OL : Pourquoi Sonia Bompastor et son « ADN lyonnais » a-t-elle été choisie pour relancer le club ?

FOOTBALL FEMININ A 40 ans, l’ancienne capitaine lyonnaise, deux fois sacrée en Ligue des champions, est devenue mardi, et jusqu’en 2023, la nouvelle coach d’un OL au bord d’une première saison sans titre depuis quinze ans

Jérémy Laugier

— 

Sonia Bompastor, ici lors de sa présentation devant la presse, mardi au centre d'entraînement de l'OL. PHILIPPE DESMAZES
Sonia Bompastor, ici lors de sa présentation devant la presse, mardi au centre d'entraînement de l'OL. PHILIPPE DESMAZES — AFP
  • « Sensibilisés » par l’élimination de l’OL dès les quarts de finale de la Ligue des champions, Jean-Michel Aulas et son directeur général du football Vincent Ponsot ont officiellement remplacé mardi Jean-Luc Vasseur par Sonia Bompastor.
  • L’ancienne capitaine emblématique de l’OL, lors des deux premiers titres européens en 2011 et 2012, vient de s’engager jusqu’en juin 2023 avec le club lyonnais.
  • Directrice de l’académie de l’OL depuis 2013, Sonia Bompastor (40 ans) va vivre sa première expérience en tant que numéro un sur un banc de touche, avec un profil de coach-manager qui a séduit les dirigeants.

Quatre entraîneurs en quinze ans, avec des cycles d’au moins deux saisons complètes. Plus encore que chez les garçons, Jean-Michel Aulas ne s’était jamais distingué par des changements brutaux sur le banc de touche en cours d’exercice depuis la naissance de l’OL féminin en 2004. Ça, c’était avant d’être « sensibilisé » par l’élimination prématurée en Ligue des champions, le 18 avril contre le rival parisien, après cinq sacres de rang, et une deuxième place inhabituelle en D1, à cinq matchs de la fin. « Ce n’est pas l’habitude de la maison mais l’enjeu vaut vraiment la prise de décision, c’est une intime conviction », a révélé mardi le président lyonnais, au moment de justifier « la fin de la collaboration » avec Jean-Luc Vasseur, à deux mois du terme de son contrat.

Pourquoi cet inattendu timing ? Car JMA mise sur la dimension « psychologique » que peut apporter un changement d’entraîneur, avant la véritable « finale » du championnat, le 29 mai contre le PSG. Une revanche dans ce choc serait quasiment synonyme de 15e titre national consécutif. « Une saison sans trophée pour l’OL féminin, ça serait vraiment spécial, évoque Patrice Lair, ancien entraîneur de l’OL de 2010 à 2014. Il fallait donc bien tenter quelque chose… »

« Notre jeu s’était probablement délité »

Et ce surtout en raison d’une solution en interne qui semble avoir tout pour faire l’unanimité au sein du club, à savoir cette nomination, dès mardi, de la directrice de l’académie féminine lyonnaise Sonia Bompastor (40 ans), et ce jusqu’en juin 2023. « Notre jeu s’était probablement délité depuis un certain nombre de saisons », reconnaît Jean-Michel Aulas, qui vise « un supplément d’âme » et « un levier différent » en offrant un premier poste sur un banc à l’ancienne latérale de l’OL, de 2006 à 2009 puis de 2010 à 2013.

Après huit années à la tête de l'académie du club, Sonia Bompastor a été nommée mardi coach principale de l'OL par Jean-Michel Aulas et Vincent Ponsot. PHILIPPE DESMAZES
Après huit années à la tête de l'académie du club, Sonia Bompastor a été nommée mardi coach principale de l'OL par Jean-Michel Aulas et Vincent Ponsot. PHILIPPE DESMAZES - AFP

« On souhaitait mettre un ADN OL à cette équipe, qui est probablement la meilleure du monde, avec une des joueuses les plus prestigieuses de ce club », résume JMA, même s’il songeait récemment plutôt à un rôle de « directrice technique de l’OL » pour Sonia Bompastor. C’est donc une trajectoire à la Rémi Garde qui se concrétise pour celle qui a été à la tête de la formation féminine lyonnaise depuis huit ans. En début de saison, elle avait confié au directeur général du football de l’OL Vincent Ponsot qu’elle pensait « avoir fait le tour du projet à l’académie ».

« Joueuse, elle était déjà très pointilleuse tactiquement »

Ce « mariage parfait » (dixit Sonia Bompastor) entre le club et elle, beaucoup l’imaginaient être célébré bien plus tôt. « Elle a toujours eu un gros mental, du caractère et du charisme, je pensais donc franchement qu’elle allait me succéder sur le banc de touche », se souvient Patrice Lair. En 2014, soit un an après la retraite sportive de la talentueuse gauchère, le choix de Jean-Michel Aulas s’était finalement porté sur Gérard Prêcheur (de 2014 à 2017). « J’avais eu vent d’échos mais Sonia avait été claire avec moi : elle ne se sentait pas encore prête, rapporte Gérard Prêcheur. Sa saison comme assistante avec moi [en 2014-2015] et sa longue expérience à l’académie ont été une bonne transition. »

En mai 2012, Sonia Bompastor a soulevé pour la deuxième fois dans l'histoire de l'OL la Ligue des champions, aux côtés de Sarah Bouhaddi.
En mai 2012, Sonia Bompastor a soulevé pour la deuxième fois dans l'histoire de l'OL la Ligue des champions, aux côtés de Sarah Bouhaddi. - Matthias Schrader/AP/SIPA

Difficile de trouver quelqu’un pour émettre des doutes quant à la réussite de la capitaine lors des deux premières Ligues des champions remportées par l’OL, en 2011 et 2012. « Joueuse, elle était déjà très pointilleuse tactiquement », se souvient Patrice Lair, qui s’était démené pour la faire revenir à Lyon en 2010, tout comme sa nouvelle adjointe Camille Abily, alors qu’elle était partie un an plus tôt dans le championnat américain puis au PSG, brouillée avec l’entraîneur lyonnais de l’époque Farid Benstiti. Un autre clash, quelques années plus tard, avec le sélectionneur tricolore Bruno Bini, en dit long sur le caractère bien trempé de l’intéressée. Gérard Prêcheur, qui l’a aussi eue comme élève au pôle France de Clairefontaine à la fin des années 1990, confirme.

Ce n’est pas dans sa nature de faire du conventionnel. Elle avait suffisamment de personnalité pour exprimer son opinion quand elle n’était pas d’accord avec moi. Et puis c’est une compétitrice avec un tempérament de leader, et quelqu’un de loyal. »

Une académie lyonnaise sous-exploitée ?

Quelqu’un capable de rappeler à son président l’importance de « faire de la place », dans un dense effectif professionnel, aux joueuses les plus prometteuses de l’académie. « C’est important qu’elle défende ses idées, apprécie Patrice Lair. Son arrivée est une bonne nouvelle pour la formation lyonnaise car elle va chercher à s’appuyer sur les jeunes du club. Il y a selon moi beaucoup trop d’étrangères dans l’effectif de l’équipe première. »

Depuis huit ans et la prise de fonction de Sonia Bompastor à l’académie, seules Delphine Cascarino, Selma Bacha et Melvine Malard ont véritablement intégré l’équipe professionnelle. En attendant d’allonger cette liste, la nouvelle coach de l’OL a détaillé ses premiers chantiers, dans une fin de saison qui pourrait être la première sans trophée pour le club depuis 2005-2006.

« Il faut retrouver l’identité du jeu à la lyonnaise »

« On a une équipe pour aller chercher le titre, c’est bien évidemment l’objectif prioritaire, assume-t-elle. Il faut relancer une dynamique, et retrouver l’identité du jeu à la lyonnaise. Ça fait partie de ma philosophie : mettre en place un projet de jeu ambitieux, qui redonne la notion de plaisir aux joueuses. L’OL doit gagner avec un jeu de possession, en repartant court de derrière, en mettant beaucoup d’énergie collective, avec un état d’esprit conquérant ». Autant de principes égarés à l’OL depuis 2017, avec Reynald Pedros puis surtout avec Jean-Luc Vasseur.

Vendredi (18h30) contre Le Havre, les joueuses de l’OL seront donc, pour la première fois dans l’histoire du club, entraînées par une femme. « Sonia est faite pour ça, nous en sommes convaincus depuis longtemps, martèle Vincent Ponsot. C’est une ancienne joueuse, elle a un palmarès, elle sait ce qu’est la culture de la gagne, elle a l’ADN OL, toutes les cases sont remplies. » Sonia Bompastor a cinq matchs pour éviter une retentissante saison blanche à son « club de cœur ».