Droit à l’avortement au Texas : Site bloqué, raid numérique, vidéos sur TikTok… La riposte numérique s’organise

IVG Après l’entrée en vigueur d’une loi qui interdit la majorité des interruptions de grossesse au Texas, le monde de la tech se mobilise

H. B.
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Manifestation contre l'interdiction de l'avortement au Texas en mai 2021.
Manifestation contre l'interdiction de l'avortement au Texas en mai 2021. — Zuma / Starface

La riposte s’organise sur Internet et les réseaux sociaux, après l’entrée en vigueur d’une loi qui interdit les interruptions de grossesse à partir de six semaines au Texas (sud des Etats-Unis). Un site Web, qui encourage le public à dénoncer des avortements illégaux, s’est vu notifier de son éviction par son hébergeur Internet.

Le fournisseur de services en lignes GoDaddy a informé jeudi le site prolifewhistleblower.com - mis en place par le groupe texan anti-avortement Right to Life (« droit à la vie ») pour récolter des « tuyaux » ou des dénonciations concernant des personnes et organisations qui aideraient une femme à se faire avorter – qu’il enfreignait son règlement et qu’il avait « 24 heures pour changer d’hébergeur ».

Le site inondé de fausses dénonciations

Des internautes, encouragés par des organisations de défense des droits humains, ont par ailleurs organisé un raid numérique en inondant le site de fausses dénonciations. Sur les réseaux sociaux, comme TikTok, Instagram ou Reddit, des activistes ont fait part de leurs efforts pour créer des robots qui bombardent le site.

Dans sa vidéo publiée sur TikTok, @black_madness21 a mis en place un code informatique permettant d’envoyer un grand nombre de faux rapports automatiquement. Il a d’ailleurs réussi à en envoyer 300 avant que son adresse IP ne soit bloquée. « Moi, en train de déposer mon 647e faux rapport », peut-on également dans une autre vidéo postée sur un autre compte TikTok.

Bumble et Match group vont créer « des fonds de soutien »

Uber et Lyft, les deux leaders américains des réservations de voitures avec chauffeur, ont de leur côté annoncé vendredi qu’ils couvriraient les frais légaux des conducteurs, en cas de dénonciation contre eux dans le cadre de la nouvelle loi.

Bumble et Match group (Tinder, OkCupid…), dont les sièges se trouvent au Texas, vont quant à eux créer des fonds de soutien. L’application de rencontres en ligne Bumble veut ainsi « soutenir les droits et des femmes et personnes qui veulent avorter au Texas », a tweeté jeudi l’entreprise fondée et dirigée par des femmes.

« Notre société ne prend d’ordinaire pas parti politiquement, à moins que cela ne concerne nos affaires. Mais dans ce cas, moi, personnellement, en tant que femme au Texas, je ne pouvais pas rester silencieuse », a de son côté écrit Shar Dubey, la patronne de Match, dans un mémo interne relayé sur Twitter. « Tout le monde doit bien voir le danger posé par une loi aussi punitive et injuste que celle-ci, qui ne fait même pas d’exception pour les victimes de viol ou d’inceste. Je détesterais que notre Etat fasse un tel pas en arrière dans les droits des femmes », a-t-elle ajouté.

La loi entrée en vigueur mercredi interdit d’avorter dès que les battements de cœur de l’embryon sont détectés, soit à environ six semaines de grossesse, quand la plupart des femmes ignorent être enceintes. Seule l’urgence médicale justifie une exception. Jusqu’à présent, les textes similaires d’autres Etats américains avaient été invalidés en justice, mais cette fois-ci la Cour suprême fédérale a refusé de bloquer la loi. Selon la législation texane, il ne revient pas aux autorités de faire respecter la mesure, mais aux citoyens, encouragés à porter plainte au civil.