Dakar 2013: L'espionnage industriel existe-t-il sur le bivouac?

RALLYE Les grosses écuries s'épient et se cachent pour ne pas révéler leurs secrets...

Antoine Maes

— 

La voiture de l'Américain Robby Gordon scrutée par des mécanos des autres équipes, le 4 janvier 2013, à Lima (Pérou).
La voiture de l'Américain Robby Gordon scrutée par des mécanos des autres équipes, le 4 janvier 2013, à Lima (Pérou). — F.FIFE/AFP

De notre enviyé spécial à Arequipa (Pérou)

«La grande famille du Dakar». Une expression qu’on entend toutes les dix minutes sur le bivouac du rallye-raid le plus difficile du monde. Et comme dans toutes les familles, il y a des petits secrets qu’on n’a pas envie de partager, plus ou moins inavouables. Si en Formule 1, l’espionnage industriel a un impact surement plus grand sur le résultat final, il en existe tout de même une forme sur le bivouac du Dakar. «Dans le règlement, rien n’y fait allusion, explique David Castera, le directeur sportif de la course. Mais tout le monde regarde ce que fait l’autre, ça a toujours existé. Il y en a qui prennent des photos, d’autres qui regardent…»

Peterhansel: «Pas d’achats de données entre ingénieurs» 

Non, la nuit, on n’aperçoit pas de silhouettes courbées rôder autour des camions des grosses écuries, appareil photos en main. «Il n’y a pas d’achats de données entre ingénieurs», assure Stéphane Peterhansel. Le tenant du titre et leader du team X-Raid a tout de même bien vu «les appareils photos qui trainaient tout le temps sur les stands», lors des vérifications. Ce serait juste une «curiosité», accentuée par le fait que les grosses équipes «se débrouillent toujours pour éviter de s’affronter avant le Dakar», ajoute Guerlain Chicherit. 

Découvrez le blog de notre envoyé spécial

Le plus drôle, c’est que les quatre ou cinq grosses formations promettent qu’elles n’ont «rien à cacher». Et pourtant, on n’aime pas trop voir les mécanos des autres venir traîner autour des voitures. «On ne devient pas parano, mais c’est vrai que chez certains on a du mal à ouvrir le capot», reprend Chicherit. Pourquoi ces cachoteries? «Parce que la performance passe par l’innovation, et que chez nous elle n’est pas protégé par des brevets». Lui qui a appris sa participation assez tardivement s’est rattrapé artisanalement: «j’ai regardé toutes les vidéos des concurrents. Redbull et X- Raid, je les ai vues 150 fois». 

Castera: «Peut être qu’ils règlent ça entre eux, parce que ce n’est pas un très grand milieu» 

Sur le bivouac, l’espionnage reste donc très amateur. D’une part «parce qu’on n’est pas dans la recherche du millième de seconde de mieux», note David Castera. D’autre part parce que le cadre pour construire les voitures est aussi particulièrement surveillé. «Ce n’est pas facile d’en sortir: sur les châssis, les suspensions, le cadre de travail est strict. Peut être qu’ils règlent ça entre eux, parce que ce n’est pas un très grand milieu. Après, y a un toujours un qui peut trouver la bonne idée», sourit le directeur sportif du Dakar. Ce jour-là, il devra se méfier des objectifs qui trainent autour de sa voiture.