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Mais bon sang, mais à quoi joue Deschamps avec Benzema ?

Equipe de France: Mais bon sang, mais à quoi joue Deschamps avec Benzema ?

FOOTBALLLes Français veulent savoir...
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Didier Deschamps va annoncer jeudi sa liste des 23 bleus qui disputeront les trois matchs de l'équipe de France en juin
  • Sauf hyper-mega-gigantesque surprise, Karim Benzema ne devrait pas faire son retour dans le groupe France
  • Pour forcer Deschamps à prendre position, Benzema a étalé son malaise dans les colonnes de L'Equipe

Alors que Didier Deschamps s’apprête à dévoiler jeudi la liste des joueurs retenus pour les trois matchs de l’équipe de France au mois de juin (Paraguay, Suède et Angleterre), la question de savoir si Benzema allait enfin faire son grand retour en Bleu était sur toutes les lèves. « Etait », car entre-temps le Madrilène a surpris tout le monde en accordant une interview fleuve à L’Equipe, dans laquelle il n’est pas tendre avec le sélectionneur.

On peut penser que cette sortie médiatique est une erreur de la part du joueur. Mais on peut aussi se dire qu’en s’exprimant ainsi, Karim Benzema a habillement pointé du doigt les incohérences de Didier Deschamps et de son staff dans leur manière de communiquer par rapport à toute cette histoire.

« « Si le sélectionneur me dit droit dans les yeux que ce n’est qu’à cause du foot, he bien je continuerais à travailler… Si c’est pour autre chose, qu’il me le dise en face et c’est fini avec lui. » »

Une communication hasardeuse

Depuis que Noël Le Graët a officiellement annoncé que Benzema était à nouveau sélectionnable, l'ancien entraîneur de l'OM n’a cessé de marcher sur des œufs, esquivant toutes questions sur le sujet. Un grand sourire faussement détendu, une petite vanne pour dire au journaliste « bon là tu m’emmerdes », une bonne grosse pirouette et le tour est joué ! Sauf que non, en fait.

Le 1er mars dernier, en conférence de presse lors d’un rassemblement des Bleus, le sélectionneur entame donc sa danse de l’esquive : « Rien n’est impossible. Lassana Diarra est bien resté cinq ans éloignés des Bleus et puis il est revenu. Nul ne sait de quoi demain sera fait. Il n’y a pas de date limite. » Circulez, il n’y a rien à voir (pour le moment), en gros.

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Plus loin, après avoir été de nouveau relancé par un journaliste insistant, Deschamps tente une autre pirouette, avec le risque d’en dire trop ou de dire mal. « Si j’estime que c’est bien pour la sélection de rappeler Karim, je le ferai. Je fais seulement des choix sportifs en me demandant s’ils vont dans l’intérêt de l’équipe de France. » « Choix sportifs », l’expression est lâchée.

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S’il y a bien un point sur lequel tout le monde est d’accord, c’est justement le niveau monstrueux des performances de KB9 avec le Real Madrid. Et vu ce que le joueur a encore montré ces dernières semaines (coucou la défense de l’Atlético !), difficile de dire que le mec n’est pas au niveau. « Sportivement, je suis quasiment au maximum », avouait lui-même Benzema dans L’Equipe. Si Deschamps choisit donc de ne pas l’appeler, c’est bien qu’il ne fait pas son choix en fonction de ce seul critère. Mais alors, pourquoi ne pas le dire ? C’est ce que demande le buteur madrilène depuis plusieurs mois.

« Ne fais pas ça maintenant… »

Chacun se fera son opinion sur le bien-fondé d’une telle intervention médiatique, surtout à la veille de l’annonce d'une liste. Pour sa part, Luis Fernandez se montre très circonspect : « Cette sortie médiatique traduit de la frustration, de la déception de la part de Karim, et c’est tout à fait compréhensible. Mais je trouve ça dommage de passer par voie de presse pour exprimer cela. Pour moi, ce n’est pas la meilleure manière pour essayer de régulariser une situation conflictuelle. »

Pour le champion d’Europe 1984, c’est aussi le timing de l’interview, à plus d’un an du Mondial en Russie, qui ne colle pas : « J’ai envie de lui dire "Ne fais pas ça maintenant, fais-le dans un an si vraiment tu vois que c’est bouché, mais pas là… Ne te condamne pas tout seul…" La Coupe du monde elle n’est pas dans deux mois, elle est dans un an. Donc cette sortie ne va pas l’aider… »

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On peut aussi voir la chose sous un angle un peu différent. En remettant une couche après son interview de mars dernier sur RMC, Karim Benzema a peut-être voulu mettre le sélectionneur devant ses responsabilités, et ainsi, en pointant du doigt les incohérences de sa communication à son égard, le forcer à faire ce qu’il avait refusé après sa première sortie dans la « Team Duga » : expliquer une bonne fois pour toutes les critères sur lesquels il se base réellement au moment de faire sa sélection.

D, la réponse D

Car si le critère n’est pas sportif, qu’il se situe plutôt au niveau de la vie de groupe, de l’ambiance, de l’homogénéité entre les uns et les autres, alors effectivement Deschamps est le seul juge, comme Jacquet l’avait été au moment de ne pas emmener Cantona ou Ginola à l’Euro 96 puis au Mondial 98.

Enfin, si ce n’est ni l’un ni l’autre, ça veut dire que la réflexion se fait avant tout sur des critères extra-sportifs, critères liés à l’affaire de la sextape qui oppose Benzema à Valbuena. Et dans ce cas-là, facile, le sélectionneur n’aura qu’à suivre les conseils de Benzema himself : « Si c’est pour autre chose, qu’il me le dise et c’est fini avec lui. »

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Le seul bémol dans cette stratégie, et non des moindres quand on s’adresse à un entraîneur du caractère et de la trempe de Didier Deschamps, c’est de l’agacer encore un peu plus. Déjà que les propos de Benzema dans Marca, juste avant l’Euro 2016, quand il expliquait que sa non-sélection en Bleu était due au fait que Deschamps avait « cédé sous la pression d’une partie raciste de la France », ont dû laisser des traces.

« Si tu es sélectionneur et que tu lis ça [l’interview de mercredi dans L’Equipe], tu prends ça comme une sorte de pression, de chantage. Et connaissant le bonhomme et ses valeurs, ce n’est pas bon… », conclut Luis Fernandez. A bon entendeur.