Comment la lutte se bat pour garder sa place aux Jeux olympiques

Romain Baheux

— 

Le lutteur français Steeve Guénot pourrait voir sa discipline disparaître du programme olympique.
Le lutteur français Steeve Guénot pourrait voir sa discipline disparaître du programme olympique. — CHAMUSSY/NIVIERE/SIPA

Dimanche, le Comité international olympique (CIO) décidera s’il tourne une page de l’histoire de l’olympisme. Toujours présente au programme des JO depuis leur création, la lutte pourrait être supprimée à partir de l’édition 2020. Mis en sursis en février, ce sport est en concurrence avec le baseball-softball et le squash. Un péril qui a entraîné un ravalement de façade de la lutte. Explications avec le clan français.

Un changement de règles. Il fallait bien reconnaître qu’il était parfois difficile de s’y retrouver. Entre le combat debout, les phases au sol et un système de comptabilisation des points pas simple à comprendre, il y avait de quoi larguer le néophyte. Désormais, les combats seront divisés en deux périodes de trois minutes avec un vainqueur désigné à partir de sept points d’écart sur son adversaire. «Pour la lisibilité, il fallait qu’une réflexion soit menée», estime le directeur technique national, Michel Lafon. L’objectif de ce lifting est de rendre la lutte plus spectaculaire et donc plus télégénique. Les arbitres ont ainsi comme consigne de faire pleuvoir plus rapidement les pénalités si l’un des lutteurs refuse de s’engager. «Avant, les lutteurs géraient jusqu’à la fin du combat quand ils menaient au score, raconte Patrice Mourier, entraîneur national. Quand ils gagnaient, je demandais à mes lutteurs de gérer jusqu’au bout en évitant juste d’être passifs.»

Une féminisation accentuée. On ne peut pas parler de parité mais les choses s’améliorent. Si la lutte gréco-romaine, où concourt le double médaillé français Steeve Guénot, est encore exclusivement réservée à la gent masculine, la lutte libre comportera aux prochains JO le même nombre de catégories –six- chez les hommes et chez les femmes. Jusqu’ici, les lutteuses en disposaient de seulement quatre. Un pas en avant destiné à montrer la volonté de dépoussiérer un sport ancré dans l’histoire des JO. «Il fallait traiter les filles de la même manière que les garçons, c’était un point important», souligne Michel Lafon. «C’était un aspect négligé, admet Alain Bertholom, président de la fédération française de lutte. Six catégories pour les filles, c’est un vrai plus pour notre dossier.»

Un changement de gouvernance. Il fallait bien trouver un responsable. Président de la fédération internationale de lutte, le Suisse Raphaël Martinetti a été démissionné dans la foulée de la décision du CIO. Un changement de gouvernance nécessaire pour moderniser la lutte. «Voir son sport se faire enlever du programme olympique, c’est la pire des sanctions, explique Alain Bertholom. Son départ est normal.» Une manière de montrer la prise de conscience du sport. Son successeur, le Serbe Nenad Lalovic, a impulsé la modernisation de la discipline et a pris en charge l’opération séduction pour garder la lutte au programme olympique. On saura dimanche si cela a porté ses fruits.