XV de France: Pour Emile Ntamack, «les critiques auraient été plus méchantes» pour Lièvremont que pour Saint-André

RUGBY L’ancien entraîneur des arrières des Bleus évoque la manière dont un staff vit les reproches...

Propos recueillis par Romain Baheux

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Emile Ntamack lors d'un entraînement du XV de France à la Coupe du monde 2011.
Emile Ntamack lors d'un entraînement du XV de France à la Coupe du monde 2011. — Christophe Ena/AP/SIPA

Lui aussi, il a eu sa part de critiques, et pas toujours modérées. Adjoint de Marc Lièvremont pendant quatre ans (2007-2011), Emile Ntamack sait parfaitement ce que peuvent endurer Philippe Saint-André et son staff, très critiqués depuis plus de deux ans. Avant l'entrée en lice des Bleus dans le Tournoi contre l'Ecosse samedi (18h), l'ancien entraîneur des arrières du XV de France évoque son rapport à la critique et la manière dont un staff peut le vivre.

Quand vous entendez certains reproches envers PSA et son staff, ça vous rappelle des souvenirs?

Il y a beaucoup de parallèles. Nous, on nous a beaucoup reproché notre jeunesse, notre inexpérience plus que les résultats qui n’étaient pas si mauvais que ça. Aujourd’hui, on attend toujours plus, même quand il y a une victoire. On a vu au handball qu’à chaque résultat un peu moyen, on allait forcément gratter le petit point qui ne va pas bien. De l’intérieur, on aimerait recevoir un soutien plus populaire, plus patriotique mais ce n’est pas la manière de fonctionner en France.

Elles sont plus difficiles pour Saint-André que pour Lièvremont?

Les critiques sont là mais c’est difficile de quantifier. A leur place, on aurait subi des critiques encore plus acerbes, plus méchantes. Là, elles sont liées aux résultats. Elles viennent parce qu’il y a «échec» sur des objectifs définis et que l’on attend forcément des lendemains meilleurs.

Comment est perçue la critique de personnes extérieures quand on est dans le staff des Bleus?

En interne, on maîtrise des paramètres qu'elles ne maîtrisent pas. La critique est souvent mal comprise mais si on lit entre les lignes, elle peut exprimer un mal-être réel. Ça devient intéressant quand ça soulève un lièvre. On se dit alors qu’il y a quelque chose à creuser pour essayer de s’améliorer. Le problème, c’est qu’elle est souvent orientée, assez acerbe et qu’elle te fait mal. Dans ces cas-là, tu te refermes sur toi-même, tu te dis que les solutions viendront de l’intérieur et que tu n’auras pas de soutien.

Quelles sont les critiques les plus difficiles à vivre?

Ce n’est pas très difficile à encaisser quand c’est monsieur tout le monde qui donne son avis. Quand ça émane de personnes qui connaissent le milieu, voire qui sont passées par là, et qui omettent ce qu’ils ont pu vivre en jugeant sur un simple résultat, c’est décevant.

Est-ce que l'on essaie de s'en protéger?

Autour de toi, tu as de toute façon toujours des gens qui te remontent les informations bienveillantes et malveillantes. Parfois, tu vas lire un papier a posteriori qui peut certes te blesser mais aussi te faire réfléchir sur quelques points de ta méthode de fonctionnement. De l’extérieur, tu peux aussi avoir des informations sur le ressenti de quelques joueurs que tu n’as pas réussi à capter et parce qu’ils vont se lâcher un peu plus devant les médias.

Qu'est ce qui a changé dans la critique entre votre vie de joueur et maintenant?

La quantité de journalistes a évolué. Avant, il y avait une dizaine de personnes assez spécialisées qui vivaient dans le giron avec les joueurs. Ils pouvaient avoir une critique sur le jeu mais ils avaient toujours une pensée bienveillante. Aujourd’hui, on a des personnes qui ne connaissent pas le milieu, qui vont juste commenter un résultat et qui vont faire des papiers pour vendre du papier. C’est forcément plus facile de vendre quand il y a une petite odeur de scandale que quand on dit que tout va bien.