#PasTaPotiche: Des hôtesses d'accueil se rebiffent contre les talons obligatoires et le sexisme dans la profession

SEXISME Violences sexuelles, remarques graveleuses, femmes considérées comme des objets... Le compte Twitter @PasTaPotiche dénonce le sexisme que subissent les hôtesses d'accueil 

A.L.

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Capture d'écran de témoignages diffusés sur le compte Twitter @PasTaPotiche.
Capture d'écran de témoignages diffusés sur le compte Twitter @PasTaPotiche. — #PasTaPotiche / Twitter
  • Une pétition pour « dépoticher le métier d’hôtesse en événementiel » a recueilli plus de 20.000 signatures.
  • Son initiatrice, une étudiante en sociologie, hôtesse d'accueil depuis six ans, espère pousser les pouvoirs publics à prendre le problème du sexisme et des violences sexuelles dans la profession au sérieux. 
  • Sous le hashtag #PasTaPotiche et sur le compte Twiter du même nom, des dizaines de témoignages dénoncent les conditions du métier. 

« J’ai été hôtesse dans deux agences pendant un an. Mon rôle c’était (littéralement) de faire la plante verte et de sourire pendant neuf heures de taf perchée sur des escarpins, même quand des mecs dégueulasses venaient me draguer ou demander mon numéro », témoigne l’une.

« A côté de mon stand se trouvait un canapé produit par l’entreprise avec un panneau 'essayez-moi'. J’ai arrêté de compter les 'c’est vous qu’il faut essayer mademoiselle ?', raconte l’autre. Ces témoignages et bien d’autres encore sont à lire sur@PasTaPotiche, un compte Twitter accompagné d’un hashtag et d’une pétition qui a déjà recueilli plus de 20.000 signatures.

Sur le réseau social, #PasTaPotiche est en train de devenir le mot d’ordre des hôtesses d’accueil, sous l’impulsion d’Alice (c’est un faux prénom), 22 ans, étudiante en sociologie qui travaille depuis six ans dans le secteur.

« Je n’ai pas signé pour faire trophée quand j’ai signé pour être hôtesse d’accueil », explique-t-elle à 20 Minutes. L’idée lui est venue de lancer une pétition suite à l’action lancée par la militante Fatima Benomar pour la fin des hôtesses de podium du Tour de France. Elle raconte depuis avoir eu droit à une vague de cyberharcèlement, et avoir été accusée de « mentir » ou d’être « manipulée par des associations féministes », comme si, dit-elle, elle n’avait pas pu avoir elle-même l’idée de cette action.

Une caméra pour filmer sous les jupes des hôtesses

Du « mépris social », les hôtesses d’accueil en rencontrent régulièrement, raconte Alice. Ainsi que du sexisme, des « blagues graveleuses » voire des agressions sexuelles. Elle-même en a été victime, se souvient-elle, mais son entreprise n’a pas voulu lever le petit doigt. L’agresseur était un client, et sa patronne n’a pas voulu risquer de mettre en péril « un gros contrat », alors qu’ils savaient, raconte-t-elle, que l’homme s’en était pris à d’autres femmes.

« On m’a aussi dit "n’hésitez pas à mettre du rouge à lèvres, les hommes adorent le rouge à lèvres rouge". On est là pour satisfaire les désirs des hommes », ajoute-t-elle, dépitée.

Dans la boîte mail créée exprès pour cela, les témoignages d’hôtesses affluent. Celui qui l’a le plus marquée : au salon de l’automobile, un homme qui avait attaché une caméra pour filmer sous les jupes des hôtesses.

Talons hauts obligatoires

Alors pour mettre fin à ces inégalités et à ces agressions, Alice demande à la ministre du travail, Muriel Pénicaud, et à la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, « une réunion de travail afin de mettre en place un plan de lutte contre le sexisme, les discriminations et la précarité dans le milieu de l’accueil ».

Parmi les mesures concrètes qu’elle aimerait voir abordées : l’application des lois qui empêchent les discriminations à l’embauche et l’interdiction de l’obligation de porter des talons, ou encore des mini-jupes et tenues courtes en plein hiver. Mais avant de dérouler un catalogue de mesures elle précise qu’il faut surtout que les hôtesses s’organisent entre elles, pour qu’émerge une parole vraiment collective. « Le problème c‘est que les hôtesses syndiquées, ça se compte sur les doigts de la main. On est précaires, isolées, c’est pour cela qu’il y a si peu de femmes syndiquées », explique Alice. Son mot d’ordre changera peut-être la donne.