Paris 2024: Nager dans la Seine? «Dégueulasse» mais «jouable» (et ce sont ceux qui l'ont fait qui le disent)

JO La mairie de Paris a proposé que certaines épreuves des JO 2024 se disputent dans la Seine…

Antoine Maes
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Les participants au triathlon de Paris, le 8 juillet 2012.
Les participants au triathlon de Paris, le 8 juillet 2012. — DUCLOUX/SIPA

Avaler quelques bières sur les quais de Bercy, pourquoi pas. Boire la tasse en se baignant dans la Seine, sûrement pas. C’est sans doute le sentiment général des Parisiens si on leur propose de piquer une tête dans le Fleuve. Et pourtant, dimanche matin, la mairie de Paris a annoncé sa volonté d’y faire certaines épreuves olympiques si la candidature de la capitale aux JO 2024 est retenue. Anne Hidalgo espère même pouvoir organiser le retour des compétitions dans la Seine dès 2017. La dernière fois, c’était en 2012, à l’occasion du triathlon de Paris, le dernier disputé intra-muros. Alors c’était comment ? Réponses avec ceux qui y étaient.

La pollution : « Personne n’a été malade »

Eric Litzler a 33 ans, et s’il répond au téléphone en 2016, c’est qu’il est encore vivant. C’est pourtant la grande angoisse, en vérité : l’eau est-elle propre ? « Ce qui fait un peu peur avant le triathlon de Paris c’est quand même qu’on signe une décharge qui est assez impressionnante, explique notre triathlète. Sur les analyses faites sur la Seine, on voit qu’elle ne répond pas à tous les critères de santé publique. On signe ce document qui nous explique qu’on y va à nos risques et périls, pour qu’on ne se retourne pas contre l’organisation. Mais nous, on était une dizaine et personne n’a été malade ». La baignade est en effet interdite par un arrêté préfectoral depuis 1923, et au triathlon de Paris, la natation se déroule désormais « quelques kilomètres en aval » explique Sébastien Romaire-Denizet. Ce triathlète de 40 ans était lui aussi aligné en 2012. « Mais pour avoir nagé dans d’autres endroits, la mer, ou des plans d’eau, c’est largement moins dégueu. Quand on sait que la Seine était stérile et qu’aujourd’hui il y a de nouveau des poissons, tous les espoirs sont permis. Donc pour moi, c’est jouable ». En 2012, « ce qui était marrant, c’est qu’une semaine après, Le Figaro a publié un article comme quoi ils avaient retrouvé la peau d’un énorme serpent sur une berge de la Seine ».

Le goût : « Ça fout quand même des haut-le-cœur, faut pas se le cacher »

Nager dans la Seine, c’est forcément, à un moment ou à un autre, boire la Seine. Et autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas de l’eau de source. « Je ne peux pas dire que ça soit la chose la plus horrible que j’ai bue dans ma vie. A priori, j’ai survécu. J’y ai beaucoup pensé en me disant » c’est la Seine que tu bois «  et je n’ai pas eu de problème », dédramatise Eric Litzler. Bon, ce n’est quand même pas très agréable à la dégustation. « Je me suis retrouvé à avoir un peu d’eau dans la bouche à un moment, et ça fout quand même des haut-le-cœur, faut pas se le cacher, ajoute Sébastien Romaire-Denizet. Ça a quand même un goût dégueu la Seine. Je dirai un goût de vase, mais comme les autres en région parisienne ou ailleurs. Ni plus ni moins. C’est quand même « beaucoup moins pire » que ce qu’on pourrait imaginer au départ ».

Le courant : « Même en nageant mal j’ai mis 5 minutes à mon record »

La Seine, ce n’est pas vraiment le genre de plan d’eau où on barbote en faisant la planche. Mais alors pas du tout. Et ce n’est pas forcément un problème quand on nage correctement. « J’ai nagé pile au centre, pour avoir un max de courant. Par contre quand on passe le dernier pont il faut tout de suite se mettre à 90° vers la sortie et là, nager comme un fou. Il ne faut pas y aller doucement sinon on dépasse le ponton d’arrivée. Il faut se mettre droit vers la rive même si on est à 200m de la sortie, parce que le courant continue de nous emmener », explique Sébastien Romaire-Denizet. Eric Litzler, lui, se souvient surtout que ça l’a aidé à péter ses scores. « Ça fausse tous les chronos qu’on a pu faire avant. Même en nageant mal j’ai mis 5 minutes à mon record, c’était assez agréable », assure-t-il. En plus, le fameux courant « ne génère pas de vagues ou de clapotis, c’est très calme. C’est vraiment agréable » selon Sébastien Romaire-Denizet.

Un peu grand le pédiluve nan?
Un peu grand le pédiluve nan? - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Le cadre : « Quand on respire un coup à gauche, un coup à droite, c’est magique »

Bon, la plupart des gens, quand ils font du tourisme, préféreront le faire à pied. Mais dans l’eau, la vue est pas mal non plus. Sébastien Romaire-Denizet : « On ne réfléchit pas trop, mais je me suis rendu compte en nageant qu’il y avait un décor magnifique autour de moi. Quand on respire un coup à gauche, un coup à droite, c’est magique. Il y a le silence aussi. On est en dessous des quais, on nage vraiment dans une ambiance particulière ». « Si on peut prendre le temps de regarder ? Ça dépend de votre niveau ! Moi j’ai vu un peu, parce que je me suis reposé en brasse donc j’ai vu où j’étais. Et puis on s’est changé au pied de la Tour Eiffel, ça vaut le coup et ça l’a emporté sur tout le reste », promet Eric Litzler. Même les haut-le-cœur et les peaux de serpents.