Ligue 1: Et si on laissait un peu Yoann Gourcuff tranquille ?

FOOTBALL Comme pour Britney Spears en son temps, il faut désormais «Leave Yoann alone»…

B.V.

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Yoann Gourcuff lors du match Rennes-Bordeaux, le 22 novembre 2015.
Yoann Gourcuff lors du match Rennes-Bordeaux, le 22 novembre 2015. — M. Pattier / Sipa

Yoann Gourcuff est sur le point de revenir. Si, si. Samedi, l’entraîneur du Stade Rennais Philippe Montanier décidera si le milieu de terrain recruté gratuitement cet été est enfin prêt pour la compétition, neuf mois après sa dernière apparition sur un terrain. L’occasion pour tous les Gourcuff-haters de se défouler sur l’ambulance de service, victime préférée des réseaux sociaux. Comme à son habitude, 20 Minutes se met face au vent pour défendre l’opprimé et organiser la résistance. Appelez-nous le Jean Moulin de la Ligue 1 si vous le voulez, mais voici quelques raisons qui devraient vous convaincre de laisser Yoann Gourcuff tranquille.

Parce qu’il n’a pas besoin de ça

Commençons par le commencement. Oui, Yoann Gourcuff est constamment blessé depuis cinq ans. Oui, il était le joueur le plus prometteur de sa génération, et aujourd’hui sa carrière est en lambeaux avant même ses 30 ans. Mais on peut estimer que ça doit le rendre lui-même suffisamment triste pour qu’on en rajoute. Grosso modo, ça revient à insulter continuellement de cul-de-jatte un pote qui s’est pété la jambe au ski l’hiver dernier. Attaquer Gourcuff, c’est tirer sur une ambulance qui a déjà trop de kilomètres au compteur. Attaquer Gourcuff, c’est s’en prendre au gamin à lunettes à qui le bourrin de la classe a déjà volé le goûter.

Parce qu’il était VRAIMENT blessé

On ne sait pas trop ce qui s’est passé quand Yoann Gourcuff a quitté seul, et dans l’incompréhension générale, la pelouse de Gerland en plein match, le 23 mars dernier. Sa dernière apparition avec l’OL. Mais on sait depuis qu’il souffrait alors d’une fracture du sésamoïde, non diagnostiquée par le staff médical de l’OL.

 

Une blessure longue et difficile à soigner. « Petits os, grands effets, avec ses contraintes fortes et invalidantes, expliquait à L’Equipe Olivier Fichez, le rhumatologue de Gourcuff à l’origine du diagnostic. Yoann, ça rentre dans l’ordre, il va aller crescendo, mais c’est une grosse mécanique et il peut avoir des soubresauts. » Bref, « on a voulu lui coller l’étiquette de joueur douillet, mais à chaque fois que je l’ai vu, c’était des lésions très objectives. Ce sont des vraies blessures pures et dures », poursuit le Dr Fichez, cette fois sur France 2.

Parce qu’il n’est pas autiste, juste timide

On a dit de Gourcuff qu’il était le souffre-douleur de Franck Ribéry à la Coupe du monde 2010. On a aussi dit qu’il était en marge du groupe à Lyon, seul dans son coin, sans ami ni projet. Gourcuff l’asocial, limite autiste ? Ses potes d’enfance tempèrent : « Yoann n’est pas du genre à exploser de rire devant une caméra pour montrer qu’il est heureux, expliquait Benjamin Perron dans les colonnes de Ouest-France en 2013. Il n’est pas démonstratif, il est timide, c’était déjà le cas tout petit. Il a fait un gros travail sur lui pour s’exprimer en public. Il a appris, il fait de son mieux avec les médias, mais il ne peut pas non plus aller contre sa nature. » Après tout, ce n’est pas parce qu’on est footballeur qu’on est obligé de raconter tous les moindres détails de sa vie sur Instagram. L’inverse fait même parfois du bien.

Parce qu’en fait, c’est un mec normal

S’il est timide, c’est parce qu’il n’a jamais réussi à vraiment gérer sa surmédiatisation soudaine. « Yoann a basculé sans le vouloir dans le people, mais le strass et les paillettes ne l’intéressent pas », expliquait, toujours dans Ouest-France, un autre de ses amis. En fait, Gourcuff est un mec comme tous les autres, à la différence près qu’il gagne plein d’argent et passe tout le temps à la télé. Benjamin Perron : « Ce n’est pas l’homme des cavernes qu’on décrit parfois. Quand on est en vacances, on joue au foot, à la pétanque, à la console. On rigole. On va à la plage, on se fait un barbecue le soir. Bref, on vit comme des jeunes de notre âge. »

Parce qu’un jour, il a fait ça

Et puis ça, aussi

Et encore, y en a plein d’autres dans ce genre-là.

Parce qu’il n’a rien demandé à part jouer au foot

Un transfert colossal de Bordeaux à Lyon, un salaire mirobolant… C’est la loi du marché quand on est un joueur dominant comme Yoann Gourcuff en 2010. Sauf que ça a pesé sur lui pendant toute sa carrière à l’OL, et a fini par complètement le dépasser. A tel point qu’il a accepté à renoncer à une prime d’objectifs lors de sa dernière année de contrat à Lyon, ce qui n’est pas forcément énorme mais reste louable. Et son nouveau salaire à Rennes tomberait à « bien moins » de 100.000 euros, expliquait en septembre son futur ex-avocat Didier Poulmaire.

Il n’est pas à plaindre, mais cela confirme plutôt l’idée que tout ça s’est fait bien malgré lui et qu’au fond, il n’a rien demandé à part pouvoir jouer au foot. Jamais une sortie médiatique pour se plaindre de son traitement en équipe de France en 2010, de ne pas avoir assez de temps de jeu à l’OL ou d’être trop critiqué dans les médias. Son seul souhait, c’était de « trouver un petit équilibre et qu’on me laisse tranquille, tout simplement », expliquait-il à RTL en 2011. Qu’on me laisse jouer afin que j’aborde les matches plus sereinement et essayer de retrouver du plaisir sur le terrain. J’ai entendu et lu des choses où on attaquait l’homme et cela m’a un peu affecté, car c’est n’est pas parce que je ne joue pas très bien que je suis un mauvais garçon ou quelqu’un de mauvais. »

Parce que bordel, il est beau quand même

Yoann Gourcuff, ce bel homme - FAYOLLE PASCAL/SIPA

Mais ça non plus, il ne l’a pas forcément demandé.

Parce qu’on a fait le tour des blagues, non ?

Au même titre que celles sur Tsonga et les Kinder Bueno, les comptes en Suisse des tennismen français ou les fautes de grammaires des joueurs de foot, on commence à avoir compris les vannes sur Gourcuff, le Dr Maboul, les blessures et tout ça.