. Les vrais chefs assument et protègent. Là, il n’y a pas de vrais chefs j’ai l’impression. C’est géré d’une façon calamiteuse. J’espère que ça va permettre de faire bouger les choses. Mais c’est toujours les mieux placés qui seront toujours là.

Le président de la fédération française de natation, Francis Luyce, en juillet 2012, à Dunkerque.
Le président de la fédération française de natation, Francis Luyce, en juillet 2012, à Dunkerque. - B.Chibane / SIPA

Vous souhaitez du changement à la tête de la Fédé ?

Ce serait bon qu’il y ait du changement non ?

Vous êtes mieux placés que moi pour le dire…

Si tout le monde le souhaite, pourquoi ça n’arrive pas ?

Ça vous tenterait d’être plus impliqué, vous ?

Bien sûr. Mais la façon dont on m’a demandé de m’impliquer c’était pour soutenir une élection à la tête de la fédé. Ça ne m’intéresse pas.

La nage française va-t-elle droit dans le mur ?

Je ne sais pas si on va droit dans le mur. Ça fait mal au cœur de dire ça car il y a des jeunes qui travaillent dur et qui sont compétents et passionnés. Y a plein de choses incohérentes et qui nous font croire depuis longtemps qu’un jour ça allait exploser. Et c’était hier. Est-ce que c’est la crise ? On ne dirait pas pour certains, en tout cas ils ne gèrent pas ça comme une crise.

Il n’y a qu’une médaille d’or de Florent Manaudou pour éviter la catastrophe industrielle ?

Même s’il fait l’or, c’est pas quand même la cata ?