Barrages L1-L2: Nez cassé, camion benne et Coupe du monde, souvenirs du dernier barrage entre Cannes et VA en 1993

FOOTBALL La LFP a décidé de réinstaurer des barrages entre la Ligue 1 et la Ligue 2 la saison prochaine...

Nicolas Camus

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Ceci est un barrage. — CHINE NOUVELLE/SIPA

A cette époque, Bernard Lama n’avait pas encore pris une mine de Kostadinov dans sa lucarne, Zinédine Zidane n’était qu’un tout jeune espoir à peine débarqué à Bordeaux et tout ce qu’on pouvait admirer chez Paul Pobga, c’étaient ses gazouillis. S’intéresser aux matchs de barrage entre la Ligue 1 et la Ligue 2, dont le retour pour la saison prochaine a été décidé jeudi par la LFP, c’est faire un bond de plus de vingt ans en arrière, quand on disait encore « D1 » et que les interviews d’après-match se déroulaient dans les vestiaires au milieu des joueurs en slip.

Le 9 juin 1993, l’AS Cannes concède le match nul 1-1 sur son terrain face à Valenciennes, mais sa victoire 2-0 dans le Nord cinq jours plus tôt lors du match aller lui permet de retrouver la première division. Le club des Alpes-Maritimes est le dernier à avoir profité de cette formule à la saveur toute particulière. « Des vrais matchs de coupe », se souvient Mickaël Madar, buteur au retour « dans une ambiance de dingue, avec des tribunes pleines à craquer et un enjeu hyper important ».

« C’était chaud, archi plein ! Chez nous comme chez eux, raconte le Valenciennois Wilfried Gohel. Ça faisait du bruit… Et sur le terrain pareil. David Régis avait cassé le nez d’un Cannois. C’était très engagé. C’est la fin de saison, tout le monde est fatigué, la tension nerveuse est extrême. On met les dernières cartouches. »

Valenciennes, en pleine affaire VA-OM, en a moins en stock. Les Cannois, eux, arrivent lancés. Douzièmes en février, ils se mettent à gagner au sortir de l’hiver, remontent à la 2e place, écartent Rouen puis Rennes en barrages entre poules A et B (oui, ça se méritait à l’époque…). « On a cartonné tout le monde pendant quatre mois, raconte François Lemasson, gardien d’une équipe qui compte dans ses rangs Koot, Ayache, Durix, Micoud ou Priou. On était sur l’euphorie, et ce genre de matchs, ça se joue d’abord sur le mental. En face, tu joues une équipe qui vient de finir le championnat 18e à l’arrach’, les mecs sont en galère, t’en profites. »

Une feuille de match à admirer chaussettes baissées
Une feuille de match à admirer chaussettes baissées - Football database

Au coup de sifflet final qui envoie l’AS Cannes en D1, le public envahit la pelouse. Les joueurs font un tour d’honneur avant de rejoindre la place de la Mairie en camion benne. « Y’avait un engouement, pffffff. Je n’en garde que des bons souvenirs, souffle Madar. A la mairie, c’était la folie, on aurait dit qu’on avait gagné la Coupe du monde ! Des moments comme ça, t’en connais pas beaucoup dans ta carrière. »

« On en avait des sacrés pour faire la fête. On a réussi à rester groupé quand même, on n’a perdu personne je ne sais pas comment on a fait », se marre Lemasson.

Même si VA a souvent glissé sur cette dernière marche (deux accessions manquées en 1990 et 1991 avant cette descente en 1993), Gohel appréciait le système des barrages. « On joue tout sur deux matchs, c’est très spécial, dit-il. Et puis pour la D2, ça permet de se mesurer directement à l’élite. Si t’es pas capable de battre une équipe mal classée, ça situe le niveau. »

Les Cannois confirment. En juin 1993, ils avaient repris l’entraînement seulement une semaine après le barrage retour. Comme s’ils ne s’étaient jamais arrêtés. « Et sur la dynamique, on commence en tapant Saint-Etienne là-bas, l’OM et on va faire nul à Bordeaux, énumère l’ancien gardien. Après trois journées on était premiers ex aequo. » Ils obtiendront en fin de saison une belle qualification en coupe de l’UEFA. Et sans passer par les barrages.