Grèves : Ils télétravaillent et à la longue, ça les saoule… « Je me sens oublié du monde »

BOULOT, DODO SANS METRO « 20 Minutes » a interrogé ses lecteurs « serial télétravailleurs » et plus franchement très heureux de l’être

Delphine Bancaud

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Illustration du télétravail.
Illustration du télétravail. — Pixabay
  • A cause de la grève, certains salariés travaillent parfois depuis douze jours chez eux, ce qui finit par les lasser.
  • Sentiment de solitude, d’une communication plus complexe avec ses collègues, voire d’une perte d’efficacité… Ils racontent à 20 Minutes ce qui les chagrine.
  • Pour beaucoup, le télétravail n’est agréable que ponctuellement et s’il est choisi.

Le calme, la concentration maximale, le confort, le déjeuner maison, le gain de temps sur le trajet… Le télétravail a certes des vertus, mais au bout d’un moment, ça peut devenir lassant. Alors que les grèves dans les transports liées à la contestation de la réforme des retraites en sont à leur douzième jour, certains sont contraints de bosser chez eux. Mais pas toujours avec plaisir, surtout au bout d’un moment.

Car parler à son ordinateur, ça peut vite devenir déprimant, comme nous l’ont confié des lecteurs, qui ont répondu à notre appel à témoins. A l’instar de Ric : « La première journée s’est passée impeccablement ; j’ai même pu avancer sur des vieux dossiers et j’ai très bien géré des tâches personnelles. La deuxième journée a été un peu plus compliquée, car j’ai commencé à me sentir seul et le besoin de bosser en équipe s’est fait sentir. Donc le télétravail, c’est bien, mais pas tout le temps », estime-t-il. Un sentiment de solitude qui étreint aussi Quentin : « Cela fait une dizaine de jours que je me sens oublié du monde, parce que personne ne parle de celles et ceux qui sont isolés loin de Paris et qui ne peuvent compter que sur le train ». Idem pour Renaud : « Je souffre d’une forme de lassitude et même de solitude, dans la mesure où je me retrouve seul dans mon logement. Les jours se suivent et se ressemblent. J’ai besoin d’avoir des interactions sociales », insiste-t-il.

« Il manque la convivialité et le plaisir de partage »

Et Laurence regretterait même le pire de ses collègues : « Au bout d’une semaine, cela devient lassant. Je me sens isolée bien que ma responsable appelle, mais seulement une heure par jour. Je suis constamment sur le PC et lorsque j’ai fini, je ne prends pas l’air car il fait déjà nuit, il pleut, il fait froid, ce qui ne me pousse pas à sortir ».

Ce sont surtout les moments de convivialité avec les collègues qui font défaut. « Les cafés et discussions de couloir commencent à me manquer », avoue ainsi David. « Je suis en télétravail depuis le 5 décembre et c’est éprouvant. Surtout avec une semaine de mauvais temps, le moral est très bas et je ressens une perte de contact avec les collègues, avec lesquels je m’entends bien d’habitude. Il manque la convivialité et le plaisir de partage », déplore Anastasia. Quant à Ery, il ne se remet pas d’avoir « raté le repas de Noël ». Et la séparation risque encore de durer : «Etant donné les prévisions​, je pense que ça va encore durer toute la semaine et que je ne reverrai mes collègues qu’en 2020 », résume David.

« Certaines informations peuvent se perdre »

Si le télétravail permet de gagner en productivité les premiers jours, il semblerait que cela ne soit pas toujours le cas au bout d’un moment. Comme le confie Nicolas, qui travaille à distance depuis le début de la grève : « Au fil des jours, je me suis mis à me lever de plus en plus tard, jusqu’à même être en retard au travail ! Petit-déjeuner à 10h, déjeuner à 14h… Mon rythme de vie a été complètement chamboulé ». Certains de nos lecteurs notent même une perte d’efficacité : « Le fait de ne pas être à proximité de ses collègues et de son manager autant de jours est pénalisant ; certaines informations peuvent se perdre », estime David. « Entre incompréhensions et chasse aux infos, la productivité gagnée se perd entre relances digitales, gentils mails de rappel et skypes foireux », estime aussi Alex.

C’est encore pire pour les jeunes recrues, comme Florent : « Etant arrivé depuis peu dans l’entreprise, le pire c’est de pas avoir les infos que lâche le boss au quotidien. Ça donne la sensation d’être à côté de la plaque et d’ennuyer les collègues en leur demandant continuellement les dernières nouvelles ». Et pour Pierre, professeur dans le supérieur, les cours en visio à ses étudiants sont loin d’être idéaux : « Ils sont trente en moyenne. Je ne doute pas que certains se connectent et partent se recouchent. Bref, j’ai un peu l’impression de parler à un mur », déplore-t-il.

« Le travail empiète sur la vie privée »

La faiblesse des échanges est particulièrement ressentie comme un obstacle pour les managers, à l’instar de Frédéric : « Cela devient vite compliqué de diriger une équipe à distance. Le télétravail est bénéfique pour ma part, mais pas au-delà de 2 jours par semaine », affirme-t-il. Même ressenti pour Anne : « J’ai reçu moins de sollicitations professionnelles qu’à l’ordinaire. Pas de mystère : on ne travaille bien qu’avec des gens qu’on voit… D’ailleurs, certaines rencontres avec des collègues ont dû être annulées ».

La séparation vie professionnelle et vie privée semble aussi moins évidente pour certains de nos télétravailleurs : « Le travail empiète sur la vie privée, le logement est devenu ton bureau. Tu n’arrives plus à couper avec le monde du travail, car ton ordinateur est à portée de main, trop près, trop présent. Tu ne coupes jamais vraiment avec ta journée de travail », explique ainsi Solène. « Le plus difficile, c’est de travailler tout en satisfaisant sa famille. Car j’ai dû garder mon petit de 4 ans, sa maîtresse faisant la grève », raconte Stéphanie. Et s’ils sont contents d’échapper au stress des embouteillages et des transports bondés, beaucoup de nos lecteurs n’ont qu’une envie, que résume très bien Nicolas : « reprendre une activité normale ». Mais ce n’est peut-être pas pour tout de suite…