Suspension de Donald Trump, désinformation… Facebook mis face à ses responsabilités par son conseil de surveillance

WEB Le conseil de surveillance du réseau social a confirmé la suspension de Donald Trump mais Facebook devra réexaminer sa décision dans les six mois et étudier son rôle dans la propagation de la désinformation sur l’élection américaine

P.B.

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Facebook a six mois à partir du 5 mai 2021 pour décider de l'avenir du compte de Donald Trump, qui reste suspendu dans l'immédiat.
Facebook a six mois à partir du 5 mai 2021 pour décider de l'avenir du compte de Donald Trump, qui reste suspendu dans l'immédiat. — SOPA Images/SIPA

La décision n’est pas sans une certaine ironie. Alors que Facebook a dépensé 130 millions de dollars pour créer une instance relativement indépendante chargée de trancher les questions de modération les plus sensibles, le conseil de surveillance du réseau social a renvoyé la balle Donald Trump à Mark Zuckerberg. Car si les sages ont confirmé, mercredi, la suspension de l’ancien président pour avoir « encouragé et légitimé la violence » lors de l’attaque du Capitole, il ne s’agit que d’une décision temporaire. Facebook devra décider sur le fond dans les six mois, mais aussi examiner sa part de responsabilités dans la propagation de la désinformation liée à l’élection avant le 6 janvier.

Facebook devra trancher le cas Donald Trump dans les six mois

Pour le conseil, malgré la liberté d’expression, suspendre Donald Trump après les émeutes du 6 janvier était « la bonne décision ». En appelant ses supporters à rentrer chez eux tout en parlant « d’élection volée » dans une vidéo diffusée plusieurs heures après le début de l’attaque, puis en les qualifiant de « grands patriotes » et en leur disant « We love you, you’re very special », l’ancien président américain a « encouragé et légitimé la violence ; une suspension était nécessaire pour préserver la sécurité publique », écrivent les sages.

Ce qui coince, c’est que Facebook l’a ensuite suspendu indéfiniment, une sanction qui n’existe pas dans sa charte. Une décision prise « sans qu’aucun critère ne puisse être examiné par des utilisateurs ou des observateurs externes ». Le conseil donne six mois à Facebook pour réexaminer le dossier et choisir entre trois options : une suspension limitée dans le temps, en la justifiant, un retour sur le réseau ou son éviction pure et simple, en effaçant son compte. En clair, Mark Zuckerberg va devoir prendre ses responsabilités.

Examen de conscience autour de l’élection

Si la décision sur Donald Trump est contraignante, le conseil a également adressé ses recommandations à Facebook. Notamment de procéder à une « évaluation complète de ses potentielles contributions au fil narratif de la soi-disant fraude électorale et dans l’exacerbation des tensions qui ont culminé dans les violences du 6 janvier ». Facebook a notamment laissé les groupes « Stop the steal » pulluler et Donald Trump donner rendez-vous à ses supporteurs en leur promettant que ça serait « wild » («fou »).

Réfléchir à la modération des chefs d’Etat

Le conseil ne recommande pas de modérer les comptes des chefs d’Etats avec des règles différentes. Mais « les utilisateurs influents suivis par de larges audiences peuvent contribuer davantage au risque de violence », estime le rapport. Qui note que Donald Trump a dérapé à plusieurs reprises sans être sanctionné, notamment lors des manifestations antiracistes, en écrivant « quand les pillages commencent, les tirs commencent ». En cas de danger imminent, Facebook doit suspendre un compte, et en cas de récidive, ne pas hésiter « à effacer une page ». Le message est passé.