« Hold-Up » : On a vérifié les affirmations de ce documentaire qui entend dénoncer la gestion de l'épidémie de Covid-19

FAKE OFF Distribué depuis mercredi, ce film veut dénoncer les « mensonges » autour du Covid-19. Il contient pourtant des affirmations erronées

20 Minutes Fake off

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Affiche sur le port du masque à Montpellier, le 27 août 2020. Photo d'illustration.
Affiche sur le port du masque à Montpellier, le 27 août 2020. Photo d'illustration. — LODI Franck/SIPA
  • Hold-Up, présenté comme un documentaire par ses auteurs, entend analyser les erreurs de la gestion de la crise du Covid-19.
  • Relayé sur les réseaux sociaux, il contient des affirmations erronées, que 20 Minutes a vérifiées.

Vimeo l’a finalement retiré de sa plateforme, où il était en vente depuis mercredi. Le film Hold-Up, retour sur un chaos, revient, avec plus d’une trentaine d’intervenants, sur le déroulement de la pandémie de Covid-19, du port du masque à l’hydroxychloroquine, aux tests pour détecter le virus.

Présenté comme un documentaire, le film, qui veut dénoncer la gestion de la crise déclenchée par le virus, rappelle le manque d’équipements mis à disposition des soignants au début de la crise. Toutefois, il reprend rapidement des affirmations douteuses, dont certaines avaient déjà été largement déjà démontées.

Réalisé grâce à du financement participatif, le film a rapidement fuité sur plusieurs plateformes. Son réalisateur s'est défendu dans l’émission Les Grandes Gueules d’avoir uniquement présenté des « faits ». 20 Minutes a passé en revue une dizaine d’affirmations contenues dans ce film d’une durée de deux heures quarante-trois minutes.

  • « Ce virus va jusqu’à faire construire des futurs camps d’internement au Canada ».

S’ensuit un extrait d’une intervention du député canadien Randy Hillier, qui s’interroge sur l’emplacement et le nombre de personnes qui seraient dans des « camps d’isolement ». Cette intervention date du 8 octobre.

Ces « camps » sont des endroits, en majorité des hôtels, où sont placés pendant quatorze jours les voyageurs rentrant dans le pays, s’ils n’ont pas d’endroit où s’isoler, rappelle Radio Canada international. Le ministère de la Santé canadien et l’agence de santé publique ont également démenti l’existence de tels « camps ».

  • « Les masques chirurgicaux ne sont pas très protecteurs, puisque c’est même marqué sur la boîte que ça ne protège pas des infections »

​Cet argument est régulièrement brandi par les opposants au port du masque. Pourtant, soutenir qu’il est inutile de porter un masque au motif qu’ils ne protégeraient pas ceux qui les portent « est un non-sens puisque les masques chirurgicaux ou grand public sont justement censés protéger les autres et non soi-même en empêchant la projection des gouttelettes émises par celui qui porte le masque », rappelait le médecin Jonathan Favre, membre du collectif Stop postillons, à 20 Minutes, en juillet.

  • « On a une incitation financière à déclarer Covid ».

L’affirmation est lancée par Violaine Guérin, cofondatrice du collectif Laissons-les prescrire avec la députée Martine Wonner, elle aussi intervenante dans ce film. Ce collectif a voulu lancer une étude sur l’hydroxychloroquine.

Violaine Guérin prend l’exemple des consultations de médecins généralistes. Comme 20 Minutes  l'expliquait en mai, une consultation pour un patient positif au Covid-19 est bien majorée de 30 euros, en plus des 25 euros d’une consultation en secteur 1. La réalisation d’un test antigénique est facturée 46 euros.

  • « Il faut réaliser qu’on interdit les autopsies, instructions de l’OMS, etc. »

Il s’agit là d’une rumeur relayée depuis plusieurs mois. L’OMS n’a pas interdit les autopsies de malades morts du Covid-19. Dans des orientations publiées le 24 mars, l’organisation internationale recommande que ces autopsies soient effectuées avec des mesures de sécurité.

  • « On ne peut pas dire qu’il y a un problème avec l’hydroxychloroquine. Il y a 2 milliards de personnes qui en ont pris, on n’en a jamais entendu parler. »

L’affirmation émane de Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la Santé, qui a, depuis la diffusion du film, pris ses distances avec celui-ci. Ce chiffre de deux milliards avait déjà été avancé par Didier Raoult.

Le professeur avait également avancé en septembre devant les sénateurs qu'« il y a 4,6 milliards de gens qui vivent dans des pays dans lesquels on [recommande] l’hydroxychloroquine » pour lutter contre le Covid-19. La majorité des autorités sanitaires mondiales déconseillent pourtant ce traitement.

  • L’hydroxychloroquine a une « efficacité reconnue » et est « inoffensive ».

C’est ce que les spectateurs du film peuvent découvrir sur un panneau. Cet antipaludéenest habituellement prescrit pour traiter les lupus.

L’OMS ne recommande pas l’utilisation de ce médicament pour lutter contre le Covid-19. Selon des résultats provisoires de l’essai Solidarity publiés le 15 octobre, « les quatre traitements évalués (remdésivir [commercialisé par Gilead et opposé à plusieurs reprises à l’hydroxychloroquine dans le film], hydroxychloroquine, lopinavir/ritonavir et interféron) n’avaient que peu ou pas d’effet sur la mortalité globale, la mise en route de la ventilation et la durée du séjour à l’hôpital chez les malades hospitalisés ».

« Jusqu’à présent, seuls les corticoïdes se sont avérés efficaces contre les formes graves et critiques de la COVID-19 », ajoute l’OMS.

  • « On leur a préparé la seringue de rivotril, avec un arrêté à la clé, pour les achever complètement alors qu’ils étaient déjà en détresse respiratoire »

Serge Rader, présenté comme pharmacien, revient sur la situation des personnes âgées résidant dans les Ehpad. Il fait allusion à un décret publié le 28 mars qui permettait la dispensation de Rivotril jusqu’au 15 avril. Ce décret avait soulevé des inquiétudes, concernant une possible « légalisation de l’euthanasie ».

« La mise à disposition [du Rivotril] par ce décret vise à apaiser la souffrance et l’angoisse des patients concernés. On fait appel à ses propriétés d’anxiolytique pour apaiser l’anxiété, ce n’est pas du tout pour précipiter le décès. Dès lors qu’on fait face à une situation de fin de vie, il améliore le confort de celle-ci », avait précisé à 20 Minutes le professeur Claude Jeandel, président du Conseil national professionnel de gériatrie.

  • « Ce virus était pourtant annoncé depuis plusieurs années et d’une façon précise, non pas par des complotistes en manque de notoriété, mais par des blouses blanches et des cols blancs devenus très prévoyants. En 2009, ce livre préfacé par le journaliste Alexandre Adler rapporte des archives secrètes de la CIA et, pour savoir ce qu’on allait vivre onze ans plus tard, en 2020, il suffisait de lire la page 250 : " Le déclenchement possible d’une pandémie mondiale, ce sera sans doute en Chine ". »

Visionnaire la CIA ? Le film reprend un livre publié en 2009 par Alexandre Adler, dans lequel la CIA aurait envisagé une pandémie de grande ampleur. Si l’agence a décrit les risques liés à un nouveau virus, c’est « parce que cela était déjà arrivé », avait rappelé Alexandre Adler à Public Sénat, en prenant l’exemple d’Ebola. Il soulignait également que ce rapport n’était pas une production isolée, l’agence américaine écrivant alors des rapports « réguliers » sur la géopolitique.

  • « Le confinement [était] en préparation dès le 5 décembre [2019] devant l’Assemblée nationale, avec les prémices de la loi Amiel, censée donner un cadre juridique à cette situation exceptionnelle »

​Ce qui est présenté comme une loi est une proposition de loi émanant d'un sénateur. Ce texte n’a pas été voté par les députés ni promulgué, il n’est donc pas une loi.

Le 5 décembre 2019, le sénateur LREM (qui a démissionné le 2 août 2020) Michel Amiel a bien déposé une proposition de loi. La première partie de ce texte visait à lutter contre les maladies vectorielles, notamment celles transmises par les moustiques.

Dans une seconde partie, le sénateur propose de nouvelles mesures pour lutter contre les maladies infectieuses. Dans une présentation de son texte, Michel Amiel ne mentionne pas le Covid-19, mais des « maladies infectieuses émergentes de type Ebola ».

Pour lutter contre ces maladies, l’élu des Bouches-du-Rhône propose trois mesures : « simplifier le signalement des malades » à l’aide d'« outils informatiques » mis à disposition des professionnels de santé ; limiter la présence de cas contacts « dans des lieux regroupant de nombreuses personnes » et maintenir à domicile ces cas contacts « pour la période d’incubation de la maladie » ; mettre en place un « isolement contraint ». Cette dernière mesure ne doit être utilisée qu’en derniers recours, soulignait le sénateur. Il avait précisé à Public Sénat que cette mesure « s’appliquerait tout à fait de façon exceptionnelle ». La commission chargée d’examiner le texte avait aussi fixé une limite de temps à cette mesure.

  • Il y a eu une « mise en scène » en octobre 2019 aux Etats-Unis pour « une répétition générale en cas de pandémie mondiale ».

​Cet exercice, réalisé par l’école de santé publique John Hopkins Bloomberg en partenariat avec le Forum économique mondial et la fondation Bill et Melinda Gates, ne portait pas sur le Covid-19, comme nous l'expliquions en janvier. « L’exercice a illustré les domaines dans lesquels des partenariats public/privé seront nécessaires lors de la réponse à une grave pandémie afin de réduire les conséquences économiques et sociétales à grande échelle », avait expliqué l’école de santé publique.

  • « Il y a quelques jours, on a découvert qu’on avait pris un brevet sur les tests pour détecter la maladie Covid-19 le 13 octobre 2015 »

L’affirmation émane de Jean-Bernard Fourtillan, qui a été soupçonné d'avoir mené un essai clinique douteux.

Un brevet intitulé « système et méthode pour tester le Covid-19 » existe bien. Toutefois, ce brevet a fait l’objet de modifications. Initialement déposé en 2015, celui-ci portait alors sur l'utilisation de données biométriques. Il a ensuite été modifié en septembre 2020 pour porter sur une méthode de test du nouveau coronavirus. ​