JO 2016: L'Ethiopien qui avait protesté contre son pays ne rentrera pas, selon son agent
JO 2016•Le marathonien Feyisa Lilesa craint pour sa sécurité après son acte politique...M.C. avec AFP
Dimanche, il avait franchi la ligne d'arrivée du marathon des JO 2016 en deuxième position avec les bras croisés au-dessus de sa tête, comme s'ils étaient ligotés, un geste de protestation utilisé lors de récentes et importantes manifestations anti-gouvernementales violemment réprimées en Ethiopie.
Malgré les assurances de son gouvernement qu'il ne serait pas inquiété pour ses prises de position (il avait récidivé lors de la cérémonie de remise des médailles), Feyisa Lilesa ne rentrera pas au pays, selon son agent. «Je ne pense pas qu'il reviendra en Ethiopie. Il y a beaucoup de gens qui disent que ce ne serait pas bon pour lui», a confié Federico Rosa mardi. A l'arrivée à Addis Abeba de la délégation des athlètes éthiopiens lundi soir, un journaliste de l'Agence France Presse présent à l'aéroport a constaté que Lilesa n'était pas dans l'avion.
Une demande d'asile aux Etats-Unis évoquée
Sur place, les responsables sportifs éthiopiens ont félicité les membres de l'équipe olympique, sans citer la médaille d'argent de Lilesa, une des huit remportées par l'Ethiopie. Ils ont par ailleurs refusé de répondre aux questions concernant l'athlète.
Son agent qui vit en Italie et s'occupe de Lilesa depuis trois ans ne sait pas ce que prévoit le sportif dans l'immédiat, après un séjour à Rio à l'issue des jeux Olympiques. «Je ne peux rien dire de certain car je ne lui ai pas parlé depuis une conversation très courte que nous avons eue juste après sa course», a-t-il expliqué alors que plusieurs médias évoquent une demande d'asile aux Etats-Unis.
Interrogé sur le sujet, le département d'Etat américain n'a pas souhaité commenter cette éventuelle demande d'asile, mais a souligné son attachement à ce que « tous les gouvernements respectent le droit à la liberté d'opinion».
«Si vous parlez de démocratie, ils vous tuent»
L'Ethiopie est actuellement en proie à un mouvement de contestation anti-gouvernementale sans précédent depuis une décennie, qui a commencé en région oromo (centre et ouest) au mois de novembre et qui s'est étendu depuis quelques semaines à la région amhara (nord).
Ces deux ethnies représentent environ 60% de la population éthiopienne et contestent de plus en plus ouvertement ce qu'ils perçoivent comme une domination sans partage de la minorité des Tigréens, issus du nord du pays, qui occupent les postes-clés au sein du gouvernement et des forces de sécurité.
La répression violente de ces manifestations, qui viennent dès lors remettre en cause le fonctionnement du fédéralisme ethnique, a déjà fait plusieurs centaines de morts depuis fin 2015, estiment des organisations de défense des droits de l'homme. A Rio, Feyisa Lilesa avait affirmé avoir «des proches en prison au pays». «Si vous parlez de démocratie, ils vous tuent. Si je retourne en Ethiopie, peut-être qu'ils vont me tuer, ou me mettre en prison», avait-il ajouté. «C'est très dangereux dans mon pays. Peut-être que je devrais aller dans un autre. Je manifestais pour tous les gens qui ne sont pas libres».


















