EM Lyon: Enquête interne et conseil de discipline après l'affaire du classement sexiste des élèves

INFO «20 MINUTES» Au sein de la prestigieuse école lyonnaise, un classement des étudiantes par leurs camarades masculins. Mais eux aussi étaient fichés par les filles. Le directeur a lancé une enquête interne...

A.S.

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Les étudiants de la prestigieuse école de commerce EM Lyon ont établi pendant plusieurs années un classement des filles de leurs promotions.
Les étudiants de la prestigieuse école de commerce EM Lyon ont établi pendant plusieurs années un classement des filles de leurs promotions. — Facebook EM Lyon
  • Depuis au moins deux ans, les étudiants de l'EM Lyon tenaient chaque année un classement des filles de leur promotion, évaluant notamment leurs critères physiques.
  • Après la révélation de l'existence du tableur par un élève, le directeur de l'école a dénoncé fermement « ce jeu de rivalité » entre les élèves et entend mener une enquête interne.
  • Si le classement des filles par les garçons a été particulièrement pointé du doigt, en raison des commentaires sexistes voire humiliants, plusieurs élèves attestent l'existence d'un classement des garçons tenu par les filles.

Lyon Capitale avait révélé l’affaire la semaine dernière, après avoir été contacté par un élève en colère. Un fichier, sous forme d’un tableur, avait été créé par des étudiants masculins de l’EM Lyon pour répertorier les 250 étudiantes de l’école, parfois selon des critères physiques.

« Cette absence d’éthique est un comportement illégal et contraire à notre réglement intérieur. La liberté exige une responsabilité collective », martèle Bernard Bellerante, le directeur général de l’EM Lyon, dans son mail interne, envoyé le jeudi 2 août à tous les élèves de l’école et que 20 Minutes a pu se procurer. Il assure avoir été informé de l’existence des tableurs par « voie de presse » et se dit « très choqué par ces révélations ».

Le directeur de l’EM Lyon entend mener une enquête interne « à compter du 20 août » afin d’identifier et sanctionner les personnes concernées. « Les étudiants, dont l’implication serait confirmée, seront convoqués en conseil de discipline. Je rappelle qu’à deux reprises en deux ans, les membres du conseil de discipline ont prononcé des exclusions pour des dérapages de cette nature. »

Un jeu de rivalité pour une poignée d’élèves

Si le tableur créé par les garçons fait le plus polémique, un grand nombre d’élèves de l’école attestent aussi l’existence, plus secrète, d’une catégorisation des garçons… par les filles. « Le tableur devait être tenu par très peu d’élèves. Toutes les filles y avaient accès mais, comme celui des garçons, je pense que peu le lisaient vraiment…, indique Myriam*. C’est une poignée qui s’est amusée mais la plupart de la promotion trouvait ça beauf et grossier. » Certains élèves évoquent un simple « jeu de rivalité ».

« Le tableau des filles était quasiment le même que celui des mecs mais très très peu rempli. De mémoire, il n’y avait que quelques commentaires de type "beaux yeux/beau sourire" », précise Coralie*, une autre étudiante. Un autre élève parle de comparaison des garçons selon leurs « performances sexuelles ». « Il y avait aussi une colonne riche/pauvre », assure Fathi*, en deuxième année à l’école.

Un classement « moins trash et plus confidentiel »

Le dossier des filles demeure « bien moins trash et plus confidentiel » que celui des garçons, explique le collectif féministe Olympe, fondé en 2017 au sein de l’école. « Le fait que [le fichier des filles] existe, bien qu’il soit plus léger, ne minimise pas les agissements autant des garçons que des filles. Les personnes sur ce fichier sont toutes victimes. »

Pour Pauline*, élève en première année, il s’agit surtout d’une « manœuvre maladroite » : « On se connaît tous, on se côtoie tous les jours, les garçons qu’on côtoie ne sont pas des machos misogynes arriérés… Ils ont fait ça pour s’amuser, tout comme les filles. »

Plusieurs ateliers de sensibilisation ont été mis en place l'année dernière, notamment par le collectif, pour tenter d’éveiller les consciences sur les conséquences de ces classements.

*Les prénoms ont été modifiés