Des supporters handicapés français à la Coupe du monde grâce à Malik Badsi

FOOTBALL «Yoola», son agence de voyages spécialisée, organise des séjours sur mesure… 

Corentin Chauvel

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Des voyageurs handicapés de l'agence Yoola au Christ Rédempteur de Rio, en juin 2014.
Des voyageurs handicapés de l'agence Yoola au Christ Rédempteur de Rio, en juin 2014. — M.BADSI

De notre correspondant à Rio de Janeiro
 

Malvoyant ou en fauteuil roulant, tout le monde peut assister à la Coupe du monde au Brésil. Après une première expérience réussie en Afrique du Sud il y a quatre ans, Malik Badsi en est à son deuxième Mondial en compagnie d’une trentaine de voyageurs handicapés français.

Créée en 2009, son agence de voyages, «Yoola», s’adresse uniquement aux personnes présentant un handicap, quel qu’il soit, et leur permet d’assister notamment aux plus grands événements sportifs (Coupe du monde, Jeux olympiques, Ligue des champions, NBA, etc.). Cette initiative, inédite en France, est née du contact rapproché que Malik Badsi a eu depuis toujours avec le handicap. Sa mère est handicapée, tout comme un voisin du logement familial de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) avec qui il a voulu un jour aller voir un match de football au stade.

Le Brésil, plus compliqué que l’Afrique du Sud

«J’ai un regard différent et je comprends mieux les besoins de ce public», explique le jeune entrepreneur de 30 ans. Deux ans d’efforts et il emmène un premier groupe d’une soixantaine de supporters français handicapés au Mondial 2010. Ils sont deux fois moins cette année, mais le voyage reste magnifique. «Ils en prennent plein les yeux. Déjà que pour un valide, c’est quelque chose d’exceptionnel, imaginez pour eux», sourit Malik Badsi. Ses clients, âgés de 18 à 65 ans et souffrant de différents handicaps (malvoyants, paraplégiques, tétraplégiques, etc.), ont pu assister à la plupart des matchs de la Coupe du monde à Rio avec leurs accompagnateurs.

Logés dans un centre spécialisé, ils font aussi du tourisme et vivent pleinement leur expérience au Brésil. «Le but du voyage, c’est aussi de leur faire découvrir Rio et d’aller à la rencontre des Brésiliens», souligne Malik Badsi. Pour la compétition en elle-même, l’entrepreneur a encore des choses à redire. «Si l’on a moins de clients cette année, c’est parce que c’est plus compliqué qu’en Afrique du Sud, le nombre de places pour handicapés dans les stades est très limité», déplore-t-il. Au Maracanã par exemple, il n’y a que 90 places pour fauteuils roulants contre 857 au Stade de France qui fait la même capacité.

«Au Brésil, la passion l’a emporté sur le bon sens»

Et l’on a découvert que les stades du Mondial regorgeaient de faux spectateurs handicapés, soit des personnes valides en fauteuil roulant. «J’en ai vu et c’est vraiment abusé. Quand tu vois que la personne est bien musclée, avec de bons mollets, des abdos, c’est un valide qui a gratté. C’est la première fois que je vois cela et je trouve cela irrespectueux», raconte Malik Badsi. «Au Brésil, la passion l’a emporté sur le bon sens», ajoute-t-il.

Surtout que pour les vrais handicapés, les choses sont déjà bien compliquées. Par exemple, pour le premier match du Mondial au Maracanã, il n’y avait aucun parking de prévu, grand public ou handicapé. «C’était l’enfer, j’ai dû m’adresser directement à la Fifa pour régler ce problème et heureusement, ils ont fait leur maximum, ils sont à l’écoute et réactifs», indique l’entrepreneur dont les contacts privilégiés avec l’organisation permettent à ses clients de vivre sans doute encore un peu mieux leur Coupe du monde. «L’important, c’est qu’on arrive à leur faire voir les matchs dans cette ambiance incroyable parce que c’est un souvenir qu’ils garderont toute leur vie», conclut Malik Badsi. Grâce à Yoola, qui signifie «petite colline» en aborigène, plus rien n’est insurmontable pour les passionnés de football handicapés.