Coronavirus : Le recours massif au télétravail peut-il faire planter Internet ? « Pas de risque de goulot d’étranglement pour l’instant »

TELECOMS Des millions de salariés vont désormais être contraints de travailler à distance pour lutter contre la propagation du coronavirus

Propos recueillis par Hakima Bounemoura
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Illustration d'une personnage utilisant un ordinateur portable - Internet
Illustration d'une personnage utilisant un ordinateur portable - Internet — John Schnobrich/Unsplash
  • Lors de son allocution, le président de la République a appelé les entreprises à favoriser le télétravail pour faire face à la propagation du coronavirus.
  • Le recours massif au travail à distance risque dans les prochains jours de poser certains problèmes, notamment celui de la congestion et de la saturation possible des réseaux de télécommunication.
  • « Il n’y a pour l’instant pas de risque de goulot d’étranglement car les réseaux d’Internet fixes sont justement prévus pour des utilisations à domicile avec une grosse bande passante », explique Michel Combot, directeur général de la Fédération française des télécoms.
  • « Si on s’aperçoit que le réseau commence à être saturé, on prendra les mesures nécessaires. Nous pourrons par exemple baisser la qualité de la vidéo pour les usages grand public et donner la priorité aux usages professionnels. Ou limiter le débit disponible pour chacun », ajoute Michel Combot.

Face à la propagation du coronavirus, les pouvoirs publics ont appelé les entreprises à favoriser le télétravail. Grâce à Internet et aux systèmes en ligne de travail collaboratif ou de visioconférence, le télétravail à domicile apparaît comme l’une des seules solutions pour maintenir l’activité dans certaines entreprises dans ce contexte exceptionnel de crise sanitaire. En France, près de 30 millions de foyers disposent d’un abonnement Internet fixe en haut débit (ADSL) et très haut débit (fibre ou 4G fixe) selon les données pour 2019 de l’Arcep.

Mais le recours massif au travail à distance risque dans les prochains jours de poser certains problèmes, notamment celui de la congestion et de la saturation possible des réseaux de télécommunication. Entre le télétravail et les loisirs numériques, les Français vont devoir partager le débit Internet de leur appartement, de leur immeuble, de leur quartier, voire même de leur ville. Dans ce contexte, doit-on s’attendre à une limitation du trafic dans les prochains jours ? Le recours massif au télétravail peut-il bloquer Internet ? 20 Minutes fait le point avec Michel Combot, directeur général de la Fédération française des télécoms, qui regroupe 17 opérateurs et fournisseurs de services de communication électronique en France, dont Orange, Altice-SFR et Bouygues Telecom.

Faut-il craindre une saturation des réseaux à cause du recours massif au télétravail ?

Les opérateurs s’assurent déjà depuis déjà quelques semaines que les outils qui sont voués à l’exploitation et à la maintenance des réseaux soient opérationnels sur la durée, dans le cadre d’une sollicitation accrue à cause du télétravail. C’est un travail de préparation qui a été fait depuis déjà un moment. Dès le début de la crise sanitaire, nous avons noté qu’il y avait un recours accru du travail à domicile. Il n’y a pour l’instant pas de risque de goulot d’étranglement car les réseaux d'Internet fixes​ sont justement prévus pour des utilisations à domicile avec une grosse bande passante.

Une surveillance du trafic va être mise en place pour s’assurer qu’aucun point de fragilité n’apparaisse et pour gérer les pics d’activité, qui risquent en effet de durer plusieurs semaines. Le travail de préparation a été fait et s’est intensifié réellement ces derniers jours. L’objectif, c’est que la Nation continue à vivre malgré des contraintes assez fortes en matière de confinement. L’enjeu est aussi aujourd’hui de pouvoir s’assurer que les équipes qui sont dédiées à la supervision et à la maintenance puissent continuer à assumer leurs tâches et ainsi éviter elles-mêmes d’être contaminées. Les opérateurs de télécoms se sont vraiment préparés à cette situation.

Doit-on s’attendre ces prochains jours à des pics de consommation historiques ?

Il y a des pics de consommation tous les jours. On essaye à chaque fois de tirer des enseignements de la semaine qui vient de s’écouler, mais on ne peut pas anticiper ce qui se passera la semaine suivante. On reste très vigilant, on regarde vraiment au jour le jour l’état du trafic. Les pics de consommation sont davantage constatés en début de soirée, quand tout le monde est à son domicile. Le télétravail génère, lui, une hausse du trafic en journée, donc pour l’instant nous ne sommes pas très inquiets car les réseaux sont actuellement largement dimensionnés pour y faire face. Comme l’a rappelé le président de la République, c’est une crise sanitaire d’ampleur inédite, nous serons vigilants à pouvoir accompagner l’ensemble des Français dans cet effort collectif pour surmonter cette crise sanitaire.

Faudra-t-il changer nos habitudes de consommation notamment en matière de loisirs numériques ?

Il faut en effet avoir des usages raisonnables. Quand on est chez soi, il faut par exemple utiliser son téléphone portable avec son réseau fixe. Le but est d’utiliser le bon réseau là où il faut, c’est le meilleur moyen d’avoir une bonne qualité de service. Les dernières études nous ont montré que les gens préféraient accéder directement à Internet avec la 4G de leur smartphone, même lorsqu’ils sont chez eux. En ces temps de confinement, le mieux est de revenir à des usages sur le réseau fixe qui permettra d’assurer une meilleure qualité de service à la fois pour travailler, mais aussi pour tous ses loisirs numériques.

S’il s’agit seulement d’échanger des informations comme des documents et des emails, de consulter certains sites ou de télécharger des pièces jointes, il n’y a pas de souci. En revanche, pour les usages qui consomment davantage, comme les téléchargements sur les plateformes américaines de streaming, c’est plus compliqué. Mais pour le moment, nous avons dimensionné les réseaux pour faire face à ces flux-là.

La crise du coronavirus peut-elle faire planter Internet ? Quelles mesures pourriez-vous prendre pour empêcher ce scénario catastrophe ?

Nous sommes confiants autant que l’on peut l’être face à une crise d’une telle ampleur. Nous sommes surtout vigilants. Si on s’aperçoit que le réseau commence à être saturé, on prendra les mesures nécessaires. Nous pourrons par exemple baisser la qualité de la vidéo pour les usages grand public et donner la priorité aux usages professionnels. Nous savons le faire. L’enjeu pour les opérateurs de télécommunications est d’être réactifs pour éviter les congestions des réseaux. Nous pourrons aussi limiter d’une manière générale le débit disponible pour chacun. Le but est de s’assurer que chacun puisse avoir le minimum nécessaire. Ce sont des mesures qui pourront être prises de manière temporaire pour éviter que la consommation de certains pénalise celle des autres.

L’enjeu est de garantir un service global du réseau pour éviter qu’il ne tombe pas en panne. Cela pourra également se faire localement, de manière très ciblée. C’est un mécanisme de régulation, comme pour fluidifier le trafic automobile lors d’embouteillages : l’idée est de faire baisser la vitesse de chacun pour éviter les bouchons. Mais nous allons tout faire pour éviter d’en arriver à de telles mesures. Notre objectif premier, c’est de conserver notre infrastructure en marche, et la plus performante possible.