« Cette attitude est irresponsable et dangereuse »… Twitter poursuivi en justice pour son inaction face aux propos haineux

MODERATION L’Union des étudiants juifs de France (UEJF), SOS Racisme, le Mrap, la Licra, J’accuse et SOS Homophobie estiment que la plateforme manque à ses obligations en matière de modération des contenus

H. B.
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Le logo de Twitter.
Le logo de Twitter. — SOPA Images/SIPA
  • Après l’échec de la médiation entreprise avec Twitter, plusieurs associations antiracistes ont décidé de poursuivre le réseau social en justice pour son inaction face aux propos haineux.
  • Selon une étude menée du 17 mars au 5 mai 2020 par ces associations, « le nombre de contenus racistes en ligne a augmenté de 40,5 %, celui des contenus antisémites de 20 % et celui des contenus LGBTphobes de 48 % ».
  • « Twitter ne démontre aucune volonté réelle de lutter contre la haine sur sa plateforme. Nous souhaitons que le réseau social se soumette à la loi française », explique Noémie Madar, présidente de l’UEJF.

L’audience est fixée au 26 mai prochain. Après l’échec de la médiation entreprise avec Twitter, plusieurs associations antiracistes ont décidé de poursuivre le réseau social pour son inaction face aux propos haineux. L’Union des étudiants juifs de France (UEJF), SOS Racisme, le Mrap, la Licra, J’accuse ou encore SOS Homophobie estiment que la plateforme manque à ses obligations en matière de modération des contenus.

« Nous avons mis fin à cette médiation - qui avait été proposée en octobre dernier par la justice - parce que nous n’avons pas obtenu de réponses à nos questions. Nous retournons donc devant le juge pour réclamer des informations concernant les moyens mis en œuvre pour la modération sur Twitter », explique à 20 Minutes Noémie Madar, présidente de l’UEJF. « Cette médiation ne pouvait satisfaire à l’objectif légitime d’information du public quant aux moyens matériels et humains affectés à la régulation et n’offrait aucune perspective concrète d’amélioration à court ou moyen terme », indique également le communiqué publié par les associations.

« Twitter doit se soumettre à la loi française »

« Neuf mois plus tard la montagne a accouché d’une souris », expliquent donc les associations parties civiles, qui précisent qu'« en vertu de la confidentialité des échanges dans le cadre de cette médiation, il leur est impossible de faire état de l’objet des échanges ». « On reste sur la même position que celle que nous avions initialement. Pour nous, Twitter ne démontre aucune volonté réelle de lutter contre la haine sur sa plateforme (racisme, antisémitisme, homophobie). Nous souhaitons que le réseau social se soumette à la loi française », ajoute Noémie Madar.

« Twitter se contente d’un léger saupoudrage et de communications inutiles et imparfaites alors qu’il faudrait modérer sérieusement et imposer enfin de l’éthique et la loi française. Cette attitude est irresponsable et dangereuse », précisent les associations qui ont donc décidé de retourner devant le juge des référés et de maintenir leur demande de désignation d’un expert judiciaire, de manière à cerner, par le contrôle des moyens matériels et humains affectés ou non, les défaillances et responsabilités de la plateforme.

Seulement 12 % des contenus haineux supprimés lors du premier confinement

L’UEJF, SOS Racisme ou encore SOS homophobie avaient constaté une augmentation de 43 % des contenus haineux sur Twitter pendant la période du premier confinement. Selon une étude menée du 17 mars au 5 mai 2020 par ces associations, « le nombre de contenus racistes a augmenté de 40,5 % (sur la période), celui des contenus antisémites de 20 % et celui des contenus LGBTphobes de 48 % ». Les associations ont expliqué de plus avoir signalé au réseau social 1.110 tweets haineux, principalement des insultes homophobes, racistes ou antisémites sans équivoque, et constaté que seuls 12 % d’entre eux avaient été supprimés dans « une période raisonnable allant de 3 à 5 jours ».

Régulièrement accusées d’héberger ou de contribuer à la diffusion de contenus haineux ou violents, les grandes plateformes de contenus ont été incitées à mettre en place des algorithmes de filtrage, des procédures de signalement et des équipes de modérateurs. Mais Twitter refuse depuis des années de communiquer sur les moyens mis en œuvre concernant sa modération. Le réseau social a toutefois assuré investir dans des technologies de modération « pour réduire la charge qui pèse sur les utilisateurs de devoir effectuer un signalement », précisant que « plus d’un tweet sur deux sur lequel nous agissons pour abus » vient désormais d’une détection automatique plutôt que d’un signalement.