Scénographie minimaliste, posé devant un ordinateur… Mais de qui se moque Justin Bieber à Coachella ?
Après quatre ans d’absence en raison de problèmes de santé, Justin Bieber a fait son retour avec un concert d’une heure et demie au festival de CoachellaFiona Bonassin
L'essentiel
- Justin Bieber a livré un set ultra-sobre à Coachella : sweat à capuche, short, bottes de pluie et un simple ordinateur posé sur une table. Pendant une heure trente, il a surfé sur YouTube, diffusé ses anciens clips et chanté en karaoké avec ses fans.
- Pour ce show, Bieber est devenu l’artiste le mieux payé de l’histoire de Coachella. Cela a provoqué de vives critiques sur les réseaux : beaucoup y voient une « arnaque » ou un exemple de « privilège masculin ».
- Pour ses fans, ce concert était touchant, authentique et thérapeutique : un hommage à ses débuts sur YouTube, une pause dans la surenchère du spectacle et un moment de nostalgie sain après ses problèmes de santé.
Dans la nuit de samedi à dimanche, Justin Bieber est enfin remonté sur scène pour un concert. Un évènement attendu par les Beliebers (les fans du chanteur) du monde entier mais qui était un poil trop minimaliste. Vêtu d’un sweat à capuche, d’un short et de bottes de pluie au festival de Coachella, l’interprète de Baby voulait retracer ses vingt années de carrière.
Mais sa prestation a plus divisé qu’autre chose. Certains y ont vu une performance artistique intelligente et novatrice tandis que d’autres considèrent le spectacle comme une énorme arnaque. Avec un cachet de plus de 10 millions de dollars pour deux shows, le Canadien est devenu l’artiste le mieux payé de l’histoire du festival. Pour quoi ? Pour offrir aux fans un shoot de nostalgie.
10 millions de dollars pour un karaoké
Dans le désert californien, tandis que Sabrina Carpenter a livré la veille un spectacle hollywoodien avec changements de tenues Dior et chorégraphies millimétrées, Justin Bieber est arrivé lui, en pull, short et lunettes de soleil, comme s’il venait de sortir du lit après ou d’une grosse soirée. Au programme : pas de pyrotechnie, pas de danseurs, pas de grand décor. Pendant une heure trente, le chanteur déambule sur scène capuche sur la tête. Bienvenue dans le set le plus « anti-Coachella » de l’histoire du festival. Mais si les artistes ont le droit de miser sur des prestations sobres et sans surenchères, les fans sur les réseaux sociaux regrettent surtout les trente dernières minutes. Bieber s’est assis au milieu de son concert pour diffuser des extraits de ses anciens tubes, comme Baby et Never Say Never directement depuis YouTube sur son ordinateur portable tout en chantant par-dessus. La main stage du festival est alors devenue un karaoké géant, pour le plus grand plaisir des Américains et des touristes.
A première vue, la prestation du chanteur est vite oubliable. Faute de matière artistique, les internautes se concentrent sur la question suivante : une femme pourrait-elle faire pareil sans être insultée ? Sur X, les avis sont partagés, certains estiment que « les artistes féminines se donnent à fond : performances aériennes, notes aiguës, feux d’artifice, tenues… Pendant ce temps, Justin Bieber, l’artiste le mieux payé de Coachella, se contente d’un simple tee-shirt, de regarder des vidéos YouTube et s’en sort quand même ? Inversez les rôles et une femme se ferait immédiatement lyncher. » mais aussi que l’âge du père de famille n’est pas une excuse, « Des fans défendent la performance médiocre de Justin Bieber à Coachella, en disant qu’il a 32 ans et que c’est normal de ne plus avoir la même énergie. Pendant ce temps, Lady Gaga, à 40 ans, brille toujours autant ». La question de l’âge ne semble pas être un argument qui tienne la route. A 34 ans Taylor Swift met le paquet sur la scénographie et Adèle qui chante des musiques douces et romantiques s’amuse avec enthousiasme du haut de ses 37 ans.
Une critique du monde du spectacle ?
Mais loin de Coachella, sur X les Beliebers sont ravis. Nombre d’entre eux ont exprimé leur enthousiasme sur les réseaux sociaux, saluant le concert « apaisant » et empreint de nostalgie. Sur le réseau d’Elon Musk on peut lire : « Beaucoup trouvent son retour peu énergique ou décevant. Mais pour moi, c’était le retour le plus sain pour Justin. Il n’a pas forcé le trait au risque de s’épuiser à nouveau. Au lieu de cela, il s’est replongé dans son passé, en regardant de vieilles vidéos YouTube, en chantant en duo avec son jeune lui, et en mêlant nostalgie et nouveauté. »
On peut y voir une belle déclaration d’amour à ses racines et à ses fans. Bieber a été découvert sur Internet. En installant un ordinateur sur scène, l’artiste retrouve le gamin qui chantait pour s’amuser depuis son salon. En 2026, après des années loin des projecteurs, des problèmes de santé et une nouvelle vie de père, il refuse de se conformer à la surenchère du festival. A Coachella tout est dans le paraître et l’opulence. Il offre un moment intime et presque thérapeutique. Sa voix est belle, les invités apportent des moments inédites et les morceaux de ses derniers albums Swag et Swag II lui ressemblent plus que ses tubes d’antan.
Alors Justin Bieber se moque-t-il du public ? Ou se moque-t-il surtout de l’industrie qui exige toujours plus de spectacle, plus de paillettes, plus d’artifice ? En refusant de jouer le jeu du « plus gros, plus cher, plus visuel », il rappelle que son histoire a commencé par une webcam et des rêves. On peut se demander s’il n’a pas utilisé cette tribune artistique pour se moquer de lui-même en revisitant ses vieux clips et ses moments gênants. Si le set a divisé comme rarement, les vrais Beliebers ont adoré ce voyage dans le temps. Dans un festival où tout est calibré pour devenir viral, Bieber a réussi le coup de maître : faire le buzz en faisant… presque rien. Sera-t-il de retour sur la scène principale de Coachella samedi 18 avril avec la même (absence de) scénographie ? Peut-être qu’il se connectera à son compte Spotify cette fois-ci.



















