#BalanceTonStage… Des étudiants créent une page Instagram pour dénoncer le sexisme subi par les stagiaires

RESEAUX SOCIAUX Le compte Instagram @BalanceTonStage, créé le 26 juillet par trois étudiants de l’école de commerce EM Lyon, dénonce les abus de pouvoir et le sexisme subis durant les stages en entreprise

Hakima Bounemoura

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Stage en entreprise. Illustration.
Stage en entreprise. Illustration. — SIERAKOWSKI/JOCHMANS/ISOPIX/SIPA
  • Trois étudiants de l’EM Lyon ont créé la page Instagram @BalanceTonStage pour partager les témoignages de victimes ou témoins de scènes sexistes durant leur stage en entreprise.
  • « Notre objectif, c’est de libérer la parole et d’éveiller les consciences », explique Agathe, l’une des étudiantes à l’origine de l’initiative.
  • Le hashtag #BalanceTonStage s’est également répandu sur Twitter, se classant samedi en tête des trending topics sur le réseau social.

« T’as tes règles en ce moment, parce que tes seins sont beaucoup plus gros que d’habitude », « Pense à la planète, ne mets pas de clim et enlève ton tee-shirt » ou encore « Si tu veux réussir dans la finance, il va falloir sucer »… Ces témoignages, qui reflètent malheureusement le quotidien de nombreuses stagiaires, ont été relayés sur la page Instagram @BalanceTonStage par des étudiantes de Sciences Po, d’écoles de commerce et d’ingénieur, de BTS et de CAP.

Créé le 26 juillet par trois étudiants de l’école de commerce EM Lyon – Agathe, Camille et Simon –, ce compte Instagram dénonce les abus de pouvoir et le sexisme subis durant les stages en entreprise. « Notre objectif, c’est de mettre en avant tous ces témoignages et d’éveiller les consciences », explique à 20 Minutes Agathe, l’une des étudiantes à l’origine de l’initiative. Le but n’est pas de dénoncer les personnes, comme le mouvement #BalanceTonPorc, mais « d’offrir aux victimes un endroit où elles peuvent se confier, anonymement ou pas », ajoute Camille, également à l’origine du projet.

« Ce qu’on veut dénoncer, c’est le sexisme ordinaire »

Aujourd’hui en 3e année à l’EM Lyon, l’une des plus grosses écoles de commerce en France, Camille et Agathe ont elles-mêmes été confrontées au sexisme. « Pendant notre stage, ça a été compliqué avec notre manager », racontent les deux étudiantes, qui étaient dans la même société. « On a été confrontées à du sexisme ordinaire pendant des mois ». Pour Camille, l’expérience a été « très dure ». « Je m’en voulais de m’être laissée faire en me taisant, et d’avoir mis de côté  mes principes féministes », ajoute-t-elle.

Alors, quand elles sont revenues en cours, les deux étudiantes ont décidé, avec leur camarade Simon, de faire un petit sondage auprès des élèves de leur école afin de mesurer l’ampleur du phénomène. Près de 170 personnes ont ainsi répondu à leur questionnaire mis en ligne sur les réseaux sociaux. Les résultats du sondages ont, pour elles, été très édifiants : 23 % ont déclaré avoir été victimes de sexisme (allant de l’outrage sexiste à l’agression sexuelle) durant leur stage de première année, et 43 % en ont été témoins. « Aucune victime n’a porté plainte et seulement 5 % en ont référé à la direction de leur établissement. Et presque un tiers n’en a même jamais parlé », détaille Camille.

« Libérer la parole » et « susciter une prise de conscience »

Après ce questionnaire, les étudiantes ont approfondi leur enquête en réalisant des entretiens avec une vingtaine de victimes pour recueillir leurs témoignages. « Il s’est mis à quatre pattes devant moi et a essuyé ses lunettes avec ma jupe », leur a ainsi raconté une étudiante. « Derrière le comptoir, ils avaient l’habitude de mettre le ventilateur sous ma jupe et disaient "laisse-le, ça fera un beau spectacle" », a témoigné une autre de leur camarade.

Une certaine libération de la parole qui a motivé Agathe, Camille et Simon à lancer une page Instagram et à créer un petit manuel en ligne pour sensibiliser plus largement et « susciter une prise de conscience » au delà de leur école. « Au début, on recevait un ou deux témoignages par jour. Mais depuis quelques temps, on reçoit quotidiennement plus d’une quinzaine de messages d’élèves des quatre coins de la France ! Des commentaires stéréotypés sur les femmes jusqu’aux blagues inappropriées, en passant par les remarques sur le physique », explique Agathe, très fière aujourd’hui de l’engouement suscité par @BalanceTonStage.

Leur initiative s’est également répandue sur Twitter. Le hashtag a déjà été repris plus de 15.000 fois sur la plateforme, se classant samedi en tête des trending topics sur Twitter, c’est-à-dire des sujets les plus commentés sur le réseau social. De nombreux internautes ont ainsi partagé  #BalanceTonStage pour raconter leurs mauvaises expériences après leur entrée dans le monde professionnel, et dans le milieu médical notamment « Ça montre qu’on répond à une vraie problématique », en conclut Camille.