VIDEO. Bienvenue au keirin, la discipline la plus spectaculaire des mondiaux de cyclisme

CYCLISME SUR PISTE François Pervis défend son titre jeudi soir dans le Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines…

J.L.

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françois Pervis, champion du monde de keirin en 2014.
françois Pervis, champion du monde de keirin en 2014. — Fernando Vergara/AP/SIPA

Les Bleus ont entamé leurs Mondiaux de cyclisme sur piste à domicile par une belle marseillaise, sur le dos des Néo-Zélandais pas vernis dans l’épreuve de vitesse par équipe. La série peut continuer jeudi soir sur François Pervis. Le héros tricolore de Cali, où il avait décroché trois médailles d’or l’an passé, tente sa chance sur le keirin, une discipline qui a mis du temps à conquérir des lettres de noblesses. 20 Minutes vous explique pourquoi.

Cela ressemble aux Jeux du cirque 

Sur youtube, tapez keirin + crash et fendez-vous la poire. Six fauves côte à côte, retenus comme elle peut par une petite moto de rien du tout aux alentours de 50 km/h, avant d’être lâchés dans la jungle avec un peu plus de 600 mètres pour s’expliquer. L’épreuve est propice aux coups de casque, ni vu ni connu afin de s’assurer la meilleure place avant l’emballage. «Quand j’ai débuté chez les jeunes, c’était un peu la jungle, confirme le Français Frédéric Magné, triple champion du monde de la spécialité et aujourd’hui directeur du centre mondial du cyclisme. Il y avait beaucoup de contacts, des coups de tête, mais les règles ont changé et sont devenues beaucoup plus strictes afin d'éviter les accidents. Cela a permis d’ouvrir la discipline aux sprinteurs sans lui enlever son côté spectaculaire».

On ne gagne que sur un coup de chance 

L’aspect aléatoire de la discipline saute aux yeux quand on la compare aux autres épreuves de cyclisme sur piste. Mais comme en skicross l’an passé à Sotchi, les Français savent y faire mieux que les autres. «Il faut être opportuniste au bon moment, explique Magné, construire la tactique en fonction des autres, en fonction de la situation, en fonction de la piste. Il y a des lignes directrices, mais ça peut changer en cours de route. Il faut savoir improviser.» Autrefois réservé aux spécialistes, le keirin s’est largement ouvert aux gros cuissots des sprinteurs, qui misent plus sur la force brute que les plaisirs de la stratégie. «Il y a tout de même plus d’incertitude dans les duels de vitesse, car la tactique est toujours prédominante, nuance Magné. Savoir quand partir, quelle stratégie adopter, ca reste important»

C’est impossible de s’y préparer

François Pevis, le champion du monde en titre, ne passe pas son temps à se préparer pour le keirin. Mais le Français aime faire un détour par le Japon, véritable berceau de la discipline. Là-bas, les gens parient sur le trio dans l’ordre comme s’il s’agissait de courses de chevaux, et les coureurs gagnent tellement d’argent qu’ils ne voient pas l’intérêt de venir se frotter au reste du monde. «Ce sont des compétitions sur trois ou quatre jours qui réunissent une centaine de coureurs, confiait Pervis à Ouest-France l’an passé. C'est toujours le même déroulement. Il y a l'interview où tu dois donner ta stratégie de course, l'isolement où tu es coupé du monde, sans téléphone ni accès Internet, les qualifications, toujours un peu longues, et la course finale. […] J'apprécie toujours autant ce respect incroyable qu'il y a entre tout le monde. C'est un honneur pour moi de courir contre eux». Et une façon idéale de se mettre dans l’ambiance des mondiaux.

C’est une épreuve pour les ratés de la vitesse

Peut-être l’idée reçue la moins éloignée de la vérité. Le keirin, en dépit de sa normalisation progressive, reste l’épreuve la plus accessible pour les coureurs limités en vitesse, par l’âge ou par les capacités physiques. A Londres par exemple, le Britannique Chris Hoy a été champion olympique à 36 ans. «Depuis Pékin, l’épreuve de vitesse individuelle a beaucoup progressé, pas moi, expliquait en toute sincérité la Fançaise Clara Sanchez, double championne du monde, avant les JO de 2012. Les filles vont désormais trop vite. En keirin, il n’est pas nécessaire d’être la plus rapide dans les 200 derniers mètres pour s’illustrer. Il faut tenir un sprint plus long, en faisant jouer son sens tactique. Le keirin me correspond plus.»