Réseaux sociaux : « Ras le cul que ces gens ne prennent pas position »… C’est quoi le mouvement « Block out » ?
Make Instagram great again•Depuis dix jours en France, le mouvement « Block out » sur les réseaux sociaux appelle à bloquer les célébrités qui ne prennent pas assez positionLina Fourneau avec Fiona Bonassin
L'essentiel
- Des centaines d’influenceurs et célébrités perdent des abonnés sur les réseaux sociaux face au mouvement « Block out » né sur les réseaux sociaux, qui appelle au blocage massif de célébrités peu engagées sur des causes comme la Palestine ou le Congo.
- Le mouvement est né après que la mannequin Haley Kalik après l’utilisation du son « Let them eat cake » au Met Gala pendant les bombardements à Gaza, provoquant l’indignation et des appels à la « guillotine numérique » des célébrités qui n’utilisent pas leur plateforme pour aider.
- « Aujourd’hui ce qu’on veut sur les réseaux sociaux, c’est quelque chose de beaucoup plus authentique et surtout ce sont des vraies personnes qui sont proches de leur communauté et qui comprennent l’enjeu d’avoir une communauté derrière », résume une internaute sur TikTok.
Des centaines et des centaines d’abonnés en moins en un claquement de doigts. Depuis dix jours, les comptes de célébrités et influenceurs subissent d’énormes pertes face au mouvement « Block out » né sur les réseaux sociaux américains. En France, le phénomène suit sur TikTok où les internautes appellent au blocage massif des célébrités peu engagées, notamment sur la situation en Palestine ou au Congo.
« On en a ras le cul que ces gens ne prennent pas position pour ne pas faire de vague », résume sur son compte TikTok Margaux Sauvage qui a décidé de bloquer 200 célébrités et marques. « Aujourd’hui ce qu’on veut sur les réseaux sociaux, c’est quelque chose de beaucoup plus authentique et surtout ce sont des vraies personnes qui sont proches de leur communauté et qui comprennent l’enjeu d’avoir une communauté derrière », prône de son côté le compte Beyond Inès.
Pour comprendre l’ampleur du mouvement aujourd’hui, il faut revenir à sa genèse. Le 6 mai dernier, sur le tapis vert et blanc du Met Gala, la mannequin Haley Kalik habillée d’une gigantesque couronne de fleurs assortie à une robe fleurie utilise un son viral sur TikTok, « Let them eat cake » [ « Laissez les manger du gâteau »]. S’il est difficile de ne pas voir ici la référence historique « Qu’ils mangent de la brioche », que la légende attribue à Marie-Antoinette pendant la révolution française, la phrase prend encore plus de poids alors qu’au même moment, à des milliers de kilomètres, plusieurs bombardements frappent Rafah, ville au sud de Gaza, qui a depuis été évacuée.
Haley Kalik se défend, mais le mouvement est lancé
Dès la sortie chaotique de la mannequin américaine, sur les réseaux sociaux, les internautes ont appelé à la « guillotine numérique ». « C’est le moment de bloquer les célébrités qui n’utilisent pas leurs ressources pour aider ceux qui en ont besoin. Nous leur avons donné une plateforme, il est de temps de la reprendre », a appelé l’une d’entre eux. Et la sentence devrait commencer par… Haley Kalik.
Face à ce tribunal numérique, la mannequin a supprimé le contenu problématique tout en justifiant avoir été invitée en tant qu’hôtesse et non comme invitée à l’événement jugé élitiste. « Le choix de ce son n’avait aucune signification plus profonde. Je ne l’aurais jamais choisi intentionnellement pour souligner les inégalités de richesse. Je suis une personne normale ».
Trop tard, la guillotine numérique est déjà enclenchée et elle est tranchante. Aux Etats-Unis, une liste des noms à qui s’attaquer est partagée, modifiée, allongée. Parmi eux, l’influenceuse Kim Kardashian, l’acteur Dwayne Johnson ou encore les chanteuses Selena Gomez ou Lana Del Rey. D’après le site Hype Auditor, qui mesure l’audience de l’influence, Kim Kardashian aurait par exemple perdu plus de 826.000 abonnés ce dernier mois, Dwayne Johnson près de 400.000 et jusqu’à un million pour Selena Gomez.
En France, d’autres noms circulent comme les influenceurs Tibo InShape et Léna Situations, l’humoriste Jamel Debbouze ou l’animateur Cyril Hanouna. Des marques sont également citées comme McDonald’s ou Coca. Le mouvement étant arrivé plus tard, son impact n’est pour le moment pas quantifiable en France.
Mais pourquoi bloquer quand on peut simplement se désabonner ? Pour de nombreux adeptes, l’action est plus efficace pour faire disparaître les contenus du fil Instagram avec une chute majeure sur les statistiques du compte.
« On ne peut plus fermer les yeux »
Depuis le lancement du mouvement en France, un compte « Block out 2024 » a même vu le jour sur Instagram et publie quotidiennement des personnalités jugées trop timides quant à leur engagement. Les militants sur les réseaux sociaux ont également pris part au mouvement, à l’instar de Sid, suivie par un peu moins de 10.000 abonnés.
Prenant l’exemple du rappeur Macklemore qui a sorti récemment un son en soutien à la Palestine et dont les bénéfices seront reversés à l’UNRWA, Sid s’interroge sur la faible quantité de célébrités qui s’engagent. « On ne peut plus fermer les yeux sur le fait qu’il y a tellement de possibilités pour être une meilleure personne et utiliser ses privilèges à bon escient », souligne-t-elle, auprès de 20 Minutes.
Mais que répondre à une mannequin comme Hailey Kalik qui se dit pas « assez informée » pour prendre position ? « Quand un influenceur vend un produit cosmétique en expliquant à quel point il est révolutionnaire et en utilisant des termes très scientifiques, il n’est souvent pas allé vérifier si c’était vrai en pharmacie. Cela ne l’a pas empêché de vendre le produit », tranche Sid qui insiste sur le fait qu’elle ne demandera pas aux célébrités de se positionner et de dire « il faut voter à droite ou à gauche ».
Mais pour elle, un vidéaste comme Squeezie, suivi par 18 millions d’abonnés sur YouTube, a une force de frappe importante. « Un dixième de la population française est abonné à lui. Tu ne peux pas ne pas dire avec ce statut-là, à l’approche des élections européennes : "Les jeunes, les adultes, n’oubliez pas d’aller voter". Tu ne peux pas avoir ce rôle de modèle et ne pas en prendre les inconvénients. »
Depuis quelques jours, certains semblent réagir, à l’instar de Léna Situations qui a publié sur ces storys deux cagnottes en faveur de la Palestine. « L’opportunisme n’est pas de l’humanisme ou du militantisme », a directement réagi un internaute sur X. La militante Sid est plus nuancée. « Il faut mettre la pression pour que ces gens-là parlent, ça, je suis d’accord. Mais quand ils ont parlé, il ne faut pas venir ensuite les harceler ».



















