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Coupe du monde 2014: Le Brésil veut effacer le «Maracanaço» à jamais

Coupe du monde 2014: Le Brésil veut effacer le «Maracanaço» à jamais

FOOTBALLIl y a 64 ans, la «Seleção» s’était inclinée en finale de la première Coupe du monde qu’elle jouait à domicile…
Corentin Chauvel

Corentin Chauvel

De notre correspondant à Rio de Janeiro

Qu’il est loin ce premier Mondial brésilien de 1950. On sort de la Seconde Guerre Mondiale, Pelé est encore un gamin, trois des 16 qualifiés ne feront pas le déplacement et la compétition se déroule en deux phases de poules successives. Soixante-quatre ans, c’est loin, mais le Brésil ne l’a jamais oublié. Parce qu’il a perdu une finale qu’il aurait dû gagner contre l’Uruguay et cette victoire aurait consacré la nouvelle nation brésilienne: c’est le «Maracanaço», la tragédie du Maracanã.

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A l’arrivée, «ce n’est pas seulement une défaite footballistique, c’est l’échec d’un projet de la nation brésilienne qui voulait s’imposer sur la scène internationale grâce à la Coupe du monde», explique à 20 Minutes Ronaldo Helal, sociologue et professeur à la Faculté de communication sociale de l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro. Le président Getulio Vargas, qui avait imposé son «Etat nouveau» aux allures de dictature pendant huit ans (1937-1945), n’était pas encore revenu au pouvoir, mais les nouvelles formes de conception du pays étaient alors bien ancrées, notamment celui de la démocratie raciale.

Le football brésilien, un style «européen avec un peu de samba»

Dans le domaine du football au Brésil, ce sont le grand chroniqueur sportif Mario Filho – qui a laissé son nom au Maracanã – et son ami le sociologue Gilberto Freyre qui l’ont consacrée, ce dernier décrivant le football brésilien en 1938 comme «mulâtre», soit un style «européen avec un peu de samba», cite Ronaldo Helal. Mais la démocratie raciale rêvée dont le football était un vecteur va exploser lors de la finale Brésil-Uruguay de 1950. Parce que le gardien brésilien, Moacir Barbosa, est noir et qu’il ne lui sera jamais pardonné d’avoir pris ce second but à la 79e minute, fatal à la Seleção qui n’avait besoin que d’un match nul pour remporter le Mondial.

«Moacir Barbosa est le meilleur gardien brésilien de tous les temps. Ce but, c’est la seule image que l’on a gardée de lui, mais il était idolâtré avant cela et il a continué à bien jouer après», affirme Ronaldo Helal. Pourtant, son sort était jeté: il devient «l’homme qui a fait pleurer le Brésil» pour le reste de sa vie. «Au Brésil, la peine maximale pour les criminels est de 30 ans. Je suis le seul à en être à 43 ans», déclare le malheureux gardien en 1993. «Et la rumeur dit que les clubs brésiliens n’ont plus voulu de gardiens noirs pendant un certain temps après la Coupe du monde 1950», ajoute le sociologue. Il faudra également attendre 2006 pour voir un nouveau gardien noir, Dida, titulaire dans les buts du Brésil durant un Mondial.

Des histoires mythologiques à oublier

La tragédie sera-t-elle alors effacée par un succès du Brésil le 13 juillet prochain au Maracanã? «Le football est fait d’histoires mythologiques, mais les esprits ont changé depuis longtemps avec les victoires du Brésil», estime le sociologue qui ajoute que, contrairement à cette époque, les Brésiliens soutiennent désormais davantage leur club local que la sélection nationale: «C’est la même chose en Argentine, les gens vont tout de même accompagner le parcours de la Seleção, mais c’est différent.»

Et que dire de ce «nouveau» Maracanã «qui est aujourd’hui plus confortable, mais qui a perdu toute sa majesté», déplore Ronaldo Helal. En 1950, plus de 170.000 personnes ont assisté au Maracanaço dans une construction alors flambant neuve. Soixante-quatre ans plus tard, ce seront moins de 80.000 «millionnaires», dixit le sociologue, qui assisteront peut-être à la fermeture d’une douloureuse plaie nationale.