Accusations d’agressions sexuelles : Après le succès d'#UberCestOver, Uber sommé de rendre des comptes

RESEAUX SOCIAUX La plateforme de VTC, qui a révélé avoir enregistré des milliers d’agressions sexuelles aux Etats-Unis, est aussi en pleine polémique en France après une série de plaintes de clientes contre des chauffeurs

H. B. avec AFP

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Illustration de la compagnie de VTC Uber.
Illustration de la compagnie de VTC Uber. — Seth Wenig/AP/SIPA

Uber est dans la tourmente… La plateforme de VTC, qui a révélé avoir enregistré des milliers d’agressions sexuelles aux Etats-Unis, est aussi en pleine polémique en France après une série de plaintes de clientes contre des chauffeurs de la compagnie. La plateforme sera reçue ce jeudi par le gouvernement qui lui demande des comptes.

« J’ai pris un Uber car j’avais peur de ce qui pourrait arriver si je m’endormais dans le métro » : Camille*, 25 ans, a raconté comment en juillet dernier, en sortant d’un festival, elle est prise en charge par une voiture commandée via la plateforme du géant américain. Après quelques minutes, elle se rend compte que le chauffeur « était en train de se toucher ». Elle porte plainte le jour même et lorsque le mot-clé #Ubercestover est devenu viral sur les réseaux sociaux, la plateforme a transmis la plaque et l’identité de son chauffeur aux autorités.

Succès du mot-clé #Ubercestover

« Auparavant, si les forces de l’ordre ne nous contactaient pas, nous ne donnions pas les informations », explique Rym Staker, chargée de la communication de l’entreprise. Après les cas qui ont été signalés, « nous avons décidé d’être proactifs quand la victime a porté plainte, même si nous ne recevons pas de réquisition (de transmettre) les informations aux forces de l’ordre ».

C’est pour que la « parole des victimes soit entendue » qu’Anna Toumazoff, « influenceuse » et militante féministe, a lancé la semaine dernière le mot-clé #Ubercestover. Le 17 novembre, elle raconte aux 30.000 abonnés de son compte Instagram les cas de Sonia et Noémie, qui disent avoir été agressées par le même chauffeur à deux ans d’intervalle à Strasbourg.

« Tous les commentaires Twitter qui signalaient le problème étaient supprimés »

« Je pensais que grâce à cette plateforme, j’allais mettre en relation ces deux personnes avec Uber et que le problème se réglerait entre eux », explique Anna Toumazoff. Mais le géant des VTC ne réagit pas, pire encore, « les commentaires Twitter qui signalent le problème sont supprimés ».

Depuis, l’entreprise s’est confondue en excuses. « Avoir supprimé les commentaires « est inacceptable », reconnaît Steve Salom, patron d’Uber France. « C’est un système de modération automatisé qui a malheureusement effacé les tweets », explique-t-il, précisant avoir « immédiatement arrêté d’utiliser ce système ».

« J’ai reçu 700 témoignages » de femmes « harcelées, agressées, violées » par des chauffeurs Uber

Parallèlement, des témoignages affluent dans les messages privés d’Anna Toumazoff, qui découvre que les cas de Noémie et Sonia ne sont pas isolés. « J’ai reçu 700 témoignages » : des femmes « harcelées, agressées, violées » par des chauffeurs Uber alors qu’elles « voulaient simplement rentrer en sécurité ».

La « multitude de témoignages » de victimes de chauffeurs Uber dépeignent « une situation très préoccupante », déclare la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité femmes/hommes Marlène Schiappa. « Certaines n’avaient jamais eu de réponse de la part d’Uber, il n’y a rien de pire que de prendre son courage à deux mains pour témoigner et de ne pas avoir de réponse. »

Mise en demeure du gouvernement français

Marlène Schiappa rencontrera jeudi les dirigeants d’Uber France. « Il faut qu’Uber rende des comptes », affirme-t-elle. « Lors de cette réunion, nous allons prendre au cas par cas les histoires qui me sont remontées et parler, au global, de ce qui est mis en place pour les femmes qui utilisent Uber ».

Cette mise en demeure du gouvernement français intervient après la révélation jeudi par l’entreprise que 5.981 agressions sexuelles (attouchements, tentatives d’agression, viols) ont été rapportées par des utilisateurs ou des conducteurs de son service, ainsi que des tiers, aux Etats-Unis en 2017 et 2018. Le groupe américain avait précisé que cela représentait « 0,00002 % des courses ». « Bien que rares, ces signalements représentent tous un individu qui a partagé une expérience très douloureuse. Même un seul signalement serait un signalement de trop », déplorait aussi Uber.

* Le prénom a été modifié.