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«Suivre la Major League Soccer, c'est comme regarder des dessins animés»

«Suivre la Major League Soccer, c'est comme regarder des dessins animés»

REPORTAGE- Le soccer parviendra-t-il à se faire une petite place dans le cœur des Américains? Pas sûr que David Beckham y arrive à lui tout seul...
Gilles Bouvaist, à New York

Gilles Bouvaist, à New York

Le soccer parviendra-t-il à se faire une petite place dans le cœur des Américains? Pas sûr que David Beckham y arrive à lui tout seul.

David Beckham n'a pa marqué, mais le temps de deux passes décisives, il a offert au «soccer» américain une heure et demie de liesse populaires que seuls les New York Cosmos millésime Pelé parvinrent un jour à susciter. Du moins, l’illusion a fonctionné samedi soir dans le New Jersey, dans un Giants stadium plein comme un œuf (66.237 spectateurs), au terme d’un match débridé et d’un score fleuve (5-4 pour les New York Red Bulls), grâce à deux défenses terriblement laxistes





De quoi atteindre un jour l’engouement d’un match de base-ball ou de foot américain ? Rien n’est moins sûr.

Au Nevada Smiths, un bar de Manhattan, « where football is religion », selon son slogan, on se presse devant les sept écrans plasma qui diffusent des matchs de foot du monde entier. Au mur, un tifo de la Penya FC Barcelona New York City et un maillot dédicacé de Franck Ribéry.

«Franchement, suivre la Major League Soccer (MLS), c’est comme regarder des dessins animés, c’est de la blague», ricane Eric Johnson, 34 ans, qui travaille dans la publicité.




Selon cet Américain fan de Chelsea et amateur de l’AS Nancy Lorraine, «aux Etats-Unis, un sport où un match peut se terminer par un zéro-zéro, c’est incompréhensible. Les gens se disent : “Hé, les gars, vous êtes revenus à votre point de départ.” Ici, il faut un gagnant et un perdant. Et ceux qui aiment vraiment le foot préfèrent regarder la Premier League.»


Benno, un trompettiste habitué des lieux, moque l’intérêt de la MLS, cette ligue fermée qui se joue entre treize équipes franchisés qui paient pour s’affronter: «Avec ce système où il n’existe même pas de relégations, c’est comme si tu devais comparer deux McDonald’s.»


Difficile du coup pour ces fans de croire qu’un effet Beckham peut vraiment faire décoller le soccer aux Etats-Unis: «C’est trop tôt pour le dire, explique Chris Ariza, musicien lui aussi. Pour l’instant c’est surtout le côté fric et glamour du personnage qui ressort, mais c’est vrai que depuis qu’il est arrivé ici, ce sport connaît une exposition médiatique inédite.» L’espoir reste toutefois permis après la récente campagne de l’équipe nationale des moins de 20 ans en Coupe du monde (arrêté en quart de finale par une défaite contre l’Autriche).

« Prends par exemple Freddy Adu:




il évoluait aux Real Salt Lake, c’est comme s’il jouait sur Mars! remarque Eric Johnson. Puis il a fait une super coupe du Monde, et là, il a quitté le purgatoire du foot pour se retrouver en plein milieu de la vitrine avant de rejoindre le Benfica Lisbonne.»


«Le problème aux Etats-Unis c’est qu’il y a de bons joueurs, mais pas de grandes équipes, résume Patrick Barch, un étudiant du New Jersey qui s’époumone devant chaque action. «Mais dans les dix prochaines années, le soccer pourrait devenir un vrai sport populaire. Pour cela, il faudrait qu’il cesse d’être un sport pour les classes moyennes blanches des banlieues résidentielles. Plus nous aurons d’immigrants qui jouent au foot, mieux cela vaudra» , conclut-il.