Vie en ligne : « Chaque match me permet de me sentir mieux », raconte Erwan, accro aux sites de rencontre

CASSES NET Erwan, 28 ans, a une véritable addiction pour les applications de rencontre. Il y consacre des dizaines d’heures par semaine pour satisfaire son besoin de plaire, et ainsi avoir davantage confiance en lui

Propos recueillis par Hakima Bounemoura

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Erwan, 28 ans, est accro aux applications de rencontre (illustration).
Erwan, 28 ans, est accro aux applications de rencontre (illustration). — ROBIN UTRECHT/SIPA/1507191530
  • Notre série « Cassé(s) Net » explore l’impact de nos usages numériques sur notre santé mentale.
  • Erwan, 28 ans, est accro aux sites de rencontre qu’il fréquente depuis une dizaine d’années.
  • « Voir que l’on peut plaire et que l’on matche sur votre profil, c’est une manière de se rassurer, ça donne confiance en soi. Mais ça devient très vite addictif », explique le jeune homme.
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Voici l’histoire d’Erwan, 28 ans, accro aux applications de rencontre. Son témoignage rejoint notre série « Cassé(s) Net » qui explore l’impact de nos usages numériques sur notre santé mentale. Hypocondrie, dépendance, syndrome FoMo (fear of missing out, la peur de rater quelque chose)… Chaque épisode illustrera, à l’aide d’un témoignage, un symptôme de ces dérives.

Si vos pratiques en ligne vous rendent ou vous ont rendu malade, écrivez-nous à lbeaudonnet@20minutes.fr, hbounemoura@20minutes.fr et hsergent@20minutes.fr.

« Comme la plupart des jeunes de ma génération, j’ai commencé à consulter les sites de rencontre il y a une dizaine d’années, vers l’âge de 18 ans. Un peu comme tout le monde à l’époque. Et puis j’y ai très rapidement pris goût, car j’aimais bien le concept. Et je n’ai jamais pu vraiment décrocher. Si bien qu’aujourd’hui, les applis de rencontre font partie intégrante de ma vie, elles rythment mon quotidien, et surtout mes humeurs. Je ressens le besoin d’y aller chaque jour, de liker les photos des profils qui me plaisent, et surtout de matcher. Le fait de discuter, de plaire, c’est quelque chose de vraiment agréable, dont je ne peux vraiment plus me passer aujourd’hui. Pour multiplier le plaisir, je vais d’ailleurs sur plusieurs sites de rencontres en même temps - Levoo, Badoo, Happn, Adopte un mec – mais mon principal terrain de chasse, c’est Tinder.

Je peux y passer parfois des heures dessus. En règle générale, j’y vais quatre à cinq fois par jour, dès que j’ai un peu de temps, le matin au réveil, dans les transports en commun, lors du déjeuner, le soir avant d’aller me coucher… Dès que j’ai un petit moment de libre dans la journée, je consulte mes applis. J’y reste jusqu’à temps d’avoir vu tous mes matchs, soit environ près d’une heure par jour, voire même peut-être plus parfois. J’y vais aussi le week-end, et même quand je suis en vacances. C’est simple, je ne peux plus m’en passer, c’est comme une drogue. Chaque match me donne l’impression de me sentir mieux, c’est tellement addictif !

« Voir que l’on peut plaire et que l’on matche sur votre profil, c’est une manière de se rassurer, ça donne confiance en soi »

Aller sur les sites de rencontre, c’est aujourd’hui devenu un besoin, une nécessité pour moi. C’est comme un monde virtuel où tout est possible, et où tout est plus facile. Voir que l’on peut plaire et que l’on matche sur votre profil, c’est une manière de se rassurer, ça donne confiance en soi. Si ça aboutit à quelque chose, à une rencontre, tant mieux ! Sinon tant pis… De voir qu’on peut plaire à d’autres femmes, ça fait toujours plaisir, ça flatte son ego. Je ne saurais pas vous l’expliquer, mais ça me procure énormément de bien d’aller sur ces sites​. C’est juste un sentiment d’épanouissement, de bien-être. On a l’impression de faire « son marché », mais on est finalement jamais satisfait et on veut toujours trouver mieux.

J’ai bien conscience que je passe énormément de temps sur ces sites. Au final, ça représente des centaines d’heures par an à swiper sur des profils. Pour certains, c’est du temps perdu. D’autres sont bien plus accros que moi, ils sont dessus du matin au soir, et n’ont même plus de vie sociale. Je n’en suis pas encore à ce stade-là, bien heureusement. Même si je sais qu’aujourd’hui, j’en suis littéralement accro. L’addiction pour ces sites, c’est encore pire que pour les jeux vidéo. Ça ne me dérangerait pas de ne pas avoir ma console de jeux pendant deux jours. En revanche, ne pas pouvoir me connecter aux applis, ça serait un véritable calvaire. Je ressentirais un véritable manque…

« Même quand je suis en couple, je ne peux pas m’empêcher d’y aller. Je ressens une envie irrépressible, c’est plus fort que moi »

C’est une vraie addiction, et je m’en rends compte tous les jours. Même quand je suis en couple, je ne peux pas m’empêcher de les consulter. Je ressens une envie irrépressible, c’est plus fort que moi. Ce ne sont pas les rencontres qui me rendent accro, ce sont les matchs, le fait de pouvoir faire défiler les photos, de les liker et d’avoir un échange. C’est tout ce jeu de séduction… J’ai ce besoin de tout le temps vouloir plaire, même lorsque j’ai une vie de couple épanouie. Les sites de rencontre jouent sur ce sentiment, sur cette addiction, tout est fait pour attirer les gens et les rendre accro. Je me suis laissé prendre à ce jeu. D’ailleurs dès qu’il y a une nouvelle appli, ou que j’en découvre une que je ne connais pas encore, je me sens obligé de la télécharger, et d’aller y faire un tour. Mais je ne me considère pas comme une « victime ». Car même si je sais que j’y passe trop de temps, les sites de rencontre m’ont aussi beaucoup aidé, car j’étais un grand timide avant. J’ai aujourd’hui beaucoup plus d’assurance, même pour aborder les femmes dans la vie réelle. »