Illustration: un VTC Uber.
Illustration: un VTC Uber. — Jeff Chiu/AP/SIPA

SOCIETE

Paris: Sensibilisation des chauffeurs, courses gratuites… Uber s’engage pour la sécurité des femmes dans la rue

A partir de juillet, Uber, HandsAway et Stop Harcèlement de Rue vont proposer aux « femmes victimes d’une agression sexiste ou sexuelle » de « rentrer gratuitement » chez elle ou se rendre vers un « lieu de prise en charge »

Uber veut faire de la sécurité des femmes dans l’espace public, une « priorité absolue ». L’entreprise de VTC a récemment noué un partenariat avec HandsAway – l'application d'alerte sur les violences sexuelles – et l’association Stop Harcèlement de Rue. Une série d’« actions fortes » sont annoncées ce mercredi.

A partir du 1er juillet, les femmes victimes d’une agression sexiste ou sexuelle dans la rue auront en effet, via l’application HandsAway, « la possibilité de commander gratuitement un Uber pour se rendre dans leur lieu de destination en Ile-de-France, chez elle, ou éventuellement de prise en charge : hôpital, commissariat, association », de jour comme de nuit, annonce auprès de 20 Minutes, Rym Saker, directrice de la communication pour Uber France. Comment est né ce dispositif ?

« Mettre les chauffeurs au cœur de la lutte »

Il y a quelques mois, Alma Guirao, qui a fondé Handsaway – qui compte 40.000 utilisateurs et recense 50 alertes par mois – a tapé à la porte d’Uber. « Leurs chauffeurs sont en permanence dans l’espace public, au contact des femmes, des citoyens et citoyennes. C’est donc important de les mettre cœur de la lutte contre les agressions sexistes et sexuelles », explique-t-elle auprès de 20 Minutes. Avec cette idée en tête et après différentes rencontres avec des cadres d’Uber, Alma Guirao – rejointe par Stop Harcèlement de Rue – obtient gain de cause pour co-construire ce dispositif.

« L’idée est d’avancer sur : comment les transports et les déplacements de femmes dans l’espace public peuvent être sécurisés à un moment où elles en ont besoin », dit celle qui avait qualifié de « très bonne initiative » l’expérimentation de l’arrêt à la demande pour les femmes dans le Noctilien. Selon une étude Harris Interactive pour Uber datant de mai 2019, 83 % des Franciliennes disent avoir déjà été victimes d’une situation allant de la drague lourde et insistante à l’agression physique ou sexuelle dans l’espace public. « 60 % de nos utilisateurs Uber en Ile-de-France sont des femmes et les services VTC sont le deuxième mode de transports le soir pour rentrer chez soi. Et ce principalement pour des questions de sécurité », assure Rym Saker, qui se félicite de ce nouveau dispositif.

« On proposera également d’aller au commissariat »

Un « bouton » Uber sera donc directement disponible dans l’application HandsAway. « Lorsqu’une femme déclenche une alerte sur HandsAway car elle a été victime d’une agression sexiste ou sexuelle dans la rue, on va ensuite lui proposer, si elle le souhaite, d’être accompagnée gratuitement par un chauffeur Uber vers un lieu de son choix. Elle pourra rentrer chez elle, mais on proposera également d’aller au commissariat pour déposer plainte », détaille Alma. « Aujourd’hui, il y a tellement peu de femmes qui portent plainte », déplore-t-elle.

« La parole s’est libérée mais en ce qui concerne le dépôt de plainte quand on a été victime, il y a encore un travail à faire. Moi je mets ma technologie à disposition et mon service pour que le délit ne reste pas impuni », note Rym Saker. Mais comment garantir une bienveillance mais aussi une sécurité absolue dans l’habitacle ?

Prévention et chauffeurs « sensibilisés »

Les membres d’HandsAway et Stop Harcèlement de Rue sont allés sensibiliser les collaborateurs Uber dans les call center pour « une meilleure prise en charge » des agressions à caractère sexiste ou sexuel. Un travail a également été effectué directement auprès des chauffeurs. « On donne des éléments de réponse, comment faire preuve de bienveillance, rappeler les lois en France », explique Alma Guirao.

« A la suite d’un traumatisme, la victime peut être totalement silencieuse, confuse, hystérique ou ne rien laisser paraître. Il est important de ne pas commenter ces réactions, son état, de ne pas poser des questions si la personne n’a pas engagé la conversation avec vous. C’est à la victime de décider si elle souhaite en parler », donne comme exemple Rym Saker. Ou encore « Vous pouvez attendre dans la voiture que la victime soit rentrée saine et sauve dans son lieu de destination avant de redémarrer ». Tous les chauffeurs sont concernés et tous seront formés, assure-t-on du côté d’Uber. Toutefois, des cas de drague lourde et d’agressions sexuelles ont aussi été signalées dans les voitures Uber, ces dernières années.

« On prend ces cas extrêmement sérieusement »

« Ce sujet on le connaît. Uber ne cache pas qu’il y a eu des problèmes dans l’habitacle. Ça reste minoritaire », défend Alma Guirao. « On prend ces cas extrêmement sérieusement. Un incident est un incident de trop. Si un incident est déclaré dans l’habitacle, le compte est temporairement désactivé le temps de l’enquête et dans des cas lourds, on peut aller jusqu’à la suspension », réagit Rym Saker. Uber – qui a connu des cas de harcèlement sexuel en interne aux Etats-Unis en 2017 – s’est récemment engagé à aider les associations de lutte contre les violences sexuelles à hauteur de 5 millions de dollars sur cinq ans.

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, qui collecte des fonds pour financer la lutte pour l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les violences faites aux femmes, salue l’initiative. « Nous incitons et encourageons les entreprises à s’engager et à mettre leur argent au service de la lutte contre les violences faites aux femmes », commente-t-elle auprès de 20 Minutes. Anne-Cécile Mailfert sera d’ailleurs présente ce mercredi à la présentation des actions qu’elle juge « très intéressantes ». « Nous verrons comment ça se passe dans la durée mais Uber a monté ce dispostif avec de bonnes structures », ajoute-t-elle.