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Immersion dans le club très privé de Bluesky, le concurrent de Twitter

Concurrent de Twitter, le réseau social Bluesky est très sélect'… et surtout très vide

j’ai testé pour vousOn a réussi à (enfin) accéder au réseau social Bluesky, le concurrent direct de Twitter
Lina Fourneau

Lina Fourneau

L'essentiel

  • Face à la potentielle fin de Twitter, certains internautes se tournent vers le nouveau réseau social Bluesky, créé et financé par Jack Dorsey en 2019 alors qu’il dirigeait encore Twitter.
  • Le réseau social est pour le moment très fermé. On y rentre soit en s’inscrivant sur une liste d’attente, soit grâce à une invitation. En somme, une sorte de parrainage digne de la plateforme « Gens de confiance ».
  • Mais qu’est ce qui change vraiment par rapport à Twitter ? On a poussé la porte du club très select des « Skyos », les nouveaux « Twittos ».

Ce soir, c’est le grand soir. Au placard les pantoufles et à nous les talons de vingt centimètres et la robe trop serrée. Le rédac chef vient d’appeler, il faut absolument aller tester LE nouveau réseau social en vogue en ce moment, « Bluesky », le concurrent de Twitter (enfin X, mais désolé on ne s’y fait pas à ce nouveau nom). Et devinez qui est aux manettes ? Le cofondateur et ancien patron de Twitter, Jack Dorsey, himself. Et il se pourrait bien que le nouveau réseau social - créé en 2019 alors que Jack Dorsey était encore dans l’entreprise - devienne le nouveau club branché laissant à l’abandon les aficionados de Twitter.

Mais voilà Bluesky est pire que le dernier club select du 9e arrondissement de Paris. Il faudrait soit s’inscrire sur une longue très longue liste d’attente (d’un million de candidats, selon Forbes), soit connaître la personne tendance qui y serait déjà pour recevoir le graal : le code d’invitation. Mais l’attente sur la liste étant aussi longue que la queue du Divan du monde un samedi soir, l’impatience se fait sentir. Qui aurait vraiment envie de rester des heures dehors pour recevoir l’affront du « désolé, mais ça va être possible ». Toutefois, les miracles arrivent et un code d’invitation nous est envoyé comme par magie. Le videur pousse la porte de Bluesky et un nouveau monde s’offre à nous.

Twitter, sans Twitter

Enfin nouveau, tout est relatif, car Bluesky semble reprendre les exacts mêmes codes que Twitter. Même décor, même programme. On peut interagir, aimer des publications, ou les partager. Mais l’ambiance n’est pas forcément la même. Exit ici tous les relous, les trolls et autres cyberharceleurs. Pour l’instant, Bluesky se veut être une « safe place » où toutes remarques déplacées seraient bannies des « skeete » (les nouveaux « tweets »). Autre différence - à l’image de Mastodon - Bluesky se veut « décentralisé » : chaque invité peut créer son propre serveur.

Et puis il y a quelques changements plus subtils qui font en fait une grosse différence. Plus question ici de parler « des trending topics », tout fonctionne par « feeds ». Du balai donc l’algorithme Twitter qui sélectionnait seulement les sujets selon la localisation et des critères plus ou moins inconnus, Blue Sky préfèrent « des feeds » qui correspondent aux thématiques recherchés par le « skyos ». Mais n’était-ce pas les tendances des sujets qui créaient justement les débats ? Force est de constater que les débats autour de l’actualité persistent toujours sur le réseau d’Elon Musk, alors que les serveurs de Bluesky restent globalement vides en contenus. Au hasard, prenons le débat peu utile de « l’abaya » qui pourtant a marqué la rentrée, avec l’interdiction annoncée par le ministre Gabriel Attal dans les établissements scolaires. Alors que le terme récolte près de 32.000 mentions à ce jour sur Twitter et se place parmi les tendances, sur Bluesky, l’intérêt est moindre et se concentre uniquement autour d’une trentaine de posts.

Ehoh il y a quelqu’un ?

Il semble surtout que - pour le moment - la piste de danse de Bluesky est bien vide. Certains tentent quelques pas, mais l’ambiance ressemble davantage à un entre-soi entre journalistes un peu geek et experts du numérique. Pourquoi pas après tout et puis les autres invités ne devraient pas tarder à arriver. Même si un doute persiste : les Twittos quitteront-ils réellement leur ancien établissement adoré pour se laisser tenter par la nouveauté ?

Difficile de dire pour le moment si ce vide est un problème lié à la construction du réseau social ou s’il faut juste être patient. Peut-être faut-il attendre que le réseau social se forme un peu et que Bluesky dépasse ce système d’invitations pour ouvrir ses portes à tous. Après tout, tout réseau social débute de la même façon pour entretenir « la fame » et Twitter est également passé par là à ses débuts. Mais pour le moment on nous appelle sur la piste, le DJ de Bluesky passe une dédicace à tous les Twittos encore indécis, « Partir un jour » des 2Be3. « Partir un jour sans retour. Effacer notre amour. Sans se retourner ».