Coronavirus : Les arguments des « anti-masques » sont-ils scientifiquement recevables ?

FAKE OFF Certains internautes fustigent l’idée de porter un masque, alors qu’un décret imposant son usage dans les lieux publics clos devrait entrer en vigueur la semaine prochaine

Aymeric Le Gall

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Le port du masque sera obligatoire d'ici peu dans les espaces publics clos.
Le port du masque sera obligatoire d'ici peu dans les espaces publics clos. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Alors que le port du masque va devenir obligatoire en France dans les lieux publics clos, certains internautes refusent d’avance de le porter, arguant qu’il ne les protège pas du Covid-19.
  • Si les masques grand public ne protègent effectivement pas leur porteur, ils empêchent en revanche de contaminer son entourage.
  • Pour le docteur Jonathan Favre, que nous avons interrogé, « il existe clairement un consensus scientifique autour de la question des bénéfices du port du masque généralisé dans la maîtrise de la propagation du virus ».

Ils n’ont pas d’immenses pick-up décorés d'une multitude de drapeaux américains, ni de porte-voix pour hurler « Arrêtez avec les masques ! Si vous portez un masque, vous êtes un clown », comme ce fut le cas en marge du meeting de Donald Trump à Tulsa le 20 juin dernier mais, à l’instar des Etats-Unis, il semble exister en France des personnes refusant de porter des masques de protection pour lutter contre la propagation du coronavirus.

Sur les réseaux sociaux, les publications anti-masques se multiplient, à l’image de celui-ci, trouvé sur Facebook : « A tous les cons qui critique ceux qui sont contre le port du masque obligatoire… c’est quoi votre argument pour ça ? Précision : masque non médical et à usage unique. Il est temps que la mascarade cesse ! » Ce charmant message fait écho à la photographie d’un sachet de « masques d’hygiène 3 plis bleus » sur lequel est écrit que « ce produit ne protège pas des contaminations virales et infectieuses ».

Mais est-ce bien suffisant pour conclure que porter un masque dans l’espace public ne sert aucunement à limiter le risque de propagation du nouveau coronavirus ? Rien n’est moins sûr.

FAKE OFF

Après avoir allumé le gouvernement sur sa gestion des stocks de masques dès le début de l’épidémie en France, voilà maintenant que certains Français s’en prennent à lui pour fustiger le futur décret annoncé par le Premier ministre Jean Castex portant sur l’obligation du port du masque dans les espaces publics clos et qui sera effectif dès « la semaine prochaine ». Problème, l’argument que nous venons de citer en préambule (pourquoi dont porter des masques si ceux-ci ne protègent pas les personnes qui les mettent ?) n’a que peu de légitimité.

« C’est un non-sens puisque les masques chirurgicaux ou grand public sont justement censés protéger les autres et non nous-même en empêchant la projection des gouttelettes émises par celui qui porte le masque », s’étrangle Jonathan Favre, médecin et membre du collectif Stop postillons créé au tout début de la crise sanitaire pour « appeler au port du masque généralisé à toute la population. » Il voit dans cette opposition des anti-masques un amalgame entre « une sorte de prise de position politique et des croyances pseudo-scientifiques comme l’idée qu’on pourrait s’intoxiquer avec son propre CO2 en portant un masque ».

Un consensus scientifique autour de la question des masques

Pour Jonathan Favre, « il existe clairement un consensus scientifique autour de la question des bénéfices du port du masque généralisé dans la maîtrise de la propagation du virus. D’autant que beaucoup de gens sont asymptomatiques et ne savent donc pas qu’ils sont porteurs du virus. » « Le problème, reconnaît le médecin, c’est qu’on ne peut pas avoir des études de haut niveau de preuves sur cette question-là comme on l’aurait avec des médicaments, puisqu’on ne peut pas expérimentalement demander à des gens de s’exposer au virus avec ou sans masque pour prouver de son efficacité. On n’a donc que des preuves observationnelles, où on remarque par exemple que le R de la propagation du virus [ le taux reproduction de base d’un virus] est beaucoup plus faible dans les zones qui ont rendu le port du masque obligatoire ».

Pour cela, les membres du collectif Stop postillons prennent l’exemple de la ville allemande d’Iéna, qui a rendu le port du masque obligatoire à toute la population dans les commerces, les transports en commun et sur le lieu de travail, et ce dès le début du mois d’avril dernier. Résultat : les mesures de restriction associées au port du masque ont permis de stopper la propagation du virus. « Le 9 avril, nous avions 155 cas de Covid-19 pour 100.000 habitants. Depuis, ce chiffre n’a pas changé, la ville compte toujours 155 cas, pas un de plus », expliquait ainsi le 24 avril dernier Thomas Nitzsche, le maire d’Iéna, à nos confrères de France 24

« Un manque de communication claire au sujet des masques »

A l’heure où deux camps se font face et s’invectivent sur les réseaux sociaux autour de la question du port du masque généralisé dans les lieux publics clos, Jonathan Favre refuse de pointer du doigt les antis. « Le problème, c’est qu’on n’a pas du tout expliqué que le masque était fait pour protéger les autres et que, du coup, l’intérêt du port ne pouvait être que collectif, regrette-t-il. C’est la critique qu’on a émise à l’encontre du gouvernement au début de la crise, qui n’était pas une critique sur le manque de moyens, mais plus sur un manque de communication claire vis-à-vis du masque. »

D’où un petit cours de rattrapage rien que pour vous : « Ca ne sert à rien de porter un masque chirurgical ou grand public dans un espace clos si 20 personnes autour de vous n’en portent pas. L’intérêt, encore une fois, c’est de protéger les autres, explique le médecin. Et si on protège les autres, si on le porte tous, on se protège aussi soi-même. Le masque permet à tout le monde d’être libre. Libre de pouvoir se retrouver dans un espace public sans craindre d’être malade ou de contaminer les autres. Or, le non-port du masque exclut de la collectivité les personnes fragiles, puisqu’elles ne peuvent pas être sûres d’être protégées par les autres dans cet environnement. »

La plupart des pays y viennent petit à petit

Il ne semble plus faire aucun doute que le port du masque, en complément du respect strict des gestes barrières, est l’un de nos principaux alliés dans ce combat contre le Covid-19. La plupart des pays y viennent petit à petit, encouragés notamment par les nouvelles recommandations de l’OMS, qui a fini par admettre au début du mois de juin que « la possibilité d’une transmission par voie aérienne dans les lieux publics, particulièrement bondés, ne peut pas être exclue ». Par conséquent, elle « conseille aux gouvernements d’encourager la population à porter un masque grand public ».

« Nous avons maintenant des éléments montrant que si c’est fait correctement, cela peut servir de barrière […] pour les gouttelettes potentiellement infectées », précisait en ce sens Maria Van Kerkhove, experte technique de l’OMS sur le Covid-19, au début du mois de juin. Avec la parution prochaine du décret obligeant le port du masque dans les espaces publics clos, le gouvernement espère ainsi freiner la propagation du virus, alors même que des « signaux faibles de reprise » de l’épidémie, selon les mots du ministre de la Santé, Olivier Véran, sont signalés dans des hôpitaux parisiens et que la Mayenne compte désormais plusieurs nouveaux foyers épidémiques. Il n’y a désormais plus qu’à espérer que les Français s’y soumettent en masse.