Bon, du coup, que faut-il retenir de la bombe médiatique lâchée par Benzema?

FOOTBALL La sortie médiatique de Benzema va faire du bruit et aura des conséquences en équipe de France...

Aymeric Le Gall

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Karim Benzema et Didier Deschamps, en 2013 au Brésil.
Karim Benzema et Didier Deschamps, en 2013 au Brésil. — FRANCK FIFE / AFP
  • Benzema a devancé l’annonce de la liste de Didier Deschamps en s’exprimant très longuement dans «L’Equipe»
  • Cette sortie médiatique sonne probablement le glas de Benzema en Bleu sous l’ère Deschamps
  • La concurrence en attaque sait désormais à quoi s’attendre

L’interview fera date. En accordant un énorme entretien à L’Equipe (1h12 de discussion, 4 pages dans les colonnes du journal et la une du quotidien), Karim Benzema savait que ça risquait de déménager méchamment dans les chaumières. A priori, il a visé juste car cette sortie médiatique ne risque pas d’être oubliée de sitôt.

A chaud, cet entretien, qui tombe pile la veille de l’annonce de la nouvelle liste de Didier Deschamps pour les trois prochains matchs de l’équipe de France (Paraguay, Suède et Angleterre), nous inspire trois réflexions. Les voici.

1. Un timing pas anodin pour un sou

Soyons honnête, on était un certain nombre à penser que le moment du grand retour de Benzema en équipe de France était venu. Parce que tout semblait concorder. Parce que de l’eau avait coulé sous les ponts depuis sa mise à l’écart fin 2015, parce que Benzema n’est toujours coupable de rien aux yeux de la justice dans l’affaire de la sextape (une mise en examen ne veut en aucun cas dire culpabilité avérée), parce qu’il est officiellement sélectionnable et, surtout, parce qu’il marche sur l’eau avec le Real Madrid cette saison.

Dès lors, en choisissant de balancer une telle bombe médiatique à 24 heures de l’annonce de la nouvelle liste de Didier Deschamps, Karim Benzema devait forcément se douter que son nom n’y figurerait toujours pas. Ainsi, en demandant au sélectionneur (et devant des millions de témoins, s’il vous plaît !) de lui fournir des explications quant à sa non-convocation récurrente dans le groupe France, le buteur madrilène a décidé de prendre DD et son staff de vitesse.

Cette stratégie de com' très offensive laisse penser que Benzema, même s’il prétend le contraire dans l’interview, n’a que très peu d’espoir de revêtir le maillot bleu tant que Deschamps sera aux manettes. Si l’on devait résumer ça grossièrement, ça donnerait un truc du genre : « foutu pour foutu, autant que je vide mon sac. »

2. Ce coup-ci, ça sent vraiment le moisi

Après une telle sortie médiatique, on voit mal comment Benzema pourrait un jour revenir en équipe de France, du moins tant que Didier Deschamps en sera le patron. En effet, si sa précédente interview, accordée à RMC dans l’émission « Team Duga », avait laissé croire qu’une réconciliation était possible, celle-ci vient tout foutre par terre. Juste avant l’Euro, déjà, le numéro 9 du Real Madrid avait envoyé du lourd en prétendant que sa non-sélection provenait en partie du fait que Deschamps avait « cédé sous la pression d’une partie raciste de la France ». En termes d’allumage dans les règles, difficile de faire mieux.

Autant vous dire que cette nouvelle saignée ne risque pas de jouer en la faveur de l’ancien Lyonnais. D’autant que KB9 n’a pas non plus épargné certains membres du groupe France, même s’il a pris soin de ne pas les nommer.

« Je sais que certains sont pour mon retour. Je ne veux pas parler des autres. Je sais ce que certaines personnes pensent. »

En gros, la Benz’sait que son cas ne fait pas l’unanimité au sein même du vestiaire tricolore et, encore une fois, cette dernière sortie n’est pas faite pour calmer le jeu.

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Enfin, à seulement un an du Mondial en Russie, on se disait que s’il y avait un moment pour réintégrer Benzema, c’était bien celui-là. Didier Deschamps n’a qu’une chose en tête : définir le plus vite possible les contours d’un groupe qui l’accompagnera à la coupe du Monde et créer un esprit de corps qui permette de renverser des montagnes. Or, après ces trois matchs de l’équipe de France au mois de juin, le prochain rendez-vous international n’aura lieu qu’en septembre… A ce moment-là, on a tendance à penser qu’il sera déjà trop tard.

3. Un boulevard pour la concurrence

Si l’on part du principe que Benzema ne risque pas de remettre les pieds à Clairefontaine d’ici un bon moment (peut-être même ad vitam aeternam), cela veut dire aussi qu’on est parti pour revoir des têtes bien connues de Didier Deschamps pour un long moment encore. On pense à Olivier Giroud, que l’on cite souvent quand il s’agit de faire des comparaisons avec le goleador du Real Madrid, et qui vient probablement de signer malgré lui un nouveau CDI avec Deschamps.

On pense aussi à Kévin Gameiro qui, bien que moins en jambes avec l’Atlético ces derniers temps, devrait lui aussi avoir une carte à jouer pour un petit bout de temps encore. Une situation qui peut éventuellement s’étendre à Alexandre Lacazette, dont L’Equipe sous-entend qu’il « a de bonnes chances de signer son retour à Clairefontaine en juin. » Et pour ce qui est d’Antoine Griezmann, ben cette affaire signifie juste que la star des Bleus en attaque, c’est lui et personne d’autre.

Pour le reste, ça semble être une évidence que la jeunesse offensive française va avoir un boulevard devant elle pour s’imposer en Bleu assez vite (Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé en tête, Moussa Dembélé peut-être par la suite). Bref, un seul être vous manque et… rien n’est dépeuplé. Il n’en reste pas moins que c’est tout de même dommage d’avoir dans son pays l’un des meilleurs attaquants au monde et de devoir lui dire de rester à la maison… Il faut croire que les voies de la sélection française sont impénétrables.