XV de France: Mais pourquoi Philippe Saint-André est-il autant critiqué?

RUGBY Le sélectionneur des Bleus est la cible d'un «bashing» depuis des mois…

Romain Baheux

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Philippe Saint-André lors d'un entraînement des Bleus en octobre 2014.
Philippe Saint-André lors d'un entraînement des Bleus en octobre 2014. — Christophe Ena/AP/SIPA

En 2013, la question de sa démission avait été posée après un catastrophique Tournoi des six nations. Deux ans plus tard, Philippe Saint-André n'a gagné que treize de ses trente-deux rencontres à la tête du XV de France et il se dégage l’impression que la moindre de ses décisions est forcément critiquée. Explications des origines de ce PSA bashing.

 

Son bilan

Lors de ce Tournoi, «PSA» a l'occasion d'entrer dans l'histoire des Bleus. Oh, rien de très enviable puisque l'ancien entraîneur toulonnais pourrait devenir le premier sélectionneur tricolore à ne pas amener ses hommes sur le podium de la compétition continentale une seule fois durant son mandat. «Les critiques sont liées aux résultats, explique Emile Ntamack, adjoint d'un autre sélectionneur régulièrement attaqué, Marc Lièvremont (2007-2011). Elles viennent parce qu’il y a «échec» sur des objectifs définis et que l’on attend forcément des lendemains meilleurs.»

Son bilan, le pire d'un sélectionneur depuis le passage à l'ère professionnelle, est régulièrement raillé. «Il fait l'unanimité contre lui. Quand on le vanne, c'est vrai qu'il n'y a pas grand monde pour le défendre sur les réseaux sociaux, explique Bastien, du blog sarcastique sur l'actualité du rugby La Boucherie Ovalie. Lièvremont avait ses protecteurs sur les réseaux sociaux parce qu'il avait notamment réalisé le Grand Chelem en 2010 alors que PSA n'a rien pour se  défendre.»

Les attentes déçues

Souvenez-vous. Il y a trois ans, «le Goret» débute à la tête des Bleus. Fort de ses années de technicien en Angleterre et de son passage de deux ans à Toulon, Saint-André arrive en équipe de France avec l'image d'un excellent communiquant, d'un bon gestionnaire d'ego et plus manager qu'entraîneur. Bref, tout le contraire de Marc Lièvremont. «Une presse plutôt complice l'a très bien vendu comme un super-manager à l'anglaise et on se rend compte qu'il a aussi ses défauts et que les résultats sont encore pires», poursuit Bastien de La Boucherie Ovalie.

Au fil du temps, les anciens Bleus s'en prennent au fonctionnement du groupe tricolore et aux options prises par PSA. «Je ne comprends pas leurs choix ni comment ils travaillent. Il y a des choses illogiques, expliquait Sébastien Chabal au micro de RMC il y a un an. On voit aussi des joueurs qui ne prennent pas d’initiatives, recroquevillés sur eux-mêmes. Qui est-ce qui fait ce schéma de jeu? Qu’est-ce que le coach ou ce staff leur disent pour qu’ils aient si peur d’envoyer du jeu et de se faire plaisir?» Pour épauler le staff de Saint-André, un comité, présidé par Serge Blanco, a été nommé cet été par la Fédération. La mise sous tutelle n'aide pas Saint-André à asseoir son autorité.

Sa communication

On ignore si le surnom est parvenu jusqu'aux oreilles de l'intéressé. A chaque conférence de presse du boss des Bleus, les expressions de «Ouin-Ouin» sont décortiquées par ses contempteurs. «On a l'impression qu'il va éclater en sanglots quand il se présente devant un micro», souligne Bastien. «C'est facile de faire rire à ses dépens. Ce n'est jamais méchant mais il apparaît toujours comme dépassé, voire impuissant, explique Thomas, créateur du compte Twitter parodique «Philippe Ouin-Ouin». Laporte et Lièvremont donnaient une impression d'autorité.»

Si la forme est critiquée, le fond n'a pas attendu très longtemps pour l'être. Dès 2013, son ex-président dans le Var, Mourad Boudjellal, s'en prenait à sa communication.  «Actuellement, Philippe passe son temps à parler du très haut niveau. Il dit qu’il veut amener les joueurs au très haut niveau. On a l’impression que les joueurs ce sont des billes, le taclait-il dans Le Parisien. Il faut arrêter de se chercher des excuses en tapant sur le Top 14 et en parlant des contrats fédéraux.» Depuis, d'autres, comme l'un de ses prédécesseurs Bernard Laporte, l'ont également attaqué sur son discours. Un nouveau Tournoi raté quelques mois avant le Mondial et les critiques se feraient encore plus fortes. Mais ça, PSA commence à y être rodé.