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Quand la misogynie en ligne attise la violence au Brésil

« Je m’entraîne au cas où elle dirait non »… Quand la misogynie en ligne attise la violence au Brésil

VIOLENCES FAITES AUX FEMMESDes vidéos devenues virales montrent des hommes en train de frapper et de poignarder des mannequins
Hakima Bounemoura

H. B. avec AFP

Des vidéos montrant des hommes en train de frapper et de poignarder des mannequins avec le slogan « je m’entraîne au cas où elle dirait non » sont devenues virales sur TikTok au Brésil. Au point où certains d’entre eux ont décidé de passer à l’acte…

Jaderluce Anisio de Oliveira affirme que l’agresseur de sa fille, en février dernier, « suivait ce type de contenu » sur les réseaux sociaux. Agée de 20 ans, Alana Anisio Rosa avait poliment refusé les avances d’un homme qui lui envoyait des fleurs et des chocolats. Un mois plus tard, il a fait irruption chez elle et lui a donné une cinquantaine de coups de couteau.

La misogynie en ligne joue « un rôle significatif »

De quoi alimenter l’inquiétude sur ces publications misogynes de plus en plus fréquentes et leur possible impact sur la violence contre les femmes au Brésil, où 1.586 féminicides ont été recensés l’an dernier. Pour Daniel Cara, professeur à l’Université de Sao Paulo, qui mène des recherches sur le masculinisme, ce phénomène présent dans de nombreux pays « légitime et stimule » la violence contre les femmes.

Estela Bezerra, responsable de l’organe étatique chargé de la lutte contre les violences faites aux femmes, estime que la misogynie en ligne joue « un rôle significatif » dans ces actes. « C’est avant tout un discours de haine. Il propage des valeurs qui menacent de ramener notre société à l’ère de la barbarie », explique-t-elle.

Des contenus désormais faciles d’accès

Une étude récente de l’Université fédérale de Rio de Janeiro a montré que 123 chaînes YouTube contenant ce genre de discours avaient atteint 23 millions d’abonnés, soit 18 % de plus qu’il y a deux ans.

Ces contenus, auparavant confinés dans les tréfonds du Web, sont à présent faciles d’accès. Sur certaines plateformes, il est courant que des femmes soient décrites comme « violables » ou non. Les experts sont par ailleurs particulièrement inquiets du fait que de plus en plus d’adolescents ont accès à ces vidéos.

Des propositions de loi en cours

Plusieurs propositions de loi ont été élaborées récemment pour faire face à ce phénomène. Le député de gauche Reimont Luiz Otoni Santa Barbara a présenté un texte visant à criminaliser des contenus qui, selon lui, « entraînent la mort de femmes chaque jour ». Un autre projet adopté au Sénat vise à classer la misogynie comme un crime similaire au racisme, passible de prison ferme.

Les violences sexistes et sexuelles sont de longue date un fléau au Brésil. Mais le président Luiz Inacio Lula da Silva a estimé récemment que « les hommes sont de plus en plus inhumains et violents ».