En 2019, le télétravail a été boosté par les grèves contre la réforme des retraites

ETUDE Un tiers des salariés interrogés ont pratiqué du télétravail en 2019

Nicolas Raffin

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Des voyageurs tentent de monter dans le bus en pleine grève à Paris. Credit:ROMUALD MEIGNEUX/SIPA.
Des voyageurs tentent de monter dans le bus en pleine grève à Paris. Credit:ROMUALD MEIGNEUX/SIPA. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • L’étude « Télétravail 2020 » a été publiée ce jeudi et montre que le télétravail continue de progresser.
  • Les mouvements sociaux de l’hiver ont conduit les entreprises et les salariés à multiplier les recours à cette pratique.
  • Certaines limites déjà bien identifiées les années précédentes sont toujours présentes.

Le télétravail, déjà popularisé par les ordonnances Macron de 2017, a largement été plébiscité par les salariés au moment des grèves contre la réforme des retraites cet hiver. C’est l’un des principaux résultats de l’étude « Télétravail 2020 » réalisée par Malakoff Humanis et publiée ce jeudi. Pour la 3e édition de ce baromètre annuel, 1.610 salariés ont été interrogés sur leurs pratiques de télétravail, ainsi que 402 dirigeants d’entreprises. Concernant l’impact du coronavirus, qui devrait conduire à un nouveau bond du télétravail, l’effet de l’épidémie n’a pas pu être étudié en raison du délai nécessaire entre la collecte des réponses et le traitement des résultats.

En 2019, 30 % des salariés interrogés ont déclaré avoir télétravaillé au moins une fois dans l’année, une part en très légère hausse par rapport à 2018 (29 %). Pour Anne-Sophie Godon, directrice innovation de Malakoff Humanis, « la pratique se stabilise, on arrive à une sorte d’âge de raison du télétravail après l’augmentation significative de 2018 (+ 4 points) », qui était liée à la « nouveauté » des ordonnances Macron assouplissant le cadre du télétravail.

Moins de fatigue et un meilleur sommeil

Cette relative stabilité a connu un sursaut au moment des grèves. Du fait de l’absence de transports en commun, notamment en région parisienne, les entreprises ont eu tendance à favoriser le télétravail. Selon l’étude, 38 % des salariés qui n’y avaient pas eu recours jusqu’à présent, alors que leur emploi le permettait, ont « découvert » la pratique en décembre 2019. Souvent par choix personnel (dans 84 % des cas), plus rarement suite à une décision imposée par l’entreprise.

Sans surprise, les bénéfices avancés par les salariés en télétravail au moment des grèves sont nombreux : diminution de la fatigue (citée par 90 % du panel), économies financières (89 %), santé améliorée (84 %) ou encore meilleure qualité de sommeil (80 %). On retrouve aussi les avantages « classiques » – cités en dehors des mouvements de grève – comme un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ou encore une plus grande autonomie dans le travail.

Des limites bien identifiées

Pour autant, le télétravail n’est pas une réponse magique à tous les problèmes. Les difficultés déjà identifiées dans les études précédentes sont toujours présentes en 2019. En premier lieu, le télétravail n’est pas accessible à tous les salariés : impossible par exemple pour un infirmier, une femme de ménage, un éboueur ou encore un agent d’accueil de travailler à distance. Selon Malakoff Humanis, 60 % des sondés sont dans ce cas. Le télétravail est ainsi plus accessible aux managers (44 % d’entre eux le pratiquent, contre 22 % des non-managers) ou aux cadres.

Ensuite, travailler à distance de son lieu d’emploi habituel n’est pas sans risques. 58 % des salariés qui font du télétravail reconnaissent « une difficulté pour séparer les temps relevant de la vie privée et ceux de la vie professionnelle », 51 % pointant même « un risque d’addiction au travail ». Pour les entreprises, le principal risque est « la complexité pour évaluer l’hygiène et la sécurité des lieux où s’effectue le télétravail » (cité par 54 % des dirigeants). Les salariés comme les chefs d’entreprise relèvent aussi « des échanges plus difficiles » : près de 40 % de ceux qui télétravaillent n’ont soit aucun contact, soit un seul contact par jour (mail, téléphone) avec un autre membre de leur entreprise (manager, collègue). Lorsqu’elle est répétée, cette situation peut conduire à un sentiment d’isolement ou d’exclusion.

Ces risques montrent la nécessité pour les managers de bien accompagner leurs équipes lorsque le télétravail est mis en place. Selon Malakoff Humanis, les managers se disent soucieux de ne pas « favoriser ou défavoriser les collaborateurs en télétravail ». Ceux qui rencontrent des difficultés avec le travail à distance se questionnent aussi sur la manière de maintenir la cohésion et les échanges au sein de leur équipe. Malgré toutes ces limites, 75 % des salariés et 65 % des chefs d’entreprise sont convaincus que le télétravail va encore se développer dans les prochaines années.