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Course à l'espace : L’homme rêve d’aller sur Mars, très bien, mais les futurs astronautes pourront-ils faire mieux ?
toujours plus loin•Envoyer des hommes sur Mars est la prochaine grande étape de l’exploration spatiale habitée, mais ce pourrait aussi être la dernière. Car les missions vers d’autres planètes et objets célestes plus lointains semblant peu probablesManon Minaca
L'essentiel
- La prochaine étape de l’exploration spatiale par les hommes sera Mars, que les agences spatiales rêvent de fouler depuis des décennies.
- Une fois cette case cochée, Vénus ou certains astéroïdes seraient les prochaines destinations les plus probables, mais ces projets sont pour le moment anecdotiques.
- Les autres planètes étant trop lointaines et trop hostiles, il est probable que Mars soit le dernier grand objectif des missions habitées.
L’orbite terrestre, puis la Lune, puis Mars… Depuis le début des missions spatiales habitées, marqué par le premier vol dans l’Espace du Soviétique Youri Gagarine en 1961, les humains cherchent à aller toujours plus loin. Alors que Donald Trump, Elon Musk et le futur patron de la Nasa ne cachent pas leur volonté d’envoyer des hommes sur la planète rouge dans un avenir proche, une question apparaît : une fois la case Mars cochée - si elle est un jour cochée –, quelle serait la prochaine étape pour envoyer des humains ?
La Nasa a en partie répondu à la question dès 2014, dans une étude de la National Academy of Sciences intitulée Pathways to Exploration… (« Les voies d’exploration »). Le document, qui présente les « objectifs, l’état des capacités techniques et la destination des vols spatiaux habités », qualifie Mars d'« objectif horizon », d'« ultime but ». « C’est-à-dire que l’objectif à l’horizon visible, c’est Mars. Ensuite, on est au-delà de l’horizon, ça veut dire que personne ne sait ce qu’on pourrait imaginer », appuie Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du Système solaire au Centre national d’études spatiales (Cnes).
L’option Vénus, notre plus proche voisine ?
Des projets d’exploration au-delà de la planète rouge ont existé, concernant notamment Vénus, planète la plus proche de la Terre (40 millions de kilomètres au mieux, contre 55 millions de kilomètres pour Mars) mais très inhospitalière. C’est notamment le cas de Vamp, un genre d’avion gonflable pensé par l’industriel Northrop Grumman. Ou de Havoc (High Altitude Venus Operational Concept), un projet proposé en 2014 par la Nasa consistant à envoyer des humains vivre dans des véhicules gonflés dans les nuages de Vénus, à 50 kilomètres d’altitude. « Un endroit où la température est assez clémente », précise l’astrophysicien, auteur de Dernières nouvelles de Mars (2020, éd. Flammarion).
Si un tel projet « n’est pas impossible » mais « complètement anecdotique », selon le spécialiste, il a rapidement été abandonné par la Nasa, qui qualifie Havoc d'« étude interne […] qui n’était pas amenée à devenir une vraie mission pour l’exploration humaine de Vénus ».
La piste des astéroïdes
En dehors de Mars, l’hypothèse la plus envisageable pour des vols habités serait de partir explorer les astéroïdes, notamment pour leur exploitation minière. Avec une question majeure à se poser pour Francis Rocard : « L’un serait-il une perle rare où l’on va trouver des minéraux ou métaux en abondance et très utiles sur Terre ? » La réponse, pour l’instant, penche vers le non : « On a 40.000 météorites dans nos collections, dont une forte proportion de métalliques. Ils sont composés à 80 % de fer et 20 % de nickel qui, sur le plan du business, ne présentent aucun intérêt » car on les trouve déjà en abondance sur Terre.
Il est possible de trouver d’autres matériaux - comme le cobalt (rare sur notre planète) - sur les météorites, mais « on est au niveau du pourcent au mieux. Et derrière, pour les terres rares, on est au niveau du pour mille comme sur Terre », nuance l’astrophysicien du Cnes. Qui tranche : « Aujourd’hui, si on reste dans ces proportions-là, tout ça n’a pas beaucoup de sens sur un plan économique. »
« Il n’y a rien d’autre »
Quant à regarder vers l’Espace plus lointain, il faut là aussi être réalistes au vu des défis technologiques et des distances qui nous séparent des autres planètes du Système solaire : « Pour aller vers Jupiter, on met sept ans. Pour Saturne, huit ou neuf. C’est très long pour des missions habitées », constate Francis Rocard.
Sans compter que les autres planètes ou leurs lunes sont des « milieux très hostiles, très froids ». Le spécialiste du Système solaire donne l’exemple d’humains qui se poseraient sur Europe, une lune de Jupiter : « En deux semaines, ils sont tous morts parce qu’il y a des niveaux de radiations phénoménaux. On n’y enverra jamais personne… » Quant à Ganymède, une autre lune de Jupiter « où il y a moins de radiations », « on ne sait pas très bien ce qu’on y ferait ».
La conclusion est donc sans appel pour l’expert : « Il n’y a pas 36 endroits où on peut envoyer des hommes. Il y a l’orbite basse, la Lune, les astéroïdes - mais c’est un peu anecdotique –, et puis il y a Mars. Point barre. Pour le XXIe siècle, il n’y a rien d’autre. » Quant à anticiper d’éventuelles missions pour le XXIIe siècle, « il faudra se gratter la tête ». A moins qu’à la manière d’Interstellar, un trou de ver nous ouvre la porte vers des univers lointains. Mais ça, c’est du cinéma.



















