Coronavirus : Les rencontres amoureuses post-confinement, entre gestes barrières et envies de relations plus durables

POUR UN FLIRT AVEC TOI Pour les célibataires à la recherche de l’amour, les premiers dates post-confinement peuvent être chamboulés par le contexte de pandémie et le respect des gestes barrières

Anissa Boumediene

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Au temps du coronavirus et des gestes barrières, on s'embrasse ou pas lors d'un date?
Au temps du coronavirus et des gestes barrières, on s'embrasse ou pas lors d'un date? — Apu GOMES / AFP
  • Durant le confinement, nombre de célibataires ont souffert de la solitude et ont fait des rencontres en ligne.
  • Une compagnie virtuelle qui a donné lieu à de belles rencontres dans la « vraie vie », où il a fallu composer entre l’attirance physique et le respect des gestes barrières.
  • Et pour beaucoup d’entre eux, cette période particulière de pandémie les a conduits à redéfinir leurs attentes dans une relation amoureuse.

« Matcher ». Discuter. Prendre le temps de se découvrir. Pendant le confinement, nombre de célibataires ont trompé l’ennui en faisant des rencontres sur toutes les applis accessibles d’un glissement de pouce. Une occupation et une compagnie plus que bienvenues pour toutes celles et ceux qui ont vécu cette période seuls. Avec, à la clé, la promesse de se rencontrer IRL, pour de vrai, dans le monde d’après. Et le monde d’après, c’est aujourd’hui, avec la fin des limitations de déplacement, la réouverture des bars et restaurants.

Mais le monde d’après, c’est aussi celui des gestes barrières, avec port du masque et distanciation physique de rigueur, alors que le Covid-19 circule toujours. Des mesures sanitaires indispensables mais pas toujours compatibles avec un date. Alors, comment aborder ses nouvelles rencontres amoureuses ? Les attentes auraient-elles évolué ?

« Une relation de confiance mutuelle s’est créée »

Avant leur premier rendez-vous, beaucoup de célibataires ont pris le temps d’apprendre à connaître leur crush pendant le confinement, et de commencer une vraie relation à distance. De sorte que la rencontre en personne s’est faite sans appréhension particulière. A l’instar d’Aurélie, qui, durant le confinement, a eu « de longues conservations avec une fille rencontrée sur le Net, un lien s’est créé. On avait prévu de se voir le jour du déconfinement, on savait que l’on avait respecté les gestes barrières, donc quand le jour J est arrivé, évidemment on a craqué et nous nous sommes embrassées. Et depuis, on se voit ». Même confiance pour Cécile : « deux jours avant le confinement, j’ai commencé à discuter avec quelqu’un sur une appli. Nous n’avons pas eu le temps de nous rencontrer, donc nous avons discuté non-stop pendant tout le confinement, sans savoir quand nous pourrions enfin nous voir. Après deux mois, une relation de confiance mutuelle s’est créée, d’autant plus que nous savions tout ce que l’autre avait fait, tous nos déplacements. Donc pour la première rencontre, tout s’est déroulé normalement : bise, pas de masque et pas de distance entre nous ».

Coach en relation amoureuse, Valérie Bruat, qui dirige une agence matrimoniale, observe cette quête réinventée de l’amour chez ses adhérents : « Après un confinement difficile parce que vécu seul, toutes et tous sont dans un élan positif, plus à l’écoute de l’autre et à la recherche d’une relation sérieuse et durable ». Pour le Dr Patrick Papazian, médecin sexologue et auteur de Parlez-moi d'amour (éd. L’Opportun), « on peut vraiment parler de "monde d’après" et de nouvelles manières d’aborder les rencontres. Beaucoup de nouvelles histoires laissent davantage la place au temps, à la découverte de l’autre. Etre confronté à la solitude en a amené beaucoup à reconsidérer leurs attentes, à arrêter d’être victimes de l’image et de l’instantanéité, à sortir des habitudes de "consommation" des rencontres. Pour une partie d’entre eux, cela a entraîné un changement profond ».

C’est le cas de Sébastien, qui s’est vite affranchi du diktat de l’apparence. « Durant ce confinement, j’ai rencontré l’amour. Pendant un mois, on s’est appelé tous les soirs en vidéo, dès le départ en mode "maison", en pyjama, à parler pendant des heures ». Une tendance dans laquelle se sont engouffrées nombre d’applis de rencontres, qui ont rapidement proposé des fonctionnalités vidéo à leurs inscrits durant le confinement. Sébastien, lui, se souvient « précisément du 16 mai, le jour où nous nous sommes enfin vus en vrai et avons échangé notre premier baiser. Depuis, nous sommes ensemble ».

« Je suis craintif », « j’ai peur d’embrasser »

Pour Son, qui a fait la connaissance d’une femme pendant le confinement, la première rencontre après des semaines d’échanges s’est faite avec davantage de prudence. « On s’est vus pour la première fois mi-mai, sans masque, mais en respectant les gestes barrières, durant nos deux premiers rendez-vous. Ça a maintenu une certaine distance alors qu’on se plaisait vraiment. On a finalement totalement craqué à notre troisième rendez-vous. On s’est dit "au diable les risques". On avait beaucoup trop envie de baisers et de câlins ».

Mais parfois, la peur l’emporte sur le désir. « J’ai trop peur d’embrasser quelqu’un », confie Justine. Une crainte que partage Jérémy : « Je suis peut-être trop craintif, mais j’appréhende la rencontre physique avec une personne abordée sur un site de rencontres. Dois-je enlever mon masque pour lui faire la bise ? On se dit bonjour avec le coude ? », s’interroge le jeune homme de 28 ans, qui n’exclut pas de faire tout de même une rencontre sérieuse. « Là, ça marchera à la confiance, on ne va pas dire à l’autre de rester quatorze jours en confinement avant de se revoir ». Si l’angoisse est trop forte, il ne faut évidemment pas se forcer, « mais on peut aussi se renouveler dans la manière dont on partage des premiers rendez-vous, se promener en discutant, en observant un peu de distance, le temps de se sentir en confiance, sans brûler les étapes », conseille Valérie Bruat. Une approche tentée par Sana, qui a « l’impression que la plupart des gens n’ont plus peur du coronavirus et ont repris leurs dates. Mais moi, ça m’effraie, donc elles se font en balade, avec un masque et sans se toucher. On me prend pour une folle d’être aussi précautionneuse, alors que je traite le Covid-19 comme n’importe quelle autre IST ! Donc mon célibat et moi avons de beaux jours devant nous… » Comme Sana, Jérémy voit bien que « tout le monde reprend progressivement sa vie professionnelle et sociale », mais pour l’heure, il préfère rester prudent. « Suis-je capable de prendre ce risque aujourd’hui ? Pas sûr ».

A leur décharge, « c’est particulier de faire de nouvelles rencontres en temps de pandémie, de se dire que l’on risque de contracter ce coronavirus potentiellement dangereux pour soi et son entourage proche simplement en allant à un date », reconnaît le Dr Papazian, dont « certains patients ont encore un comportement de frilosité. Se dire que l’on risque d’attraper et de transmettre la maladie à ses grands-parents par exemple, cela bouleverse forcément la légèreté de la rencontre. Certains n’arrivent littéralement pas à tomber le masque. En théorie, on n’est pas censé faire de nouvelles rencontres, embrasser de nouvelles personnes. Mais en pratique, la vie reprend, et si on vit une histoire naissante, le risque vaut la peine d’être pris, à condition qu’il soit maîtrisé. Il ne faut pas vivre dans une bulle, mais si l’on s’autorise de nouvelles rencontres amoureuses, il faut être plus vigilant que jamais sur le respect des gestes barrières avec les personnes vulnérables de son entourage ».

« Et s’il était porteur asymptomatique ? »

La maîtrise du risque, Amandine a veillé à en faire preuve. « J’ai discuté avec de nombreux hommes pendant le confinement, mais j’ai choisi que de n’en rencontrer qu’un. Qui s’avère avoir été malade du coronavirus. Il se remettait quand on a commencé à échanger. Il m’a proposé de se voir alors que le confinement n’était pas terminé. Hypocondriaque et fragile des poumons, j’ai préféré attendre le déconfinement ». La jeune femme de 25 ans a alors accepté un premier rendez-vous « chez lui. Normalement, je n’accepte pas, mais là, tout était fermé, pas envie d’aller en terrasse avec du monde. Mais j’étais hyper angoissée : j’ai vérifié trois fois sur Internet si une fois guéri, on pouvait transmettre le virus ! Quand il a ouvert la porte, il y a eu un petit moment d’hésitation : on se fait la bise ou pas ? Mais il était en forme et avait repris le travail depuis quinze jours. Alors on s’est fait la bise, et bien plus par la suite », plaisante-t-elle.

« C’est important d’avoir une discussion franche avant de se rencontrer : on peut demander à l’autre s’il a eu des symptômes du Covid-19, surtout si l’on a une maladie chronique ou des proches vulnérables, rassure le Dr Papazian. Au même titre que les discussions que l’on peut avoir avec un partenaire à propos des infections sexuellement transmissibles (IST), et contre lesquelles il ne faut pas oublier de se protéger ».

Mais alors que la pandémie sévit toujours, Amandine ne se sent plus l’esprit aussi léger qu’avant. « Si je venais à rencontrer quelqu’un, je pense qu’il y aurait toujours de l’appréhension avant le premier rendez-vous, réfléchit-elle. Déjà qu’en tant que femme, j’appréhende à chaque fois la rencontre avec un homme inconnu. Mais maintenant, il y aura toujours cette question : et s’il était porteur asymptomatique ? »