Nice : La première navette autonome testée pour desservir une zone industrielle

TECHNOLOGIE Le véhicule de six places a une autonomie de 150 km et peut rouler jusqu’à 80 km/h

Elise Martin

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Une navette autonome desservira bientôt une zone industrielle près de Nice — 20 Minutes
  • Une première navette autonome 100 % électrique sera opérationnelle dans la zone industrielle Carros – Le Broc à partir de 2022.
  • Cette innovation a été pensée pour compléter une offre de mobilité qui existe déjà au sein de la métropole, et pour répondre aux besoins des usagers.
  • Un deuxième véhicule sera présenté en mars, pouvant transporter jusqu’à 18 personnes, tel un minibus électrique.

« On veut faciliter la vie des usagers dans leurs déplacements », lance le Pr Pierre-Jean Barre, directeur de l’Imredd (Institut méditerranéen du risque, de l’environnement et du développement durable), fier de présenter la première navette autonome 100 % électrique du territoire niçois après quatre ans de développement.

« Plus de 11.000 personnes viennent chaque jour dans la zone industrielle de Carros – Le Broc et, pour 85 % d’entre eux, c’est avec leur voiture personnelle », poursuit-il. « À travers une première phase de recherche, nous avons pu analyser si un projet comme celui-ci était légitime de s’implanter dans le décor ». Et la réponse est oui.

La navette autonome a pour but de compléter l’offre de mobilité déjà existante dans la métropole. « On veut permette d’éviter à une personne d’emprunter une voiture pour effectuer deux kilomètres pour se rendre au premier tram par exemple. Le véhicule pourra également transporter un usager qui souhaite prendre un vélo bleu vers un endroit où des vélos sont disponibles », détaille encore Pierre-Jean Barre.

Une navette pour une offre de transport à la carte

Marc Raiola, le président de Côte d'Azur Industries Carros Le Broc, confirme : « À Carros – Le Broc, certaines entreprises ont plusieurs sites. Actuellement, les salariés prennent leur voiture personnelle pour aller d’un endroit à un autre. La navette permettrait d’être dans une logique plus pratique et plus écologique. »

Concrètement, après les différents aménagements à faire dans la zone industrielle pour une pratique optimale, en 2022, un usager pourra appeler, à travers une application smartphone, la navette pour l’emmener au lieu de son choix. Il faudra néanmoins que cette expérimentation soit validée par la métropole, qui accompagne et finance le projet à hauteur de 750.000 euros (sur un total de plus de 4,5 millions d’euros).

« On veut relier les villages ruraux aux zones d’activités et ne pas l’utiliser dans un hypercentre, où l’offre de mobilité est déjà complète », affirme Frédéric Mathis, cofondateur et PDG de l’entreprise française Milla Pod, qui a conçu la navette.

« En fonction des besoins, on pourra augmenter ou diminuer l’autonomie, actuellement de 150 kilomètres. En mars, on présentera un deuxième produit pouvant accueillir jusqu’à 18 personnes. On va vraiment effectuer un service à la demande. » Selon Frédéric Mathis, trois navettes seraient nécessaires pour le site de Carros. À terme, le service fonctionnerait 24h/24, sept jours sur sept et ne coûterait pas plus cher qu’un billet de tram ou de bus.

Un véhicule autonome… mais avec un superviseur à bord

« Aujourd’hui, le véhicule a été pensé en fonction des besoins du territoire », complète le directeur de l’Imredd. « La navette est capable de monter des pentes, elle est électrique [le maire a annoncé des transports en commun 100 % décarbonés d’ici à 2025], sécurisée et il est possible de reprendre la main grâce à un volant. Autonome, elle va à 50 km/h, en conduite, elle atteint 80 km/h ».

Selon la législation, un superviseur est obligé d’être présent à bord pour que la navette autonome puisse rouler. Il est directement relié à un opérateur en centre de contrôle. Encore aujourd’hui, les différents acteurs travaillent sur les algorithmes à intégrer dans l’engin pour le sécuriser.

« On doit capter toutes les données de la « vraie vie » pour adapter la programmation de la navette, comme les voitures en double file ou des vélos qui grillent les feux », précise Pierre-Jean Barre. La navette est équipée de capteurs mais aussi de caméras et de radars. Frédéric Mathis rajoute : « Plusieurs parcours sont déterminés, on scanne les routes avec une précision de cinq centimètres. » Autre point important d’un développement dans le territoire : la 5G est essentielle, d’après le constructeur automobile. Une voiture autonome de ce genre coûte environ 150.000 euros, « le même prix qu’un bus électrique », précise le PDG.

D’autres navettes Milla sont déjà en service depuis un an à Vézily-Villacoublay (Yvelines) et prennent en charge près de 100 usagers chaque jour.