«T’imagines si on va au Parc, putain ça serait génial!», Garry Bocaly se souvient du match des minots en 2006

FOOTBALL Onze ans avant les jeunes Monégasques, Garry Bocali a lui aussi fait ses débuts en pro au Parc avec une équipe de minots...

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Garry Bocaly à la lutte avec Cristian Rodriguez, lors du match des minots au Parc des Princes en 2006.
Garry Bocaly à la lutte avec Cristian Rodriguez, lors du match des minots au Parc des Princes en 2006. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • L'AS Monaco va venir au Parc avec une équipe très, très peu expérimentée
  • En 2006, l'OM avait connu à peu près le même cas de figure
  • On est allé chercher Garry Bocaly, l'un des minots marseillais de l'époque

Comme un air de déjà-vu. Alors que de jeunes monégasques de l’équipe réserve s’apprêtent, pour certains, à jouer leur premier match pro de leur vie, face au PSG, au Parc des Princes, en demi-finale de Coupe de France, l’occasion était trop belle pour ne pas évoquer le fameux match PSG-OM de 2006. A cette époque-là en effet, à cause d’une bisbille entre dirigeants parisiens et marseillais à propos du quota de places allouées aux supporters olympiens, le président de l’OM, Pape Diouf, avait décidé d’envoyer l’équipe réserve pour affronter les pros du PSG.

Une première en pro mémorable

Au terme d’un match de costaud, les minots sortaient du terrain avec le point du nul en poche et le souvenir d’avoir vécu un truc de dingue. Garry Bocaly faisait partie de ceux-là. Pour 20 Minutes, le néo-retraité a accepté de décrocher son téléphone pour nous raconter ce moment unique, et glisser au passage quelques petits conseils bien sentis aux jeunes asémistes.

Je ne sais pas si vous avez vu, mais Jardim va emmener au Parc un groupe avec pas mal de jeunes de la réserve…

Oui j’ai vu. C’est vrai que pour le coup ça ressemble carrément au match des minots en 2006.

Quels souvenirs gardez-vous de ce fameux match ?

Un très bon souvenir puisqu’à la fin tout s’est bien terminé pour nous, on a accroché un bon match nul (0-0). En plus de ça, ce n’était pas non plus une petite équipe de Paris qu’on rencontrait. T’avais des Pauleta, des Rothen, c’est pas mal, quoi. Pour un premier match pro, ouais, c’est sûr que j’en garde un super souvenir.

Comment aviez-vous appris la nouvelle ?

On a appris ça deux jours avant le match, le vendredi, mais les rumeurs avaient déjà commencé à tourner. On était avec l’équipe réserve, on préparait un déplacement en Corse où on devait jouer le samedi et je me souviens qu’on en parlait entre nous. On délirait, on se disait « t’imagines si on va au Parc ! Putain ça serait génial ». Mais tu vois, c’était juste comme ça, sans plus, on déconnait. On pensait pas que ça serait possible. Et finalement, je me souviens, je passais mon bac blanc cette année-là et je sortais du bâtiment de la Commanderie d’où je venais de passer l’épreuve. Et là j’ai vu un attroupement de journalistes, je me suis dit que c’était normal avant un classico, mais dans la foulée t’as mon coach qui m’appelle et qui me dit que je ne serai pas avec lui ce week-end. Sur le coup j’ai cru que j’allais renforcer les 19 ans et en fait pas du tout, il m’annonce que je vais jouer titulaire au Parc des Princes avec les pros !

Vous avez dû prendre une claque !

Pfff laisse tomber… Je me souviens juste qu’il m’annonce ça. Après, plus rien. Il m’a parlé pendant 10 minutes après ça mais je suis incapable de te dire ce qu’il m’a dit (rires) ! Tu ne sais pas comment, mais tu déconnectes vraiment, t’es plus là. L’image que je garde en tête aujourd’hui, c’est quand je prépare mon sac pour le déplacement, et là t’as tous les jeunes du centre qui sont autour de toi. Voilà, tu vas jouer au Parc, normal, quoi !

Vous arrivez à réaliser petit à petit ce qu’il va se passer ?

Oui, peu à peu. On était monté en train, on s’était levé tôt, et c’est là que tu te rends compte qu’en fait t’es parti pour jouer ton premier match en pro, titulaire, au Parc. Et puis quand t’arrives à Paris, t’es accueilli par un cordon de CRS qui est là pour te protéger. Là tu réalises véritablement ce qui est en train de se passer !

Le jeune Bocaly était chaud pour sa première en pro !
Le jeune Bocaly était chaud pour sa première en pro ! - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Les premières foulées sur la pelouse, ça doit être un truc de fou, non ? 

Ben en fait les gens ne s’en souviennent pas bien, mais une fois au stade, c’est Pape Diouf qui est d’abord entré seul sur la pelouse pour prendre tous les sifflets à notre place. Limite pour fatiguer les supporters (rires) ! Et il s’est mangé une sacrée bronca !

Là ça risque d’être différent pour les Monégasques, ce n’est pas un classique, le contexte n’est pas le même non plus…

Oui, ils sont dans un contexte plus tranquille, ils devraient être plus détendus que nous à l’époque.

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On imagine que quand ton concurrent direct déboule au Parc avec une équipe de jeunes, tu le prends un peu mal. Vous vous souvenez si les joueurs du PSG de l’époque étaient un peu vexés ou énervés de devoir jouer contre vous ? 

Non, pas du tout. Ils nous ont beaucoup respectés, ils ne nous ont pas pris de haut. Et puis ils savaient qu’on était pour rien dans cette histoire. Ils ont joué le jeu à fond, ils n’ont pas essayé de nous mettre la pression ou nous faire sortir du match.

Le passage entre la réserve et un tel match de Ligue 1, en termes de rythme et d’intensité, il doit être brutal !

Oui, ça fait bizarre mais ça reste du foot, on s’adapte assez vite. Et puis on avait quelques joueurs pros avec nous, ils nous ont beaucoup aidés. Là ça va être pareil, que ce soit le staff ou les quelques pros de Monaco qui montent à Paris, ils vont avoir un grand rôle à jouer pour accompagner les petits jeunes. Je me souviens que José Anigo et Pape Diouf nous avaient attrapés avant le match pour nous dire de ne pas avoir peur, que le principal c’était de mouiller le maillot, qu’on s’en foutait de prendre un 5 ou un 6-0.

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Est-ce que vous aviez quand même un peu la crainte de prendre une valise ?

Bah oui, forcément. Mais dès que tu mets le pied sur le terrain tu n’y penses plus, t’as qu’une envie, c’est de faire le taf et d’aller au combat.

Et au niveau des jambes, ça tremble un peu ou au contraire on a envie de lâcher les chevaux ?

T’as du stress, c’est normal. Tu sais que le Parc va faire du bruit, qu’en face t’as des joueurs qu’on a plus l’habitude de voir à la télé. La pression est forcément là, mais elle disparaît dès le coup d’envoi.

Et en termes d’ambiance, ça a donné quoi le Parc ce jour-là ?

C’est intimidant. Ah oui ! En plus voilà, le Parc il fait beaucoup de bruits quand les supporters commencent à chanter. Ça fait tout drôle. En fait c’est tout l’environnement qui est étrange, t’as des caméras partout alors que toi t’es habitué à jouer sur des terrains où t’as des rambardes autour (rires) ! C’est pas la même chose. Après, t’es tellement concentré sur ta prestation que tu fais vite abstraction de tout ça.

Quand on est dans ce cas de figure, à jouer son premier match pro face au PSG, n’y a-t-il pas le risque de trop respecter les adversaires ? 

C’est pas impossible mais j’espère que ça ne sera pas le cas pour les Monégasques. Il faut qu’ils comprennent que c’est une vraie chance de pouvoir jouer ce genre de match et qu’il ne faut pas gâcher ça. Il ne faut pas faire les timides et il faut lâcher les chevaux.

Vous auriez un petit conseil à donner aux jeunes qui vont jouer ce soir ?

Je veux leur dire de prendre un maximum de plaisir, de ne pas se prendre la tête, ce n’est qu’un match de foot. Il y a onze mecs en face, ils sont comme eux, ils ont deux bras, deux jambes donc il faut qu’ils arrivent à jouer comme ils ont l’habitude de le faire à un niveau inférieur.