Facebook : La suspension de Donald Trump confirmée, « une honte absolue » selon l'ex-président

LIBERTE D'EXPRESSION Les sages de Facebook ont estimé que la suspension de l’ancien président américain après l’attaque du Capitole était justifiée. Mais elle fera l'objet d'un réexamen dans les six mois

P.B. et J.B. avec AFP

— 

L'ex-président américain avait été écarté du réseau social après les incidents au Capitole.
L'ex-président américain avait été écarté du réseau social après les incidents au Capitole. — SOPA Images
  • Facebook avait suspendu le compte de l'ancien président républicain le 7 janvier dernier, au lendemain de l’attaque du Capitole, à Washington.
  • Ce mercredi, le conseil de surveillance de Facebook, qui avait été saisi du dossier, a jugé cette suspension justifiée. Mais il rejette le fait qu’elle soit « illimitée ».
  • Facebook a donc six mois pour réexaminer le cas de Donald Trump et, de manière plus générale, pour revoir sa politique de sanctions concernant les contenus.

Il ne va pas retrouver son mégaphone. Suspendu indéfiniment de Facebook et d’Instagram à la suite de l’attaque contre le Capitole pour avoir enfreint la charte de l’entreprise, Donald Trump reste persona non grata sur le réseau social. Mercredi, le conseil de surveillance de Facebook, dont les décisions sont contraignantes, a tranché en défaveur de l’ancien président américain, dont la page est suivie par 35 millions de personnes.

« Une honte absolue » pour Donald Trump, qui a réagi dans un communiqué quelques heures plus tard. « Ce que Facebook, Twitter et Google ont fait est une honte absolue. On a retiré la liberté d’expression au président des Etats-Unis parce que des fous de la gauche radicale ont peur de la vérité mais la vérité sortira de toute façon, plus grande et plus forte que jamais », a-t-il ajouté en référence à ses accusations de fraudes électorales.

Facebook avait suspendu le républicain le 7 janvier, estimant que la vidéo publiée la veille, dans laquelle il appelait ses supporteurs à rentrer chez eux tout en répétant que l’élection avait été « volée », risquait « d’augmenter le risque de violences ».

« Violation grave aux règles de Facebook »

Cette interprétation a été validée ce mercredi. En effet, selon Thomas Hughes, directeur du conseil de surveillance, « les actions du président Trump sur les réseaux sociaux ont encouragé et légitimé la violence, et ont constitué une violation grave aux règles de Facebook […]. En entretenant un récit infondé de fraude électorale et en lançant des appels persistants à l’action, Donald Trump a créé un environnement susceptible d’engendrer un risque sérieux de violence. La décision de Facebook de suspendre le président le 7 janvier était la bonne », a-t-il justifié.

Via un communiqué diffusé peu après cette annonce, l’ex-locataire de la Maison Blanche a répété ses accusations – non fondées – de fraudes lors de l’élection. Il s’en est pris à Liz Cheney, parlementaire républicaine, parce qu’elle « continue » selon lui d’affirmer « bêtement qu’il n’y a pas eu de fraude électorale lors de l’élection présidentielle de 2020 alors qu’en fait, les preuves (…) démontrent le contraire ». Auparavant, son ancien chef de cabinet, Mark Meadows, avait condamné la décision du conseil de surveillance de Facebook sur Fox News, estimant que cela aurait un effet dissuasif sur la liberté d’expression. « C’est un triste jour pour l’Amérique, c’est un triste jour pour Facebook », a-t-il déclaré.

Une décision à réexaminer dans les six mois

Si la suspension de Trump était donc la bonne décision à prendre selon le conseil, sa durée, elle, n’est pas jugée appropriée. En clair, le conseil regrette que Facebook​ n’ait pas appliqué l’une de ses sanctions existantes pour les violations graves. Il n’accepte pas cette mise au ban « illimitée », qui ne figure pas dans sa politique de modération.

Le conseil appelle donc Facebook à réexaminer cette peine arbitraire, afin d’en appliquer une conforme à ses règles, et ce d’ici à six mois. Il faudra alors décider sur Donald Trump est réintégré, banni définitivement, ou suspendu une nouvelle fois pour une durée limitée. « Toute personne préoccupée par le pouvoir de Facebook devrait s’inquiéter du fait que l’entreprise prenne des décisions en dehors de ses propres règles », a notamment commenté Thomas Hugues.

Cour suprême de Facebook

Ce délai de six mois accordé à Facebook doit par ailleurs lui permettre de mettre en œuvre la feuille de route présentée ce mercredi par le conseil de surveillance. Parmi les recommandations, figure le fait que si un chef d’État ou un haut fonctionnaire publie « de manière répétée des messages qui présentent un risque de préjudice », Facebook devra soit suspendre son compte pour une période définie, soit le supprimer.

Autre requête : que Facebook publie un rapport complet sur sa « contribution potentielle » au « récit de la fraude électorale » relayé par Donald Trump, et qui a conduit aux incidents du 6 janvier dans la capitale fédérale américaine. Facebook devra aussi, toujours dans les six mois, revoir sa politique relative aux situations de crise, avec notamment l’obligation de réexaminer toute décision dans un délai déterminé. Enfin, et cela semble résumer la pensée générale du conseil : Facebook va devoir « expliquer son processus de sanctions, en donnant plus d’informations aux utilisateurs ».

Dans un communiqué, Nick Clegg, le vice-président de Facebook en charge des relations publiques, s’est déclaré « satisfait » de la décision du conseil de surveillance, qui a selon lui « reconnu que des circonstances sans prédécent avaient justifié cette mesure exceptionnelle » prise courant janvier. Prenant acte des recommandations de conseil, Facebook va maintenant s’atteler à « mener une action claire et proportionnée », a-t-il ajouté.

Twitter et YouTube aussi

Ce conseil de surveillance avait été saisi du dossier après l’attaque du Capitole. Plus de 9.000 contributions d’internautes ont été examinées par les 20 sages. Créée l’an dernier, cette « Cour suprême de Facebook » est coprésidée par l’ancienne Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt. Elle comprend principalement des juristes (juges, avocats, professeurs de droit), mais aussi des activistes et des défenseurs de la liberté d’expression.

Egalement suspendu par Twitter et YouTube (la plateforme vidéo attend que « le risque de violence diminue » avant d’autoriser son retour), l’ancien président américain, qui accuse les Gafa de censurer les voix conservatrices, a évoqué la possibilité de créer son propre réseau social. Mardi, il a lancé ce qui est essentiellement un blog avec ses derniers communiqués de presse. Son conseiller Jason Miller a toutefois assuré qu’il ne s’agissait « pas d’une nouvelle plateforme », promettant des informations sur ce front dans un « futur proche ».