Vie en ligne : « J’étais dans un état de terreur permanente », témoigne Céline, devenue hypocondriaque

CASSES NET Céline, 46 ans, raconte comment elle est devenue hypocondriaque en consultant les médias en ligne et le site de test du Covid-19 mis en place par le gouvernement

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

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Une femme télétravaille avec son masque. Illustration
Une femme télétravaille avec son masque. Illustration — ROBIN UTRECHT/SIPA
  • Notre série « Cassé(s) Net » explore l’impact de nos usages numériques sur notre santé mentale.
  • Cette semaine, Céline, qui n’a jamais été une personne préoccupée par sa santé, raconte comment elle est devenue hypocondriaque pendant la crise du coronavirus.
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Voici l’histoire de Céline, 46 ans, qui est devenue hypocondriaque à force de consommer des sites médicaux et de lire des articles sur le coronavirus. Son témoignage lance notre série « Cassé(s) Net » qui explore l’impact de nos usages numériques sur notre santé mentale. Hypocondrie, dépendance, syndrome FoMo (fear of missing out, la peur de rater quelque chose)… Chaque épisode illustrera, à l’aide d’un témoignage, un symptôme de ces dérives.

Si vos pratiques en ligne vous rendent ou vous ont rendu malade, écrivez-nous à lbeaudonnet@20minutes.fr ; hbounemoura@20minutes.fr et hsergent@20minutes.fr.

« Je suis devenue hypocondriaque au début du confinement. Il m’arrive de prendre ma tension deux fois dans l’heure. Parfois, j’ai l’impression que je vais faire une crise cardiaque, un infarctus. Avant le covid-19, je n’ai jamais eu peur pour ma santé. Je n’allais jamais voir le médecin, je ne faisais plus de prises de sang depuis ma dernière grossesse, il y a neuf ans. Quand on a été confinés, j’ai commencé à regarder tout ce qu’il se passait dans le monde, en France. J’ai vu tous les articles sur les drames du Covid-19, les témoignages sur la réanimation. Je consultais le site du gouvernement pour se tester en ligne, il fallait dire si on avait tel ou tel symptôme. A la fin du test, ils vous disaient de consulter un médecin ou si ce n’était pas nécessaire. J’ai fait ce test je ne sais pas combien de fois.

« En tout, j’ai dû consulter une vingtaine de médecins. Au moindre symptôme, je pensais que j’avais le Covid-19 »

Un samedi, je me sentais mal, ma température était montée à 37,6 °C, ce qui en soi n’est pas de la température, mais j’ai paniqué. J’ai pris un rendez-vous en téléconsultation sur Doctolib. Je suis tombée sur un médecin très désagréable qui m’a posé des questions banales : est-ce que j’avais mal à la tête ; est-ce que j’avais de la température ? Il m’a dit que je n’avais pas le Covid-19 mais je devais surveiller. Il m’a envoyé une ordonnance de Doliprane et un formulaire qui m’imposait de rester confinée dans ma chambre pendant quatorze jours. Les gens avec qui je vivais ne devaient pas m’approcher. C’était très anxiogène.

J’ai eu très peur, du coup, je suis allée voir SOS Médecin à Amiens. Le médecin m’a bien examinée et m’a dit que je n’avais pas le coronavirus. Par contre, il m’a conseillé de consulter un psychiatre. J’ai eu un entretien et le spécialiste m’a dit que je commençais à faire de l’angoisse. Mais, j’ai continué à regarder les sites, à répondre à ce test en ligne, à lire les témoignages des malades. Je passais environ deux heures par jour à regarder des sites sur le sujet. J’étais en arrêt garde d’enfant, j’avais du temps à y consacrer. En tout, j’ai dû consulter une vingtaine de médecins. Ils ont mis en place une plateforme de psychologues gratuits en ligne. J’ai eu une psychologue deux fois, mais ça ne m’a pas aidée. J’ai contacté une hypnothérapeute qui a essayé de m’hypnotiser à distance, mais ça n’a pas marché non plus. Ça s’est fini en crise d’angoisse généralisée. Au moindre symptôme, je pensais que j’avais le Covid-19. J’étais dans un état de terreur permanente, j’avais des palpitations, des insomnies. J’ai perdu 6 kg.

Je n’ai pas pu être hospitalisée car il y avait un risque d’attraper le virus. Et mon état s’est aggravé le 11 mai, au moment du déconfinement. Au début, j’ai cru que l’angoisse était liée à l’enfermement, mais même quand les limitations ont été levées, je ne pouvais pas sortir. Pendant le confinement, quand je sortais faire les courses, je me collais au mur. Si quelqu’un me parlait, j’étais en panique. Même après avoir été en clinique quatre semaines, je n’arrive toujours pas à reprendre une vie normale.

« Chaque fois qu’on prend ma température, j’ai peur. C’est devenu une phobie »

Quand vous allumez la télévision, l’alerte coronavirus est diffusée en boucle, ça ne s’arrête jamais. Entre deux programmes, on nous rappelle incessamment : « Si vous avez le nez qui coule, si vous avez de la fièvre, mal à la gorge, consultez votre médecin ». Le nez qui coule on l’a tous avec les changements de températures en ce moment, il y a le rhume des foins. Dès que j’ai le nez qui coule, c’est la panique. Quand vous êtes fumeur et que vous êtes angoissé, vous fumez plus de cigarettes, et vous avez mal à la gorge. Ça me bouffe. On est déconfiné et ça continue, à la télévision, sur les réseaux sociaux.

Je retourne pendant quatre semaines à la clinique, mais je sais que ce sera très anxiogène pour moi. Le matin, on prend votre température, le soir on prend votre température. Au moindre symptôme, vous devez rester confiné dans votre chambre. Chaque fois qu’on prend ma température, j’ai peur. C’est devenu une phobie. Mon angoisse généralisée s’est transformée en dépression. J’ai vu des psychothérapeutes à la clinique, ils m’ont dit que j’étais trop abîmée psychologiquement par les angoisses pour que je puisse commencer une psychothérapie sans prendre de médicaments. J’ai un passé très douloureux et tout ressort. »